Alon filozofé

"Liberté – Égalité – Fraternité" : ousa i lé dan nout péi ?

Billet philosophique

Témoignages.re / 19 juillet 2013

Dimanche dernier, on a beaucoup parlé dans les médias en France et à La Réunion de la célébration de la "Fête nationale" de la République française (oubli pa : nout nasyon i apèl La Rényon !). Une fête marquée avant tout par des défilés militaires, des feux d’artifices et d’autres distractions, divertissements voire diversions… Quel sens veut-on donc donner à cette commémoration du 14 juillet 1789, où a commencé à Paris une révolution populaire qui conduira à l’abolition du système féodal et monarchique en France, avec la suppression des privilèges de la noblesse et d’autres transformations de la société ? Ces changements ont aussi contribué à des évolutions positives dans les colonies françaises, où des luttes étaient menées contre toutes les formes d’oppressions et d’injustices, notamment l’esclavage. Mais qu’en est-il aujourd’hui, particulièrement à La Réunion ?

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Mémouna Patel. « Plus que jamais, il y a encore des révolutions à espérer ».

Quand on réfléchit au contenu de la célébration du 14 Juillet, on pense notamment à ces trois concepts portés par la devise de la République française : liberté, égalité et fraternité. Et l’on se demande en quoi ils sont appliqués ici dans notre pays, 224 ans après le début de la révolution en France, qui a conduit à l’adoption de cette devise.

Par exemple, quelle est la liberté du peuple réunionnais — et notamment de nos compatriotes les plus pauvres — de prendre eux-mêmes les décisions qui concernent leur vie quotidienne, l’urgence sociale, la construction d’un développement durable ? Quelle est la liberté d’expression et d’information des chômeurs, des précaires, des exclus et des autres personnes sur-exploitées et dominées par la bourgeoisie au pouvoir ? D’où la justesse de cette parole de Franswa Sintomer dans une de ses plus belles chansons : « La loi fransé lé makro mèm ! ». C’est donc aux Réunionnais de décider les lois justes à mettre en œuvre pour une société libre et harmonieuse dans leur pays.

« Beaucoup de Bastille à faire tomber »

Concernant l’égalité, qu’en est-il ? Ce thème a été évoqué — parmi bien d’autres, très intéressants aussi — par l’adjointe au maire du Port, déléguée à l’enseignement, lors de son allocution à la cérémonie du 14 Juillet dans la cité maritime. Ainsi, Mémouna Patel a notamment déclaré : « Il y a encore beaucoup de Bastille à faire tomber, beaucoup de batailles à mener pour que tous les citoyens puissent avoir les mêmes droits et que chacun puisse trouver sa place. C’est le principe de l’égalité, indispensable à l’équilibre de la société ».

En effet, « ce mode de société, basé sur le profit, ne contribue pas à l’épanouissement humain. Il n’a d’écho que la misère, la frustration et la violence qu’il engendre ». Pour l’élue communiste portoise, les inégalités de notre société coupée en deux mondes sont un des problèmes essentiels à résoudre, avec les 52% de notre population jetés sous le seuil de pauvreté de la France et qui souffrent gravement de ces effets du système néo-colonial en place.

« Le partage des richesses »

C’est pourquoi, déclare Mémouna Patel, « nous ne pouvons nous résigner à une telle situation, nous, élus du peuple, qui recueillons chaque jour les doléances de nos concitoyens, nombreux à nous faire part de leurs difficultés ». D’autant plus que la fraternité réunionnaise, construite peu à peu par notre peuple durant les 350 de son histoire, est souvent traumatisée par cette situation, marquée à la fois par l’absence de démocratie, donc de liberté, et par les discriminations sociales dont souffrent les plus pauvres.

« Alors, conclut cette militante Réunionnaise, en ce 14 juillet, symbole de liberté, d’égalité et de fraternité, plus que jamais, nous sommes convaincus que le monde doit changer, que les gouvernances doivent revoir leurs copies et réfléchir à un modèle de société basé sur la justice, la solidarité, le partage des richesses. Plus que jamais, nous sommes convaincus qu’il y a encore des révolutions à espérer ». Et n’avons-nous pas la responsabilité de cultiver cet espoir ?

Roger Orlu

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