Alon filozofé

Non aux "incorporations de force" d’aujourd’hui !

Roger Orlu / 2 septembre 2011

À l’occasion de la célébration du 200ème anniversaire de la grande révolte de nos ancêtres esclaves dans la région de Saint-Leu, "Témoignages" a déjà évoqué à plusieurs reprises l’importance de tirer des enseignements actualisés de certains événements de l’histoire. Des événements à commémorer pour les faire connaître et pour rendre hommage aux personnes qui en ont souffert. En voici une nouvelle illustration, à propos d’une tragédie qui s’est déroulée loin de La Réunion.

Durant le mois d’août, plusieurs cérémonies ont été organisées par des associations et des institutions en Alsace et en Lorraine pour marquer le 69ème anniversaire d’un crime ignoble commis dans ces régions de l’Est de la France par les nazis durant la Seconde guerre mondiale. Il s’agit de la décision prise le 25 août 1942 par le pouvoir fasciste allemand, avec la complicité de ses collaborateurs français, d’incorporer de force dans l’armée nazie les Alsaciens et Mosellans pour les obliger à aller combattre les communistes et autres anti-fascistes, notamment sur le front de l’Est.
Quelque 130.000 jeunes, appelés "les Malgré-Nous", ont été victimes de cette « déportation militaire » et environ 40.000 d’entre eux ont été tués en moins de trois ans suite à ce « crime de guerre ». Des hommages très émouvants leur ont été rendus, ainsi qu’à leurs familles qui ont subi les effets de ce drame atroce, comme celles qui ont été frappées par l’autre crime contre l’humanité que fut le génocide des nazis contre les Juifs, les résistants, les malades mentaux etc.

« Histoire tronquée »

Lors d’une de ces cérémonies, Me Yves Muller, président de l’ADEIF (Association des évadés et incorporés de force) dans le Haut-Rhin, a souligné qu’un grand combat est encore à mener pour faire connaître ce malheur et rendre hommage à toutes les personnes qui en ont souffert comme à celles qui lui ont résisté en rejoignant les Forces françaises libres. « Nous ne voulons pas d’une histoire tronquée », a-t-il notamment déclaré.
Ce combat est d’autant plus important, que nous avons des leçons à tirer de ce passé honteux, en faisant un lien avec les tragédies honteuses d’aujourd’hui dans le monde, même si les situations sont très différentes. En effet, comment pouvons-nous ne pas être conscients du fait qu’une grande partie de l’humanité est "incorporée de force" par le système capitaliste dans un modèle de développement inhumain ? La plupart des dirigeants du pouvoir politico-médiatique résistent-ils à ce système criminel qui tue chaque jour des dizaines de milliers de personnes par la faim ou bien collaborent-ils avec les dictateurs du monde de la finance et du marché qui volent les plus pauvres ?

Une priorité absolue

Le conditionnement mental, le formatage des esprits, le détournement systématique de notre intelligence d’un intérêt pour les questions les plus importantes de l’humanité au profit des distractions organisées en permanence vers des sujets secondaires font partie des moyens essentiels de la bourgeoisie pour "incorporer de force" les citoyens dans une vie insensée. Cet emprisonnement de notre attention dans la diversion permanente doit être une des cibles de notre résistance d’aujourd’hui pour le respect des droits humains.
Cette résistance nécessite l’union la plus large et la solidarité la plus forte possible au sein de chaque peuple comme entre tous les peuples de la Terre. C’est une priorité absolue, si l’on veut en finir avec le totalitarisme capitaliste d’aujourd’hui.

Des "Malgré-Nous" de l’océan Indien

Des militants anti-militaristes viennent de nous montrer que cette orientation est à la fois possible, utile et précieuse. Il s’agit des responsables du Mouvement de la Paix en France et en particulier de Roger Streblicki, ancien résistant, un militant dévoué et infatigable de 87 ans, vice-président du Conseil du Bas-Rhin de cette organisation.
En effet, celui-ci vient d’être informé par le Comité Solidarité Chagos de La Réunion de l’histoire tragique de "Malgré-Nous" de l’océan Indien, le peuple chagossien, et il a aussitôt décidé d’apporter son soutien au combat de ce peuple, victime d’une double déportation en deux siècles. Il s’est déjà rendu à la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, qui recevra bientôt une délégation du Groupe Réfugiés Chagos d’Olivier Bancoult, pour défendre la cause de ce peuple frère de notre région.
Comme le dit le juriste André Oraison, « pour les Chagossiens, "l’espoir au cœur humain est toujours vivace". Ils poursuivent avec courage la lutte pour leur retour sur leurs îles natales ». Nous ne pouvons accepter que les Chagossiens soient « sacrifiés sur l’autel des intérêts des Puissances occidentales, au nom de la raison d’État, pour permettre la création d’une importante base militaire américaine à Diego Garcia, l’île principale des îles Chagos ».
Voilà comment l’on peut dire non aux "incorporations de force" d’aujourd’hui partout dans le monde !

Roger Orlu

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