Alon filozofé

Le peuple réunionnais est-il adulte ?

Billet philosophique

Témoignages.re / 7 juin 2013

Cette semaine, Éric Alendroit et Brigitte Croisier ont fait paraître dans les médias une tribune libre très intéressante sur le problème de la reconnaissance et de l’émancipation du peuple réunionnais (voir "Témoignages" du mardi 4 juin en pages 8 et 9). Cela nous donne l’occasion de rendre compte en quelques mots du colloque international organisé le 31 mai à Villèle (Saint-Gilles les Hauts), où plus d’une quinzaine de spécialistes de notre Histoire ont évoqué divers aspects à la fois douloureux et admirables du parcours de ce peuple depuis sa naissance il y a 350 ans.

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350 ans après sa naissance, le peuple réunionnais n’est-il toujours pas adulte, c’est-à-dire capable d’être autonome, libre et responsable, c’est-à-dire maître de son avenir ?

Ce colloque a eu lieu à l’initiative de Sudel Fuma, qui coordonne les actions du Comité pour le 350ème anniversaire du peuple réunionnais tout au long de cette année, et avec le soutien de militants culturels comme Mario Serviable et Bernard Batou, ainsi que les contributions d’experts venus de Madagascar et de l’Île Maurice. Les nombreux exposés présentés au public seront publiés intégralement dans quelques mois et seront donc accessibles à tous nos compatriotes.

En attendant, nous voudrions vous faire part de quelques enseignements à garder de cette rencontre et des échanges d’idées très riches entre l’ensemble des participants. À commencer par les multiples formes de violences infligées à la majorité des Réunionnaises et Réunionnais depuis 1663, avec l’application d’un système colonial et esclavagiste, marqué par le racisme, la surexploitation des classes laborieuses, les inégalités de toutes sortes, le non-respect des droits humains, de la dignité des plus pauvres et de nout kiltir.

Le génie collectif réunionnais

Ces comportements barbares de la bourgeoisie coloniale et de ses complices ont entraîné des souffrances souvent terribles, que l’on déplore encore aujourd’hui, et ils ont été illustrés aussi dans l’utilisation de notre pays comme une colonie colonisatrice dans la région ou dans les tragédies liées à l’enfance réunionnaise en exil forcé, etc. En même temps, les conférenciers ont mis en lumière les nombreux atouts engendrés par les divers apports humains et culturels à la construction du peuple réunionnais, ainsi que les liens forts créés avec les peuples de l’océan Indien, de l’Afrique à la Chine en passant par Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice, les Chagos et l’Inde. Pourquoi donc avoir cassé le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), ce grand service public visant à valoriser ces atouts ?

Enfin, ce que les intervenants à ce colloque ont mis en avant, c’est l’admirable capacité de résistance dont a fait preuve le peuple réunionnais à travers toutes les luttes qu’il a menées depuis 350 ans pour la vérité, la justice et la liberté. Depuis les premiers marronnages de 1663 jusqu’aux combats d’aujourd’hui pour l’égalité et la liberté, notamment avec le P.C.R. en lutte depuis 54 ans, le génie collectif réunionnais a permis des avancées dans tous les domaines.

Alon donn anou la min

Certes, comme on le voit dans tous les pays du monde, cela n’a jamais empêché les classes dominantes à La Réunion de cultiver la résignation, les divisions et les trahisons d’une partie de la population à l’égard des victimes du système colonial. Et cela se traduit notamment par la non-reconnaissance de l’identité spécifique du peuple réunionnais, par son assimilation aliénante à ce que le langage officiel appelle « la métropole » , par le refus obstiné qu’il puisse prendre lui-même de façon démocratique toutes les décisions qui le concernent.

Mais 350 ans après sa naissance, le peuple réunionnais n’est-il toujours pas adulte et majeur, c’est-à-dire capable d’être autonome, libre et responsable, c’est-à-dire maître de son avenir ? Et pourquoi donc est-il toujours considéré par certains dirigeants médiatico-politiques comme infantile, immature, voire en état de gestation ? Arèt èk sa té ! É alon donn anou la min pou fé par nou mèm sak nou la bézwin ; nou lé kapab…

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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