Alon filozofé

La résistance culturelle des esclaves : un sacré exemple à suivre

Billet philosophique

Roger Orlu / 5 mars 2010

Après Catherine Coquery-Vidrovitch le vendredi 5 février, la Région Réunion et la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) ont accueilli ce vendredi 26 février un autre grand historien, spécialiste d’un sujet qui concerne et intéresse énormément les Réunionnais : l’esclavage durant la période coloniale. Lors d’une conférence publique à l’hémicycle Pierre Lagourgue, le conseiller régional Radjah Véloupoulé et la directrice scientifique de la MCUR, Françoise Vergès, ont salué chaleureusement Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU contre le racisme et la xénophobie dans le monde, en présence d’un nombreux public. L’initiateur de la route de l’esclave a présenté un exposé sur le thème "Esclavage, droits humains, justice et réparations" et il a été longuement applaudi pour la richesse de son intervention.

Parmi les nombreux enseignements tirés par Doudou Diène de l’esclavage, nous pouvons retenir ceux-ci :
1) Le combat contre ce système socio-économique fut un des combats fondateurs des droits humains, tels qu’ils sont formulés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par l’ONU en 1948.
2) L’esclavage est le régime qui a fait le plus l’objet de révisionnisme, avec une invisibilité de ses victimes et un silence multiséculaire sur ses violences, liées au racisme anti-Noir, toujours infériorisé.
3) Dans cette idéologie raciste, un des préjugés consiste à présenter les esclaves comme des victimes consentantes, alors que le monde des esclaves était toujours debout et résistant.

L’importance du travail de la MCUR

Rien que ces éclairages de Doudou Diène sur un système qui a dominé la moitié de l’Histoire du peuple réunionnais montrent une nouvelle fois l’importance du travail entrepris par la MCUR dans toute l’île pour aider les Réunionnais à réparer les effets de ce crime contre l’humanité que fut l’esclavage.
En effet, comme l’a souligné le conférencier à plusieurs reprises, tout a été fait par les dominants pour effacer les souffrances et les résistances des esclaves. Il y a donc un immense travail à accomplir aujourd’hui pour assurer la réparation morale, historique, éducative et sociale de l’esclavage.

La richesse de la "culture marronne"

Quel est l’objectif principal de cette quadruple réparation ? Réponse de Doudou Diène : c’est mieux vivre ensemble, c’est renforcer la cohésion sociale et l’interculturalité de personnes d’origines diverses et partageant des richesses communes, c’est cultiver et valoriser sans cesse la diversité et l’unité, les différences et le convergences.
Voilà pourquoi il est important d’approfondir le concept de la résistance culturelle des esclaves mis en avant par Doudou Diène. Comme l’a expliqué le conférencier, cette « culture marronne », effacée des livres d’Histoire, avait plusieurs formes d’expression, comme par exemple les mythes, certaines croyances religieuses syncrétiques et subversives, les créations linguistiques, gastronomiques et artistiques (le maloya, le moringue, etc.).

Une intelligence considérable

Selon Doudou Diène, cette résistance culturelle avait une telle force et une telle détermination qu’elle a permis aux esclaves de faire face pendant quatre siècles à une violence déshumanisante et institutionnalisée.
L’esclave devait être le plus rentable possible aux maîtres du système économique ; il n’avait donc aucun droit. Au point qu’il devait inventer tous les jours ses moyens de survivre.
Cela a nécessité une extraordinaire créativité et inventivité. Les esclaves ont donc fait preuve d’une intelligence considérable, de valeurs morales de haut niveau et d’une grande capacité de se mettre ensemble pour résister à l’injustice.

Un héritage à cultiver

Que faisons-nous aujourd’hui de cet héritage ?
On l’enterre, comme le souhaitent les Dupuis, Couapel, Mazel, Franco et autres adversaires de l’émancipation du peuple réunionnais ?
Ou bien on le cultive et on l’enrichit sans cesse, en faisant preuve d’au moins autant d’intelligence et de sagesse que nos ancêtres marrons ?
Comme le montrent l’actualité politique et le soutien de plus en plus fort des Réunionnais à une Alliance de plus en plus large, pour la majorité de notre peuple, la résistance culturelle des esclaves est un sacré exemple à suivre…

 Roger Orlu 

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  • Nous portons tous en nous cette belle richesse qui s’appelle l’héroïsme . CE SONT LES MARRONS qui ont dis non courageusement à ce régime politique injuste et inhumain en refusant d’être à la remorque de cette société littorale esclavagiste : ils ont fui dans les montagnes pour savourer pleinement leur liberté, en préservant leur culture. Une culture qui aujourd’hui se métisse dans toutes les autres cultures de de notre île, une philosophie de la patience, du courage, de la résisatance, de la réflexion. Soyons fiers de ces héros qui dés leur arrivée dans notre île ont compris que notre belle terre réunionnaise a des atouts, des richesses : vivre en tant que Réunionnais avec les projets faits par des Réunionnais. Célébrons, honorons cette belle épopée de notre histoire dans lan MCUR.
    Aline Murin- Hoarau

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