Alon filozofé

Laisser la moitié de l’humanité dans la pauvreté coûtera de plus en plus cher

Billet philosophique

Témoignages.re / 14 août 2009

Texte extrait de "SHS regards", le magazine du Secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture). (1) Les inter-titres sont de "Témoignages".

Un séminaire organisé à Kingston (Jamaïque) en mars 2008 a permis à d’éminents chercheurs d’Amérique latine de revenir sur les coûts multiples de la pauvreté dans les Caraïbes, mais surtout de présenter les options dont disposent la communauté internationale pour faire face à un phénomène qui concerne près d’une personne sur deux à travers le monde.
Laisser les populations en situation de pauvreté coûte plus cher que de développer des politiques publiques destinées à les aider à en sortir. Telle était l’idée sous-jacente de ce séminaire organisé par l’Institut international pour le changement social (IISPEC), politique et économique. Cette rencontre, soutenue par le programme des sciences sociales et humaines de l’UNESCO, a offert une occasion inédite de prendre toute la mesure des conséquences du fait que près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Durant deux jours, de multiples intervenants, parmi lesquels d’éminents chercheurs d’Amérique latine, ont passé au crible la pauvreté et ses différents aspects.

La pauvreté coûte cher

Après une présentation de la situation dans les Caraïbes, particulièrement touchées par la pauvreté, le coût global de ce qui représente un profond déni des droits humains a été exposé, ainsi que son coût social, économique, environnemental et psychologique, avec toujours le même constat : la pauvreté coûte cher.
Arnoldo K. Ventura, membre du cabinet du Premier ministre de la Jamaïque, a ainsi rappelé l’effort de solidarité requis, à tous les niveaux, et la nécessité d’inclure les plus pauvres dans la recherche de solutions les concernant, en plaçant l’accès aux sciences et aux technologies au centre de son analyse. Cette rencontre fut également l’occasion de présenter l’action conduite par l’UNESCO pour apporter sa pierre aux efforts internationaux de lutte contre la pauvreté à travers, notamment, le soutien que l’Organisation fournit à ses États membres pour relire et négocier les Documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) à la lumière des droits humains.

Changer les règles de base

Dès l’ouverture de cette rencontre, Pierre Sané, Sous-directeur général de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines, a souligné le déni des droits humains les plus fondamentaux que constitue la pauvreté, n’hésitant pas à interpeller les participants en demandant : « Peut-on parler de développement mondial quand la mondialisation semble être à l’origine d’une inégalité ? ».
En cette année 2008 de commémoration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, il a considéré que l’un des défis majeurs du 21ème siècle consiste à concrétiser le droit de toute personne à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans cette déclaration puissent y trouver plein effet, comme le proclame l’article 28.
Selon lui, l’inégalité engendrée par la pauvreté pose, en effet, un véritable défi, dépossédant des centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants de la dignité pourtant reconnue comme inhérente à tous les membres de la famille humaine dès 1948. Invitant à se mobiliser pour « une justice mondiale », il a notamment rappelé les leviers que constituent les investissements, les réformes et les politiques nationales et internationales et a appelé à changer les règles de base pour donner à la mondialisation un visage humain.

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(1) Voir le site internet : www.unesco.org/shs/regards


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