Alon filozofé

Le communisme réunionnais est plus vivant que jamais

Billet philosophique

Roger Orlu / 26 mars 2010

Après les élections régionales de dimanche dernier, qui ont vu l’élimination de l’Alliance des Réunionnais, conduite par Paul Vergès, de la Direction de la Région Réunion, un journal complice du régime néo-colonial qui opprime notre peuple a parlé de « l’agonie du PCR ». Combien de fois, dans le passé, n’a-t-on pas vu et entendu des représentants du pouvoir à La Réunion essayer de nous faire croire que « le PCR est mort »… ? Eh bien, quand on connaît le génie collectif réunionnais, on peut leur dire qu’ils se font des illusions.

Depuis le lancement du mouvement communiste à La Réunion dans les années 30 du siècle dernier, tout a été entrepris par les maîtres du pays — y compris les pires crimes — pour éliminer ce mouvement et pour tenter ainsi de continuer à appliquer la colonisation dans l’île. Même après l’abolition du statut colonial par la loi du 19 mars 1946 et grâce au large rassemblement des Réunionnais créé par les communistes Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, la chasse contre "le diable rouge" a continué, en particulier par la suppression du "ti-trin lontan", commencée dans les années 50.
Cela n’a pas empêché la création d’un nouveau large rassemblement autour des communistes Paul Vergès et Raymond Mondon, suite à la bataille pour sauver l’usine de Quartier-Français, et leur élection comme députés aux législatives du 2 janvier 1956. D’où le lancement de la fraude électorale violente et massive soutenue par la Préfecture et par l’appareil judiciaire à partir de juillet 1957 à Saint-André, suite au décès de Raymond Vergès, avec l’élimination de toutes les municipalités dirigées par des élus communistes.

La priorité des privilégiés, c’est quoi ?

Il fallut créer un large rassemblement des démocrates avec les communistes à partir de 1969 pour faire avancer la démocratie et permettre de nouvelles conquêtes municipales par les forces progressistes à partir de 1971 et une majorité de gauche à la présidentielle de 1974, malgré une tentative d’assassinat de Paul Vergès juste avant le second tour de cette élection.
Aujourd’hui encore, la plupart des privilégiés qui profitent de l’apartheid social mis en place par le pouvoir néo-colonial ont comme principale préoccupation non pas de changer la société pour la rendre plus équitable et cohérente mais d’éliminer le communisme. C’est leur priorité, qu’ils se disent "de gauche" ou "de droite". Et lors des dernières élections régionales, soutenus par les médias fraudeurs, opposés aux luttes de libération du peuple réunionnais, ils se sont unis pour combattre l’Alliance au détriment des intérêts des plus pauvres.
Mais cela n’empêchera pas les forces vives et progressistes du pays de s’unir pour continuer leur combat pour la justice et la liberté. C’est cela le sens du communisme : la lutte pour le bien commun, pour l’intérêt commun, pour le bonheur commun.

