Alon filozofé

La philosophie, c’est bon pour les « nuls »

Billet philosophique

Témoignages.re / 18 septembre 2009

Merci à Antenne Réunion, qui a rappelé ce mercredi soir, dans un reportage de son journal sur les Journées du Patrimoine, que « la Préfecture concentre le pouvoir local ». En effet, c’est bel et bien l’État qui détient l’essentiel des pouvoirs de prendre les décisions les plus importantes qui concernent la vie quotidienne des Réunionnais.
Il n’y a qu’à voir ce qui se passe chaque jour à La Réunion dans les domaines socio-économiques, culturels, juridiques, environnementaux et politiques pour mesurer à quel point les principales décisions sont prises ou cautionnées par les représentants de l’État, ici et à Paris. Il suffit de se demander qui dirige l’essentiel de la politique des prix, des revenus, des impôts et des taux bancaires.
Certes, grâce aux luttes des Réunionnais, des avancées ont pu être réalisées dans le domaine des responsabilités. Et l’on mesure l’importance de ces avancées pour l’avenir, entre autres à travers le travail exemplaire accompli par la Région. Mais les pouvoirs des élus réunionnais restent très limités.

Qui décide de l’essentiel ?

Qui est le maître principal de la politique de l’emploi, du foncier, du logement, de la formation dans notre île et qu’est-ce que les Réunionnais ont réellement le pouvoir de décider à ce sujet ? Qui décide comment peut se faire de façon équitable le partage des richesses dont dispose La Réunion afin de répondre aux besoins actuels et futurs de sa population ? De qui relève le partage des responsabilités et des moyens financiers que détiennent, d’une part l’État et d’autre part les collectivités réunionnaises ?
Et comment les détenteurs du pouvoir médiatique traitent-ils tous ces problèmes, dont les effets sont souvent dramatiques pour de nombreux Réunionnais ? Est-il exagéré de répondre que c’est avec le même mépris — fait de diversions, de censures, de manipulations et de conditionnements — avec lequel les principaux décideurs dans l’île considèrent le peuple réunionnais. En toute objectivité, le système médiatique dominant est-il au service des Réunionnais qui luttent pour un développement durable de leur pays ?

Achever la décolonisation

De fait, les citoyens de La Réunion sont considérés comme des « nuls ». On leur impose d’une manière ou d’une autre des choix politiques, juridiques, économiques, socio-culturels et environnementaux qui profitent non pas à l’intérêt général de la population, mais aux classes dominantes. Et même si certains Réunionnais sont complices de ce système car ils en profitent également plus ou moins, ce qui le domine, c’est la vision assimilationniste et aliénante des décideurs. Le refus de ces derniers d’avoir une vision réunionnaise, respectant les droits fondamentaux et l’identité de ce peuple, montre à quel point ils le méprisent et le dévalorisent.
Cette façon dont on nous considère prouve à quel point la décolonisation de La Réunion, obtenue et proclamée officiellement par la loi du 19 mars 1946, n’est pas encore terminée. On nous prend pour des « nuls », comme on prenait nos ancêtres esclaves pour des « meubles ».

« L’affaire de tous »

Un des moyens essentiels pour créer les conditions d’une émancipation réelle, équitable, solidaire et responsable des Réunionnais est peut-être la philosophie. En effet, si la philosophie est un outil pour réfléchir à tout ce qui se passe, analyser les situations et les phénomènes qui nous concernent, s’interroger sur le sens de ces événements et cultiver l’esprit critique afin de transformer la société pour l’améliorer, pourquoi ne pas développer cette science humaine et la rendre accessible au maximum de citoyens, comme le préconise l’UNESCO ?
Cette idée, qui n’est pas nouvelle, pourrait être confortée par un livre publié récemment en France sous le titre "La Philosophie pour les nuls"1. Cet ouvrage, rédigé par le philosophe Christian Godin, vise à donner de la philosophie une image autre que « compliquée, ennuyeuse, "prise de tête", élitiste » et à faire en sorte qu’elle puisse être « l’affaire de tous ». Si nous voulons faire en sorte que ceux qui font la loi à La Réunion cessent de considérer les Réunionnais comme des « nuls », allons philosopher par nous-mêmes et ensemble ! C’est aussi un moyen de faire connaître et progresser sans cesse le génie collectif réunionnais.

Roger Orlu

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1 –FIRST Éditions.



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Messages






  • Très bien Mr Roger Orlu ; pour votre article sur la vision de la situation réunionnaise face aux décisions du Préfet ou de Paris.

    Sans la photo du livre de "La Philosophie pour les nuls", Cet ouvrage, rédigé par le philosophe Christian Godin, votre article ne donne que la philosophie d’une image provenant de l’extérieur.

    Pour le réunionnais que je suis, tous les : " à cause", "à faire", jusqu’au "quoça" ou "pouquoça" n’auront de valeur qu’à partir du moment où l’on recherche le "POUQUOçA ->çÀ".

    Alon filozofé, si c’est uniquement "pou kozé" et être content du "causement" ; "moin lé pa là avec çà", "Soman si c’est pou trouve un moyen d’établir nout’ manière de penser = OK".

    Sinon,..............laisse béton.

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