Alon filozofé

Non à la prostitution pour le capital et pour le néo-colonialisme !

Billet philosophique

Roger Orlu / 14 mai 2010

Dans quel système socio-économique et politique vivons-nous à La Réunion ? Quels sont les effets de ce système sur la façon dont nous vivons ensemble et sur l’avenir de nos rapports sociaux ? Quelles sont les solutions pour surmonter les contradictions de cette réalité ? Quelques réflexions à ce sujet à partir de deux faits d’actualité…

Mardi soir, j’ai suivi en cours de route l’émission "Les News" qui précède le journal de Télé-Réunion, au cours de laquelle les invités de Pascal Souprayen ont débattu de l’augmentation du nombre des prostitué(e)s mineur(e)s à La Réunion. Ce fut bouleversant.
Déjà cette information et le phénomène social que cela traduit m’ont alerté et interpellé. En effet, voilà une nouvelle illustration de l’aggravation de la misère et du désarroi dans lesquels sont plongés de plus en plus de Réunionnais, en particulier des jeunes. Victimes d’une politique qui ne respecte pas leurs droits humains essentiels, ces jeunes sont contraints — de fait — de se livrer à la prostitution pour avoir des moyens de vivre. Comme d’autres sont poussés à la délinquance, à la dépression, à la dépendance de l’alcool, des drogues et d’autres formes d’addictologies.

Un mur de la honte

On peut toujours critiquer les comportements de ces personnes et leur faire des leçons de morale en leur demandant de se remettre en question. Mais s’interroge-t-on sur les causes profondes de ces problèmes et que fait-on pour s’y attaquer ?
En tout cas, durant cette émission, il y a eu des interventions terribles, montrant les souffrances endurées par les prostitué(e)s, les humiliations et les formes de mépris — voire de violences — que doivent subir ces personnes. D’une certaine façon, ces difficultés sont comparables à celles infligées à tous les chômeurs, précaires, exclus et autres Réunionnais sous-rémunérés.
Pendant ce temps, d’autres, les sur-rémunérés de cette même société, profitent de ce mur de la honte créé par l’État colonial pour couper La Réunion en deux, afin d’accumuler des biens et des services. Voilà pourquoi la meilleure solution est la lutte pour dire non à la prostitution pour le capital et pour le néo-colonialisme !

Acteurs de notre avenir

Cette pérennisation institutionnalisée d’un système néo-colonial dans notre pays a été dénoncée lundi dernier au Centre du Moringue à Sainte-Suzanne, lors d’une conférence-débat organisée par l’association Miaro, dans le cadre de la célébration du 10 Mai. À l’occasion de cette Journée de la commémoration de l’esclavage dans toute la France et Outre-Mer, Aline Murin-Hoarau, historienne et responsable politique, a exposé pourquoi et comment il est indispensable de réparer les dégâts de ce crime contre l’humanité que fut le système esclavagiste (voir "Témoignages" du mercredi 12 mai 2010).
Un débat très riche, animé par l’anthropologue Charlotte Rabesahala, a suivi cet exposé. Il fut marqué par plusieurs interventions émouvantes et pertinentes pour dénoncer les traces laissées aujourd’hui dans notre société par l’esclavage et le colonialisme.
Ainsi, Patricia a demandé : « Qui occupe les postes à haute responsabilité à La Réunion ? » et elle a lancé un appel à la « mobilisation contre les discriminations dont sont victimes les Ti-Kaf dans notre île » : « Allons prendre notre avenir en main car nous voulons être de réels acteurs de notre avenir et non plus de simples spectateurs ».

« In Kaf dobout ! »

Antonin a apporté son soutien aux « élus et responsables politiques qui font avancer la responsabilité réunionnaise ». Pour Angélina, « nout zéness lé largué, lé zot i vyin pran zot plass. Il faut préparer les jeunes réunionnais d’aujourd’hui à devenir les décideurs de demain ». Christine a dénoncé le fait qu’à l’école un jour on lui a mis un zéro car elle a refusé d’écrire que "nos ancêtres sont des Gaulois" ; elle a déclaré qu’« avant, La Réunion était soumise à un esclavage physique mais aujourd’hui c’est un esclavage psychologique ».
Charlotte a plaidé pour « un partage entre tous les Réunionnais des héritages de tous ceux qui ont connu la traite négrière » et Marina, enseignante, a déploré le fait qu’« il y a beaucoup d’élèves en difficultés, surtout les Kaf, qui vivent mal le sentiment d’infériorité dont ils sont victimes » ; elle a aussi regretté qu’elle soit « la seule professeure kafrine dans mon collège ».
Enfin, Judith a souligné que « les Noirs sont trop souvent stigmatisés dans notre société (il n’y a qu’à voir comment sont traités les faits divers dans les médias) » et Jean-François a dénoncé le fait que « nout passé la été anterré » ; il a conclu : « Alon retrouv nout rasine pou avansé. Anou tout d’èt in Kaf dobout ! ».

Roger Orlu 

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