L’idée du communisme

Cette idée du communisme, défendue et pratiquée par les communistes réunionnais, est toujours vivante dans le monde, comme le montrent plusieurs philosophes. Ainsi, le philosophe français Arnaud Spire, présente dans "l’Humanité" du 22 février dernier le livre "Post-capitalisme. Imaginer l’après", un ouvrage coordonné par Clémentine Autain (Éditions le Diable Vauvert).
« Le dépassement du capitalisme est-il seulement une affaire d’imagination ? Ce n’est pas ce qu’affirme Clémentine Autain à travers l’ensemble des contributions qu’elle a réunies dans cet ouvrage collectif. L’ouvrage, dont on lira avec profit les contributions de Daniel Bensaïd, Michel Husson, Frédéric Lebaron, Roger Martelli, Isabelle Stengers, Bernard Stiegler…, repose sur le postulat suivant : "Les valeurs qui sous-tendent fondamentalement le capitalisme entendu comme logique économique et comme culture, celle du règne de l’argent" ont fait leur temps. La vraie question est celle de son dépassement, au sens hégélien du terme.
La critique a besoin de passer par les armes de la critique pratique. La manifestation du communisme est historique : de Spartacus à Gracchus Babeuf, de l’autolibération des esclaves haïtiens à la critique par Marx et Engels de l’économie politique anglaise, du socialisme français et de l’idéologie allemande, l’invention de "l’après-capitalisme" a épousé l’histoire en train de se faire. Pas question d’en rabattre — aujourd’hui moins que jamais — sur la puissance intrinsèque du communisme face au désastre de plus en plus patent que constitue la mondialisation capitaliste. La généralisation impérative du capitalisme financier se fait désormais aux dépens de la production des richesses matérielles, notamment de la créativité humaine.
L’ambition de l’humanité ne saurait pourtant être durablement bornée par quelque système que ce soit. Comme l’écrit avec bonheur Roger Martelli, la société capitaliste est "un tout social articulé", un rapport social. À ce jour, sa régulation s’est effectuée par l’intermédiaire du marché et de l’État. On ne saurait envisager de "post-capitalisme" qui ne traite de ce qu’on mettra à la place en matière de coopération économique et d’émancipation humaine ».

"L’hypothèse communiste"

Dans un autre articicle paru le 25 février 2010 sous la signature du philosophe Florian Gulli, le même journal présente un ouvrage où « des philosophes débattent du communisme ». Cet ouvrage, intitulé "Badiou-Zizek. L’Idée du communisme" (Éditions Lignes), « réunit les interventions prononcées lors de la conférence philosophique mondiale qui s’est tenue à la Birbeck University de Londres, en mars 2009, autour de "L’Idée du communisme".
Une quinzaine de philosophes avaient été conviés pour l’occasion : outre les deux organisateurs, Alain Badiou et Slavoj Zizek, on a pu y entendre Toni Negri et Michael Hardt, ou encore Jacques Rancière, pour ne citer que les plus connus du public français. Au-delà de leurs divergences théoriques, ils sont venus expliquer pourquoi l’idée du "communisme", l’idée d’une alternative globale au capitalisme, devait être conservée et remise en circulation aujourd’hui. Le communisme ne doit être que le mouvement réel de ceux qui cherchent à dépasser le capitalisme.
Force est de constater qu’une telle initiative contribue puissamment à renouveler la pensée politique de ces dernières décennies.
Hier encore, en effet, le mot "communisme" était oublié ou criminalisé. Aujourd’hui, sans nostalgie aucune, il commence à retrouver ses lettres de noblesse, il peut de nouveau faire l’objet de discussions théoriques. Telle est la tâche de cette réunion : "Donner une forte existence subjective à l’hypothèse communiste" (Badiou). Le contenu des interventions est très varié : analyse des nouvelles formes de propriété, définition du concept de communisme, réhabilitation du volontarisme politique, histoire des crises du capitalisme, etc.
Une nouvelle conférence internationale aura lieu cette année, à Berlin, consacrée au "Bilan en pensée des États socialistes, et de ce qui, dans ce bilan, touche ou ne touche pas, au communisme" ».

Voilà qui fait réfléchir pour analyser au mieux la situation à La Réunion même. Et qui conforte l’idée que le communisme réunionnais est plus vivant que jamais.

Roger Orlu

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Messages






  • Le communisme à la Réunion est-il le communisme réunionnais ?

    Quelle définition devront nous avoir à l’esprit quand le seul partage pour beaucoup est chômage, licenciement, et que l’entraide des petits travaux est considéré comme du travail au noir.

    Serions-nous un exemple de communisme où la clarification des termes idéologiques serait avancée pour permettre des actions déjà avec et pour notre population.

    Nous sommes des français et malheureusement des "râleurs" qui se disent à peine bonjour d’une poignée de main, où l’on sait le seuil de pauvreté, tout le monde en parle et personne n’y peut rien.

    Quelle Tristesse, il nous faudra changer la conception même de notre manière de vivre.
    Alors là oui , il est possible et concevable qu’il y aurait, à mon avis, un communisme réunionnais.

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