Alon filozofé

La jungle ou le zoo ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 7 décembre 2012

Ce vendredi soir à 18 heures, nous invitons les lecteurs de "Témoignages" à participer à une conférence-débat animée par le Cercle philosophique réunionnais à la médiathèque Benoîte Boulard du Port sur "la philosophie du chanteur Jean Ferrat". Une occasion de réfléchir sur la société dans laquelle nous vivons et comment la transformer.

Mercredi soir, à la bibliothèque Alain Lorraine de Saint-Denis, le groupe d’artistes Oté Pirates a offert à un public enchanté et très ému une avant-scène de son spectacle "Jean Ferrat, cœur saignant", qui sera présenté fin janvier prochain à La Fabrik du Butor. À cette occasion, les chanteurs et musiciens René Sida, Didier Delezay, Gérald Loricourt et Éric Hoarau ont montré les richesses musicales et idéologiques de l’œuvre de Jean Ferrat, né en décembre 1930 et décédé en mars 2010.

En effet, ce fils de Juif déporté par les nazis, sympathisant communiste et artiste engagé a consacré toute sa vie à défendre les grandes causes de l’humanité et à remettre en cause le système barbare où nous sommes toujours condamnés à vivre. C’est la raison pour laquelle il a été et reste systématiquement censuré par l’appareil politico-médiatique financé par ce système capitaliste.

Un « monde à la dérive »

Cette censure scandaleuse de Jean Ferrat est une raison de plus pour être attentif à son message ; en particulier celui que ce grand chanteur nous livre dans sa chanson "Dans la jungle ou dans le zoo", que l’on peut écouter sur un CD intitulé "Ferrat en scène", paru en 1991. Dans cette chanson, il pose un problème fondamental : l’humanité peut-elle et doit-elle continuer à vivre « dans ce monde à la dérive » , où elle n’a pas d’autre choix que celui d’être soumise à la loi de la jungle ou celui d’être enfermée dans un zoo ?

Autrement dit, les humains sont condamnés par les classes dominantes à vivre comme des animaux sauvages : soit ils sont livrés à l’égocentrisme, à la compétitivité, à la loi du plus fort ("la jungle") ; soit ils sont prisonniers dans une cage ou un parc à grilles ("le zoo"). Jean Ferrat refuse cette vie inhumaine et son chant « dit tout haut qu’il y a d’autres choix pour vivre (à mettre en œuvre) que dans la jungle ou dans le zoo ».

Un partage inégal des revenus

Une série de huit documentaires diffusés la semaine dernière par Arte sur le thème "Pourquoi la pauvreté ?" confirme la justesse de ce refus du capitalisme comme mode de développement, car il ne cesse de creuser le fossé entre les riches et les pauvres. Selon ce programme, du fait que dans chaque pays comme au niveau planétaire les riches volent toujours plus les pauvres, « près d’un milliard et demi de personnes vivent en dessous du seuil de l’extrême pauvreté (22,4% de la population mondiale survivent avec moins de 1,25 dollar, soit moins d’un euro, par jour). Et 43%, soit 2,5 milliards de personnes, ont moins de 2 dollars ».

Cette « misère durable aux quatre coins du monde » se retrouve à La Réunion, coupée en deux mondes, où la moitié de nos compatriotes, du fait d’un partage inégal des revenus, vivent sous le seuil de pauvreté, privés de droits fondamentaux comme le droit à l’emploi, au logement, à la formation, à des moyens de vivre décemment, au respect de leur dignité et de leur identité réunionnaise. C’est pourquoi, mardi dernier au collège de Mille-Roches à Saint-André, de nombreux élèves des classes de 4ème qui ont participé à des "ateliers philo" sur les atouts de la créolité réunionnaise ont exprimé avec force leur volonté d’agir pour renforcer la solidarité réunionnaise, la tolérance et "nout viv ansanm", valorisés dans le dernier DVD de Davy Sicard, "Mon péi". Comme Jean Ferrat, nous pouvons donc dire ensemble avec force : non à la jungle et non au zoo ! Oui à une société équitable, solidaire, libre et démocratique !

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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