Alon filozofé

Lantant pou nout lidantité

Billet philosophique

Roger Orlu / 8 juillet 2011

« Les Réunionnais ne seront des acteurs responsables du développement de leur pays que si leur identité propre, réductible à aucune autre, est pleinement reconnue, respectée et valorisée ». Cette déclaration est extraite d’un document très intéressant et décisif pour les prochaines échéances électorales, remis dimanche dernier aux 200 responsables des sections du Parti communiste réunionnais, lors d’une réunion du Comité général de cette organisation. Ce document contient les "Orientations du PCR pour un Pacte de développement durable, solidaire et responsable pour La Réunion". Plusieurs événements récents confirment l’importance de cette proposition et illustrent la dynamique unitaire en œuvre dans ce domaine.

Tous les jours, nous pouvons constater que l’affirmation de la spécificité de l’identité culturelle réunionnaise, l’expression de ses richesses et l’exigence de sa reconnaissance, de son respect comme de sa valorisation créent un mouvement de plus en plus fort. Et nous devons réfléchir à notre responsabilité pour continuer à faire aller ce mouvement de l’avant.
Voici quelques exemples, parmi beaucoup d’autres, d’événements très positifs survenus ces derniers jours dans le domaine culturel réunionnais :
• Le samedi 25 juin, à l’occasion de la Fête de la Musique, l’Union pour la défense de l’identité réunionnaise (UDIR) a organisé à la bibliothèque Alain Peters de Saint-Denis un "mangé pou le cœur" en hommage à ce grand artiste ; à cette occasion, de nombreux militants culturels comme les enfants du Moufia de l’association Lokalbas ont montré par des chants, des poèmes et des prestations musicales toutes les richesses de notre culture.
• Le mardi 28 juin dernier, un diplôme bilingue "kréol-français" a été attribué à 74 élèves de la maternelle au CE1 dans l’école de Primat à Saint-Denis ; les enseignants porteurs de cette action pédagogique y ont souligné l’importance du bilinguisme du point de vue éducatif, sans opposer notre langue créole au français ni réciproquement, ainsi que la promotion de notre identité réunionnaise.

Lantant Rénioné

• Le jeudi 30 juin, en très peu de jours, le collectif d’associations culturelles intitulé Lantant Rénioné pou fé réspèk nout droi a réussi à organiser une belle manifestation devant le siège de la Région pour protester contre les propos anti-créole du président Didier Robert et pour demander la signature par la collectivité avec l’État d’une convention sur l’enseignement du créole à l’École, comme celle déjà signée par la Région Martinique. Les élu(e)s de l’Alliance sont intervenu(e)s dans ce sens lors de l’assemblée plénière du Conseil régional tenue au même moment.
• Le même jour, la sénatrice réunionnaise Gélita Hoarau a apporté sa contribution dans la même optique lors d’un débat au sénat sur une proposition de loi relative au développement des langues et cultures régionales. « Les notions de développement durable et d’épanouissement humain intègrent aussi celle du respect identitaire, notamment la reconnaissance et l’enseignement de la langue — ici le créole réunionnais — », a notamment déclaré notre élue, tandis que des centaines de pétitions du collectif étaient signées à cette fin par des citoyens dans l’île.
• Enfin, vendredi dernier, l’Association réunionnaise communication et culture (ARCC) a organisé à Paris une conférence-débat avec Daniel Honoré, écrivain et militant culturel, sur le thème "Zoué zédmo (sirandane) : un atout culturel et pédagogique pour La Réunion".

Un dialogue constructif

Cette dynamique du mouvement culturel réunionnais, illustrée encore hier matin par tout ce qu’a dit Laurence Dalleau de Lofis la Lang Kréol hier matin sur Radio Réunion 1ère, est due à la fois au soutien d’une population de plus en plus fière de son identité et à l’union des militants culturels dans le respect de leur diversité. Cette union est à conforter sans cesse pour continuer la lutte de la façon la plus efficace possible. Et cela d’autant plus que les collaborateurs des colonialistes, même lorsqu’ils portent l’étiquette "de gauche", continuent à tenter de diviser les Réunionnais combattants de la liberté.
On en a une illustration, par exemple, dans le courrier d’un ancien sénateur socialiste publié par la presse bourgeoise, qui dénonce violemment une graphie du créole qualifiée d’« horreur ». Et comme on a pu le constater encore une fois ces derniers jours, les défenseurs de l’identité réunionnaise sont capables de se rencontrer, d’échanger des points de vue, de se concerter pour se partager les tâches, de se mettre d’accord sur des actions communes à mener parfois ensemble.
Dans ce dialogue constructif, on évite de braquer l’autre, de se braquer soi-même et l’on cherche avant tout l’union dans le respect de la diversité, afin de créer un rapport de forces gagnant pour le combat de la liberté. Si nous voulons en finir avec l’oppression dont souffre le peuple réunionnais, cultivons ce trésor historique de la fraternité réunionnaise. Sa mèm lantant pou nout lidantité.

Roger Orlu

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