Alon filozofé

La politique communiste, une alternative à l’empire capitaliste mondialisé ?

Roger Orlu / 19 février 2010

Un discours philosophique est parfois très difficile à comprendre lorsqu’on ne connaît pas le sens de certains concepts peu courants utilisés par l’orateur. Pourtant Denis Diderot (1713 – 1784) avait lancé cet appel : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ».
Lundi dernier, le philosophe franco-américain Charles Wolfe a rappelé cette citation lors d’une conférence-débat organisée au Théâtre du Grand Marché à Saint-Denis par Les Rencontres de Bellepierre, l’association philosophique présidée par Arnaud Sabatier. Cette rencontre était programmée autour du thème : "Empire et multitude. Les mécanismes potentiellement émancipateurs de la globalisation. Autour de Toni Negri".
Rien que cet énoncé peut déjà paraître bien compliqué pour le citoyen dit ordinaire, non diplômé en philosophie. Ce fut le cas aussi pour l’exposé d’une heure de Charles Wolfe, qui a manifestement un très haut niveau de compétences philosophiques.
Mais il a néanmoins présenté des problématiques et des réflexions très intéressantes, en s’appuyant notamment sur l’œuvre du philosophe matérialiste Antonio Negri, né en 1933, et sur les combats politiques menés par ce militant alter-mondialiste italien, sévèrement réprimé pendant de nombreuses années.

« Un communiste n’est jamais seul »

Pour Toni Negri, d’après ce que dit Charles Wolfe, « la vie des multitudes (peuples, classes sociales) se manifeste dans l’exercice d’un "pouvoir constituant" : au sein du capitalisme global dont le maillage n’est pas homogène, se produisent, à la faveur de crises, des possibilités d’instituer des formes de partage et d’être en commun qui contrarient les logiques de profit et de domination, et ouvrent des espaces de luttes ».
De fait, selon Charles Wolfe, « nous sommes tous dans un empire ». Mais « à chaque forme d’oppression correspond une nouvelle forme de résistance » car « nous vivons tous dans un univers d’effets et de causes, avec des processus de transformations et des rebondissements perpétuels ». Il ajoute que « nous avons tous un cerveau et nous participons tous à la constitution du réel comme nous pouvons tous participer avec notre cerveau à l’invention d’un monde différent ». C’est pourquoi il cite le philosophe marxiste français Louis Althusser (1918 – 1990) : « Un communiste n’est jamais seul ».
Dans ce combat pour le respect des droits de tous les humains et d’abord des plus pauvres, afin que tout le monde soit traité avec le même respect, « il ne faut jamais se laisser dicter qui l’on est et il faut toujours se démarquer de ce que l’on nous impose », a conclu Charles Wolfe lors du débat très riche qui a suivi son exposé.

Le communisme réunionnais

La place consacrée par ce philosophe au communisme et à la question de l’alter-mondialisme conduit à se poser la question suivante : la politique communiste n’est-elle pas plus que jamais une alternative à l’empire capitaliste mondialisé ?
La question se pose d’autant plus qu’en ces temps de crise intense de cet empire, de nombreux économistes, philosophes, sociologues, politologues et autres experts en sciences humaines mettent l’accent sur les vertus du communisme et sur l’actualité des idéaux mis en valeur par Karl Marx au 19ème siècle. Même une revue un peu "people" comme "Philosophie Magazine" publie de nombreux articles de philosophes pour lesquels un communisme démocratique, adapté à notre temps, est un moyen essentiel pour sauver l’humanité, dont l’avenir est gravement menacé.
Évidemment, un tel communisme n’a rien à voir avec les crimes et goulags du stalinisme, qui n’avait souvent de "communiste" que le nom. Comme les pratiques esclavagistes, colonialistes et totalitaires de certains responsables religieux et politiques chrétiens n’ont rien à voir avec les valeurs transformatrices du prophète Jésus, assassiné à 33 ans par les dirigeants ultra-conservateurs de son pays.
Le communisme réunionnais, incarné aujourd’hui par des personnes comme Paul Vergès et Élie Hoarau, est porté depuis plus de 50 ans par des militants solidaires et unis dans des combats émancipateurs au service de leur peuple. Si ce communisme reçoit un soutien aussi important de la part de la population réunionnaise, quelles que soient ses opinions, c’est d’abord parce qu’il respecte les principes fondateurs de cette doctrine non dogmatique que l’on appelle le marxisme.

« Une civilisation commune »

Le communisme, c’est avant tout la culture du bien commun, de l’intérêt commun, du bonheur commun. Et dans le numéro 24 de la revue "Respect Mag", Stéphane Hessel, rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), nous apporte un autre éclairage à ce sujet. Pour cet ancien résistant anti-nazi, militant infatigable de 92 ans, « nous évoluons sur une planète globalisée, où les mouvements humains sont considérables et constants. Il faut nous habituer à vivre ensemble avec nos différences et non pas nous opposer sur nos différences.
Nous avons déjà du mal à ne pas être en conflit sur nos divergences politiques, idéologiques… Si, en plus ou à la place, on s’oppose sur nos différences culturelles, on ferait le contraire de ce qui est inscrit dans le monde de demain. Un univers où des cultures apprennent à vivre ensemble, à travailler pour une civilisation commune, nécessairement multiculturelle.
Ce n’est pas facile : ne sous-estimons pas l’effort que cela représente. Nous avons tous des crispations égoïstes, en tant qu’individu et aussi en tant que groupe. Le risque d’une phobie de l’autre existe toujours. C’est l’un des fondements des problèmes de civilisation au fil du temps. Vivre ensemble, ça s’apprend. C’est un effort de chaque instant. Il faut de l’intelligence et du cœur pour dépasser les difficultés que posent la multiplicité des cultures. J’insiste : du cœur et de l’intelligence ».
Lorsque les communistes réunionnais et leurs amis veulent réaliser la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise pour contribuer à cette « civilisation commune » pour l’humanité, qui cela gêne-t-il ? Manifestement, des personnes qui manquent à la fois de cœur et d’intelligence…

Roger Orlu

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