Alon filozofé

« Non à la soumission aux marchés financiers »

Billet philosophique

Roger Orlu / 29 juillet 2011

Un ami syndicaliste, Didier Le Strat, professeur retraité et ancien dirigeant de la FSU à La Réunion, nous a transmis récemment un appel lancé le 17 juillet dernier par plusieurs organisations anticapitalistes sous le titre “Non à la soumission aux marchés financiers. Les peuples ne doivent pas payer leur crise !”. Voici de larges extraits de cet appel, signé par les organisations ATTAC, CGT-Finances, FASE, Fondation Copernic, GU, Les Alternatifs, Marches européennes, MPEP, NPA, PCF, PCOF, PG, Union syndicale Solidaires.

« L’Union européenne et les gouvernements utilisent les dettes publiques pour imposer aux peuples d’Europe une véritable purge sociale. Alors que les banques et autres opérateurs financiers n’en finissent pas de spéculer sur les dettes publiques, il faudrait que ce soit les populations qui payent une crise dont les marchés financiers sont les premiers responsables et uniques bénéficiaires.
C’est pour cela que les gouvernements de l’Union, la Commission et le Parlement européen, avec la participation active de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, veulent imposer une nouvelle gouvernance économique asservie à la finance (…).
Le pacte "euro plus" (signé récemment par M. Sarkozy et Mme Merkel–NDLR) utilisait déjà la crise de la dette pour imposer l’austérité, la baisse des salaires des pensions et des retraites, la diminution du nombre de fonctionnaires, la flexibilité du travail, le recul de l’âge du départ en retraite, la casse des systèmes de protection sociale, tout en réduisant les pouvoirs des organisations syndicales. Le tout, au seul bénéfice des actionnaires des grandes sociétés et du système financier international ! (…)
Pour essayer de verrouiller totalement ce montage, les gouvernements européens veulent intégrer dans la loi fondamentale des États l’objectif de l’équilibre budgétaire, ce que Nicolas Sarkozy appelle « la règle d’or ». Stupide économiquement — que se serait-il passé si cette règle avait été appliquée au moment de la crise financière où les États ont renfloué les banques ? —, cette proposition est une agression contre la démocratie, car les politiques économiques seraient ainsi totalement soustraites au débat politique et à la décision citoyenne. (…)
Les citoyens et les citoyennes ne doivent pas payer les dettes qui sont le résultat de la soumission des États aux marchés financiers. Ces dettes sont illégitimes et les peuples ne doivent pas en faire les frais. Il faut exiger aujourd’hui un moratoire et des audits citoyens sur les dettes publiques (…) ».

Ousa i lé lo dévlopman dirab ?

Cet appel va dans le même sens que le combat mené par de nombreuses organisations syndicales, politiques et associatives réunionnaises, qui veulent s’attaquer aux causes profondes de la situation de plus en plus difficile, voire dramatique, subie par la majorité des Réunionnais, soumis au pouvoir néocolonial qui domine notre pays et nous impose sa politique inhumaine.
Nous devons être conscients que c’est cette politique décidée par Paris — avec la complicité de la bourgeoisie d’ici et d’ailleurs — qui fait que plus du tiers des Réunionnais en âge de travailler sont privés de leur droit à l’emploi et que dix pour cent de notre peuple est privé de son droit à un logement décent. Et en même temps, une minorité de la population, toujours plus riche, profite des privilèges hérités de la période coloniale, qui a coupé notre société en deux mondes. Ce qui n’a rien à voir avec le développement durable, solidaire et responsable que nous voulons mettre en place nous-mêmes.

Pillage criminel

Il en est de même pour les peuples du monde qui souffrent parfois encore bien plus que nous de ce système barbare dénoncé dans l’appel cité plus haut. Nous pensons en particulier à ces dix mille enfants qui meurent de faim chaque jour et à ces 12 millions de personnes confrontées à la famine actuellement dans le Nord-Est de l’Afrique, pas loin de nous.
Pendant ce temps, les États continuent d’augmenter les dépenses militaires mondiales, déjà estimées à 1.531 milliards de dollars en 2009, alors que « 22,6% de ce gaspillage suffiraient à assurer les besoins vitaux pour l’humanité », selon le Mouvement de la Paix. Et Paris envoie des Réunionnais tuer des Afghans, avant de leur rendre soi-disant hommage lorsqu’ils se font tuer eux-mêmes. Quelle hypocrisie !
En même temps aussi, comme nous l’a dit l’économiste réunionnais Risham Badroudine, « pour tenter de sauver le système capitaliste, près de 3.000 milliards de dollars de fonds publics ont été versés aux banques depuis le début de la crise financière en 2008. Et cela continue, comme dans l’affaire de la Grèce, etc. D’ailleurs, la richesse des millionnaires de la planète représente déjà 39.000 milliards de dollars ».
Ce pillage criminel est dénoncé par de nombreux experts dans le film de Coline Serreau "Solutions locales pour un désordre global", présenté ce mercredi par l’association Arterre à un public très nombreux au Conservatoire Botanique Mascarin de Saint-Leu. Un film à faire connaître pour mieux prendre conscience de la gravité et des causes des problèmes qui frappent l’humanité.

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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