Alon filozofé

Les Réunionnais ont-ils la responsabilité de l’éducation à La Réunion ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 14 avril 2017

Ces jeudi 13 et vendredi 14 avril, s’est déroulée une grande nouveauté à La Réunion : les premières Rencontres de l’Éducation de l’océan Indien, organisées par le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement (CCEE) et la Ligue de l’enseignement avec plusieurs partenaires associatifs et institutionnels du pays. Ces deux journées de réflexions et d’échanges ont été consacrées à un sujet très important pour l’avenir de notre peuple et de l’humanité : « Quelle éducation pour faire face aux défis d’aujourd’hui ? Une pédagogie qui unit et qui libère ».

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Philippe Meirieu, promoteur d’« une éducation qui unit et qui libère ».

À cette occasion, les organisateurs ont notamment donné la parole à Philippe Meirieu, professeur des universités, pédagogue et militant de l’éducation populaire en France, qui évoque cette problématique et sa solution dans un ‘’texte de cadrage’’. Nous publions ci-après des extraits de ce texte : « Les ‘’jeunes’’, enfants, adolescents, jeunes adultes, vivent aujourd’hui dans un univers où les seuls idéaux qui leur sont proposés largement sont la consommation compulsive ou la régression dans des identifications à des ‘’causes’’ mortifères.

Ainsi, la réponse que le philosophe de l’éducation Olivier Reboul faisait, il y a près de quarante ans, à la question ‘’Qu’est-ce qui doit fonder l’éducation ?’’ reste, plus que jamais d’actualité : ‘’Ce qui unit et ce qui libère’’. Nous avons en effet, tout à la fois, besoin d’unité – de commun sans communautarisme – comme nous avons besoin de liberté – d’individus sans individualisme.

Construire du commun

La culture peut être un puissant moyen de rencontre entre les êtres. L’art, la littérature, la mythologie, la philosophie nous permettent, en effet, de nous découvrir fils et filles des mêmes questions fondatrices. Ainsi l’École peut-elle créer du commun. Le commun se construit à l’École car l’École n’est pas simplement le lieu où chacun apprend, c’est le lieu où l’on apprend ensemble et où, par l’apprentissage, on apprend à faire société.

Mais, si l’éducation est découverte de ce qui unit les humains – et interdit donc d’exclure quiconque du cercle de ‘’l’humaine condition’’ –, elle est aussi, et simultanément, apprentissage de ce qui libère : ce qui libère de l’égocentrisme initial et de l’immédiateté de la pulsion, ce qui libère du fantasme de la toute-puissance et de la soumission à celui qui prétend l’avoir, ce qui libère des préjugés et des stéréotypes.

Des pistes pour construire notre avenir commun

Nous ne pouvons pas nous résigner à ce que des jeunes basculent hors du ‘’cercle de l’humain’’, au risque, parfois, d’être tentés par l’inhumain. Mais nous ne pouvons pas, non plus, nous engager avec eux dans une partie de bras de fer où nos savoirs et nos valeurs seraient imposés par la force. Nous devons trouver un chemin entre la reculade et l’affrontement : c’est tout l’enjeu de la pédagogie.

Pour cela, nous disposons d’un certain nombre de pistes qui nous permettent d’espérer avoir prise sur la construction de notre avenir commun : Apprendre à surseoir à ses impulsions… Apprendre à ‘’compatir’’ avec autrui… Apprendre à débattre… Apprendre à se décentrer pour découvrir la solidarité qui unit les humains entre eux et avec la planète… Apprendre à coopérer pour construire vraiment du ‘’commun’’, un ‘’commun’’ où chacun puisse avoir une place et découvrir que l’autorité légitime est celle qui s’exerce au nom d’une responsabilité au service de toutes et tous ».

D’où notre question : Les Réunionnais ont-ils la responsabilité de l’éducation à La Réunion pour construire une telle pédagogie ? Pour certains démocrates et progressistes du pays, c’est un des enjeux de la présidentielle du 23 avril prochain…

Roger Orlu