Alon filozofé

La MCUR : un outil essentiel
pour combattre le racisme

Billet philosophique

Roger Orlu / 18 décembre 2009

Durant cette année, plusieurs de ces "billets philo"du vendredi dans "Témoignages" ont été consacrés à l’importance de la lutte contre le racisme. Voilà pourquoi nous vous invitons aujourd’hui en toute amitié à remettre ou à envoyer un courrier — d’ici le 7 janvier prochain — au président de la Commission d’enquête publique sur la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), pour apporter votre soutien à ce projet de la Région Réunion.
En effet, ce service public sera un outil capital pour aider les Réunionnais à connaître leur Histoire et leurs valeurs culturelles, à être fiers de leur identité, à faire respecter la diversité et l’égalité de nos cultures tout en renforçant l’unité réunionnaise et la cohésion sociale. Ce sera un outil précieux pour réparer les dégâts et les survivances socio-culturelles et politiques de l’esclavage, de l’engagisme et de la colonisation. Ce sera donc un outil essentiel pour combattre toutes les formes de racisme dont est victime le peuple réunionnais.

Le Réunionnais toujours infériorisé

On a eu une nouvelle illustration de cet atout que sera la MCUR, lors du colloque organisé par son équipe mercredi matin à la Région avec l’association Art Run, sur le thème : "Œuvre et actualité de Cheikh Anta Diop". En introduction de cette rencontre, le conseiller régional Radjah Véloupoulé et l’universitaire Carpanin Marimoutou, responsable scientifique de la MCUR, ont souligné avec raison l’importance de la connaissance de nos racines africaines comme de toutes nos cultures ancestrales, qui font la richesse de l’intraculturalité réunonnaise.
Dans un premier temps, Cheikh M’Backé Diop, ingénieur-chercheur à l’Université d’Orsay en France, a présenté la vie et l’œuvre de Cheikh Anta Diop (1923 – 1986), un grand historien, philosophe, scientifique et militant politique sénégalais, qui a consacré toute sa vie à construire le futur de l’Afrique. Pour cela, il s’est notamment appuyé sur les leçons à tirer du passé ; en particulier du racisme qui a frappé ce continent pendant la période coloniale.
Pour justifier la domination de l’Afrique par les colonialistes européens, l’Africain a toujours été infériorisé. N’en est-il pas de même, d’une certaine façon, vis à vis du Réunionnais encore aujourd’hui ?

L’Afrique, terre d’émergence de la raison

Dans un second temps, est intervenu Yoporeka Somet, originaire du Burkina Faso, licencié en sociologie et docteur en philosophie. Auteur du livre "L’Afrique dans la philosophie - Introduction à la philosophie africaine pharaonique", il a également suivi un enseignement d’égyptologie et il a donc présenté aux Réunionnais les liens entre "l’Égypte des pharaons et la culture africaine contemporaine".
Il a notamment expliqué comment et pourquoi l’Afrique, « berceau de l’humanité, est aussi la terre d’émergence de la raison, le "logos" des Grecs. C’est là que, pour la première fois, l’être humain s’est tenu debout et a pensé son rapport au monde et à l’au-delà. Et puisqu’on ne peut séparer les notions d’humanité et de civilisation, c’est là aussi qu’a émergé la toute première civilisation qui s’est perpétuée jusqu’à nous à travers différentes déclinaisons : philosophie, religion, sciences, arts et techniques, etc. ».
Voilà encore pourquoi il est important pour nous de connaître ces richesses culturelles. Et si nous voulons que la rationalité et la fraternité prennent le pas à La Réunion sur l’impulsion, l’irrationalité et l’aggressivité, autant nous inspirer de l’héritage des premiers humains (homo sapiens sapiens), apparus en Afrique…

Une invitation aux néo-colonialistes

Le troisième et dernier intervenant de ce colloque fut Raoul Ouedraogo, également originaire du Burkina Faso, socio-anthropologue à l’Université de Genève. Il a fait un exposé sur l’Ubuntu, une philosophie humaniste africaine, dont les fondements sont la reconnaissance de l’humanité de l’autre, de son altérité et du lien vital que l’on a avec l’autre par l’échange. Contrairement à la philosophie européo-cartésienne, basée sur l’autosuffisance de l’individualité ("cogito ergo sum", je pense donc je suis), l’humanisme bantou affirme que je n’existe pleinement qu’en lien avec l’autre et en reconnaissant son humanité.
Voilà encore une philosophie de nos sœurs et frères africains que nous avons intérêt à connaître et à approfondir. C’est pourquoi nous invitons dès à présent les néo-colonialistes qui méprisent notre peuple à venir étudier (entre autres) cette pensée humaniste africaine dans la future MCUR, au-dessus de la Grotte des Premiers Réunionnais, à Saint-Paul. Ça pourrait les inspirer et les libérer du racisme…

Roger Orlu

* Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! temoignages@wanadoo.fr


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