Alon filozofé

« Lit pou in Pëi an Liberté »

Billet philosophique

Roger Orlu / 31 octobre 2014

La pensée créole réunionnaise et résistante avance réellement dans le pays. Cela, malgré le rouleau compresseur et oppresseur de l’assimilation néo-coloniale, qui fait partie de l’idéologie dominante portée par la classe profiteuse du système en place. Nous avons eu de nouvelles illustrations de ces avancées ces derniers jours, qui mettent en avant un concept très important pour assurer leur suite positive.

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Alain Gili, Carpanin Marimoutou, Jean-François Reverzy et André Robèr vendredi dernier lors du "sobatkoz" en faveur « des éditions militantes et alternatives pour La Réunion ».

Le vendredi 24 et le samedi 25 octobre dernier, au Théâtre Les Bambous de Saint-Benoît, a été célébré le 15ème anniversaire des Éditions K’A, dirigées par l’écrivain réunionnais André Robèr. La première soirée a été consacrée à un "sobatkoz" très intéressant, animé par l’universitaire Carpanin Marimoutou, avec la participation de trois éditeurs réunionnais : Alain Gili pour l’ADER, Jean-François Reverzy pour Grand Océan et bien sûr André Robèr pour les Éditions K’A ; et le lendemain s’est déroulé un magnifique "kabar fonnkèr", avec de nombreux artistes, poètes et autres écrivains porteurs des valeurs fondamentales du peuple réunionnais.
Parmi ces valeurs, lors du "sobatkoz" de vendredi a été mis en avant un concept philosophique essentiel : celui de la lutte, autrement dit celui de l’engagement pour changer notre société. C’est pourquoi, lors de ces échanges entre les éditeurs et le public, il fut avant tout question des défis à relever par « des éditions militantes et alternatives pour La Réunion ».

« Une pratique populaire consciente et constante »

À cette occasion, a été diffusé un ouvrage collectif publié par les Éditions K’A pour ses "kinz an", avec des textes très variés, en créole ou en français, rédigés par 25 écrivain(e)s. Ces textes, accompagnés de très belles photos, ont été réunis par André Robèr sous ce titre symbolique particulièrement fort : « Mazine, Oubiensa Lit pou in Pëi an Liberté ».
En illustration de ce combat pour la liberté, nous voudrions citer des passages du texte de Daniel Honoré, intitulé : « Kréol noute bien-d-fon », qui souligne « trois conditions » à remplir « pour qu’une langue vive et se développe ». Voilà ces conditions : « 1) Un engagement des intellectuels pratiquant cette langue. 2) Une volonté de participation des responsables politiques. 3) Et surtout une pratique populaire consciente et constante ».

« Rouv le zyeux »

En conclusion, Daniel Honoré défend une idée très juste : « Notre population doit se convaincre que sa langue est belle et mérite qu’elle en soit fière. Oui, toutes les occasions sont bonnes pour parler créole parce que c’est l’affirmation de notre identité réunionnaise ». Et comme l’ajoute le grand militant culturel, ce combat idéologique visant à nous libérer du piège de l’assimilation concerne particulièrement le monde scolaire ainsi que les médias.
D’autres événements survenus récemment ont contribué à la prise de conscience de l’importance de ce combat à mener sans cesse pour notre libération ; on peut citer par exemple la conférence du samedi 25 octobre à la bibliothèque Alain Peters du Moufia, où le professeur Antoine Pitchaya et le philosophe Radjah Véloupoulé ont exalté « le modèle » de l’interculturalité réunionnaise. Et pour renforcer cette « Lit pou in Pëi an Liberté », comme dit Mgr Gilbert Aubry dans son slam proclamé dimanche dernier à Bras-Panon : « Rouv le zyeux ».


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