Alon filozofé

Les effets du décalage entre les paroles et les actes

Billet philosophique

Roger Orlu / 8 août 2014

On n’est pas vraiment ce que l’on pense ou ce que l’on dit mais surtout ce que l’on fait. Beaucoup de philosophes du monde entier n’ont cessé de le faire savoir de diverses manières depuis des siècles. Être c’est avant tout faire. Or l’un des problèmes auxquels nous sommes confrontés chaque jour est la contradiction entre les proclamations — voire beaux discours — de certaines personnes et leurs comportements réels. Un problème grave. Pourquoi ?

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Ahmed Kathrada (au centre) — avec Idriss Issop-Banian, président du Groupe de Dialogue Inter-religieux de La Réunion (GDIR), et Houssen Amode, président de l’Association Musulmane de La Réunion — lors de son arrivée à la rencontre avec le GDIR ce lundi 4 août à l’évêché.

Le dimanche 3 août dernier, un événement exceptionnel s’est déroulé à La Réunion, avec le magnifique rassemblement organisé sur le parvis des Droits de l’Homme à Saint-Denis par le collectif ‘’Nout tout’ ansanm pou la Paix en Palestine’’. En effet, on n’a pas souvent vu durant notre Histoire une telle mobilisation réunionnaise pour soutenir la lutte de libération d’un peuple frère, victime de graves crimes de guerre, liés à la colonisation de son pays.
Et ce qui a notamment marqué cette mobilisation, c’est la diversité des organisations syndicales, politiques, associatives — comme des personnalités religieuses et autres — venues apporter leur soutien aux organisateurs du rassemblement. Cette unité dans le respect de la diversité lors de cette manifestation est un nouveau signe du potentiel considérable du peuple réunionnais de se rassembler pour se libérer du système néo-colonial — aux effets très graves — mis en place dans notre pays par les classes dominantes de France et de La Réunion au détriment des plus pauvres.

Diviseurs et profiteurs

L’espérance légitime générée par ce potentiel est hélas trop souvent mise en cause par la contradiction entre les propos tenus par certains responsables d’organisations ou d’institutions, parfois détenteurs de pouvoirs de décisions politiques, et leurs attitudes concrètes. Entre leurs belles annonces, promesses et autres proclamations réjouissantes… et leurs actions inutiles voire néfastes, qui profitent aux plus riches (dont eux-mêmes), il y a un fossé qui met en cause le rassemblement des Réunionnais pour une société harmonieuse et fraternelle.
Évidemment, ces diviseurs et profiteurs du système sont vivement applaudis par les néo-colonialistes et leurs collaborateurs, car la division de notre peuple a été utilisée par les maîtres tout au long de notre Histoire pour défendre leurs intérêts, notamment durant la période de l’esclavage. En même temps, nous ne devons jamais oublier que durant ces 350 ans, de larges rassemblements des Réunionnais ont été possibles et accomplis pour remporter des avancées historiques, comme par exemple la proclamation de l’abolition officielle du statut de colonie de La Réunion par la loi du 19 mars 1946 avec les députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.

Le comportement exemplaire d’Ahmed Kathrada

À partir de là et en analysant la situation préoccupante du pays aujourd’hui comme à venir, la question qui se pose est la suivante : quand je parle de la justice, de la paix, du respect de l’autre, de la solidarité, de la démocratie, des droits humains etc…, qu’est-ce que je fais concrètement pour mettre en œuvre et faire respecter ces valeurs ? Est-ce que je fais réellement ce que je dis ou bien est-ce que je contente de prononcer de belles paroles, en faisant même des choses qui vont à l’encontre de ce que je proclame ?
Cette semaine, le peuple réunionnais a eu la chance de pouvoir rencontrer une grand militant sud-africain, qui, malgré les horribles répressions dont il a été victime au côté de son camarade Nelson Mandela dans la lutte de leur peuple pour se libérer de la dictature du racisme institutionnalisé, a su faire ce qu’il a dit pour la liberté. Nous avons bien des enseignements à tirer de ce comportement exemplaire d’Ahmed Kathrada, si nous voulons nous-mêmes éviter à nos compatriotes les plus pauvres de continuer à subir les effets du décalage entre les paroles et les actes de la part des détenteurs du pouvoir de décision dans notre pays.

Roger Orlu


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