Alon filozofé

La politique : « débarquer Vergès » ?

Roger Orlu / 31 décembre 2011

Constamment, dans les médias de la bourgeoisie, on essaie de nous faire croire que la philosophie c’est le "laisser aller", le "laisser faire", l’indifférence et la résignation à tout ce qui se passe. Or "l’amour de la sagesse" n’est-ce pas plutôt le contraire ? À savoir : ne pas croire n’importe quoi, connaître, analyser, réfléchir, se poser des questions, cultiver l’esprit critique, s’interroger sur les causes de ce qui ne va pas et voir comment mettre en cause tout cela pour aller ensemble vers un bonheur commun basé sur l’intérêt commun… ? Plusieurs événements cette semaine nous ont montré ce que la classe dominante veut toujours faire de la politique et qu’il est donc important de réfléchir sur la remise en cause de cette idéologie, aussi anti-réunionnaise qu’anti-humaine.

Merci beaucoup au chef du "Journal de l’Île de La Réunion" de nous avoir donné une nouvelle preuve, lundi dernier, du sens pourri que la bourgeoisie au pouvoir dans notre pays donne à la politique : comme toujours, c’est tenter de « débarquer Vergès », ainsi que le dit le gros titre à la "une" de ce journal. Depuis que les Réunionnais se sont mobilisés massivement pour en finir avec le statut de colonie de leur pays et qu’à cette fin ils ont réussi à élire Raymond Vergès et Léon de Lépervanche comme députés pour faire voter une loi dans ce sens le 19 mars 1946, tout a été fait par les profiteurs pour donner un contenu inégalitaire, réactionnaire à ce que l’on a appelé la "départementalisation" et pour bloquer la décolonisation du pays.
Dans cette logique conservatrice et discriminatoire, le pire ennemi à abattre par tous les moyens a toujours été et continue à être Paul Vergès avec son Parti Communiste Réunionnais, car ils incarnent la défense du peuple réunionnais et d’abord des plus pauvres. Voilà pourquoi, outre les tentatives d’assassinats dont ce combattant réunionnais de la liberté a été victime, notamment en 1959, en 1974 et en 1976, il y a eu les poursuites judiciaires abusives, les calomnies et les injures constantes dans les médias de la propagande officielle.

Le refus des trahisons

Ce parti et ses dirigeants sont d’autant plus à combattre par tous les moyens qu’ils ont toujours cherché à pratiquer les valeurs fondamentales de ce que l’on appelle le communisme, comme la priorité à l’intérêt général plutôt que le profit personnel, ainsi que l’ouverture aux autres forces démocratiques et populaires afin de réaliser ensemble le rassemblement le plus large possible de notre peuple pour changer entièrement le modèle de développement que l’on nous impose depuis trois siècles et demi. Parmi les autres "torts" de responsables politiques comme Paul Vergès et Élie Hoarau aux yeux de leurs adversaires est leur refus constant des trahisons du communisme par des soi-disant "communistes" ici et ailleurs, ainsi que leur sens de l’auto-critique.
Il est impossible de citer ici tous les projets des communistes réunionnais pour construire un avenir meilleur à La Réunion qui ont été ignorés voire combattus par les conservateurs. Nous pouvons citer par exemple toutes les propositions publiées en 1975 dans le "Plan de Survie" du PCR et dans ses autres programmes, les moqueries lancées contre Paul Vergès il y a plus de dix ans lorsqu’il a lancé un appel à des mesures pour faire face aux effets du réchauffement climatique, ou la destruction de projets indispensables comme le tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph ou la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise à Saint-Paul.

L’essentiel

En résumé, comme cela est dit dans le livre "Paul Vergès, du rêve à l’action", une des raisons principales pour lesquelles certains ont toujours pour priorité de vouloir le "liquider" est le fait qu’il « nous invite à faire le voyage vers l’essentiel : prendre la mesure d’une crise de civilisation mortifère à l’échelle de notre planète (avec) la nécessité d’inventer enfin l’égalité entre tous les humains ». Par conséquent, si une personne adhère au PCR afin d’obtenir avant tout des avantages personnels en tant qu’élu(e) avec ses indemnités ou en tant que cadre avec sa sur-rémunération, cette personne se trompe de parti ; c’est pourquoi également, si elle n’obtient pas ce qu’elle souhaite, elle voudra avant tout "éliminer Vergès", régler ses comptes personnels et sera soutenue par les néo-colonialistes.
Voilà ce à quoi certains veulent ramener la politique. Alors nous pouvons leur rappeler que la tâche militante essentielle pour un(e) communiste rénionnais(e) est d’être solidaire de la lutte de libération de son peuple et des peuples du monde.

Roger Orlu 

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