Alon filozofé

« Nou lé dan in idéal »

Billet philosophique

Témoignages.re / 15 février 2013

Nous voudrions revenir dans cette chronique sur la première émission "La Vie devant Soi" consacrée ce mercredi par Réunion 1ère à la question de l’enseignement de la langue créole réunionnaise dans nos écoles. En effet, durant le film comme durant le débat de cette émission, il y a eu des idées très intéressantes qui ont été émises par de nombreux intervenants sur une question fondamentale à laquelle est confrontée notre société, mais que les décideurs politiques et autres porteurs de l’idéologie dominante ne prennent pas en compte.

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Aurélie Filain, jeune professeure réunionnaise de créole. « Nou lé dan in idéal ».

Parmi ces décideurs, qui se soucie des voies et moyens à mettre en œuvre pour non seulement reconnaître et respecter la spécificité de l’identité du peuple réunionnais, mais encore pour valoriser les atouts de ce patrimoine immatériel, afin de résoudre nous-mêmes en toute liberté nos problèmes ? Une des conditions fondamentales du développement durable de La Réunion, qui n’est toujours pas appliquée et qui est sous-estimée par le pouvoir en place, n’est-ce pas l’absence de dépendance du peuple et l’absence d’assistance de luxe pour la minorité dominante d’une société coupée en deux mondes ?
En tout cas, cette problématique a été évoquée d’une certaine façon dans cette émission télévisée, où le film d’Anaïs Charles-Dominique, "Aurélie, réussir en créole" montre à quel point l’enseignement du créole réunionnais est important pour la formation et l’épanouissement de nos compatriotes. Et comme le dit l’enseignante créole Aurélie Filain à la fin de ce film, s’engager dans cette profession et ce combat signifie clairement : « nou lé dan in idéal ».

Des polémiques stériles

Cet « idéal », partagé par de plus en plus de Réunionnais, reste confronté à des préjugés négatifs su nout lang, comme on l’a vu dans le débat, où un responsable d’une organisation de parents d’élèves et un artiste ont comme d’habitude opposé le créole au français et aux autres langues. Ils ont également relancé les vieilles polémiques sur la graphie du créole, en donnant un contenu politicien et sectaire à leurs attaques contre l’enseignement du créole.
Mais ce débat a également montré à quel point ces polémiques stériles n’ont aucun intérêt. Des étudiants comme Romuald et Olivya, des parents d’élèves (dont une maman responsable de la FCPE) et des spécialistes de la promotion du créole comme Axel Gauvin, Laurence Dalleau, Jessie Andy, Cathy Lucilly, Yvette Duchemann, etc. ont été fortement applaudis par le public.

Le rôle primordial du système éducatif

Ces intervenants ont notamment souligné que le renforcement de la connaissance de la langue maternelle des Réunionnais dès le plus jeune âge est un moyen indispensable pour l’apprentissage au plus haut niveau de toutes les autres matières éducatives. Comme l’a dit avec raison Aurélie Filain, c’est un véritable « soubassement pédagogique », sur lequel doit s’appuyer le système éducatif dans tous les domaines.
L’autre dimension essentielle qu’ont mise en avant plusieurs intervenants dans cette émission sur la place du créole à l’école est sa contribution à la construction de la citoyenneté réunionnaise. Voilà un des enjeux clés de la refondation de l’école annoncée par le gouvernement : le rôle primordial du système éducatif à La Réunion dans les années à venir sera-t-il avant tout de préparer les jeunes réunionnais à prendre en mains la construction de l’avenir de leur pays ?

Roger Orlu

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