Alon filozofé

Oté Madam Farreyrol, arèt fé la fol !

Billet philosophique

Roger Orlu / 4 février 2011

Dans une interview publiée lundi dernier par "le Quotidien", la députée, vice-présidente de la Région et présidente de l’IRT (Île de La Réunion Tourisme) illustre le bas niveau de réflexion, de conscience et d’esprit de responsabilité auquel peuvent sombrer certains représentants du monde politique dans le pays. Notamment ceux qui soutiennent la politique néo-coloniale de l’UMP portée par Nicolas Sarkozy. Il est vraiment urgent de nous libérer de ce comportement indigne, si nous voulons aller ensemble enfin vers un développement durable, humain et solidaire.

Tous les Réunionnais qui se battent pour le respect et la valorisation des atouts de nout lang kréol sont indignés par la violence et la bassesse des attaques lancées par certains colonialistes et leurs complices — tous des privilégiés — contre ce moyen d’expression de notre peuple. Parmi ces attaques, il y a eu celles de Jacqueline Farreyrol, qui est allée jusqu’à parler de « créole kk » pour dénoncer une graphie de la langue réunionnaise tenant tout simplement compte de ses spécificités.
Or tout le monde sait que les militants du créole sont ouverts à la culture du multilinguisme à La Réunion et sont favorables à une entente entre Réunionnais sur un standard de la graphie du kréol péi, sans jamais opposer le créole et le français, au contraire. Malgré cela, ils sont stigmatisés et insultés plus bas que terre par des politiques et autres qui, par intérêt de classe, soutiennent la politique d’assimilation dont souffre le peuple réunionnais, dont les plus pauvres avant tout.

Une pensée scatologique

Dans l’entretien qu’elle a accordé cette semaine au "Quotidien", Mme Farreyrol reprend ces attaques contre ceux qui soi-disant « abêtissent notre langue » et elle reste dans sa pensée scatologique insensée, en traînant dans la boue la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR). En effet, ce grand projet de service public pour soutenir l’émancipation du peuple réunionnais, faire respecter l’égalité de nos cultures et renforcer notre interculturalité est qualifié de… « bouse de bœuf ».
Mais comment peut-on qualifier d’excréments des causes que l’on ne partage pas, uniquement parce qu’elles sont défendues par des adversaires politiques ? Quand on connaît le travail effectué par l’équipe de la MCUR pour ouvrir les richesses de notre identité culturelle à tous les Réunionnais et au monde, il est lamentable de se livrer à une telle scatologie et d’accuser ces personnes de vouloir « enfermer la culture créole ».

Une société libre et fraternelle

Notre but ici n’est pas de polémiquer avec telle ou telle personne mais avant tout de réfléchir sur l’impasse à laquelle sont conduits les Réunionnais par la politique menée par le pouvoir dans notre pays avec la complicité d’élus locaux. Lorsque Mme Farreyrol prétend que son ami Didier Robert « insuffle un véritable vent de changement » et que le président de la République actuel « est un homme de cœur et généreux », tout est clair : la politique conservatrice, injuste et anti-réunionnaise qui nous est imposée n’ouvre aucune perspective d’avenir.
Face à un régime inacceptable chez nous, il n’y a pas d’autre solution que les luttes populaires de masse, comme celles menées actuellement par les peuples tunisien, égyptien et autres. Ou celle menée par nos ancêtres esclaves avec Élie à Saint-Leu il y a 200 ans.
Prendre conscience de la gravité de cette politique à La Réunion, de ses causes et mener des luttes pour changer de pouvoir et prendre en mains nous-mêmes l’avenir de notre pays : y a-t-il un autre moyen de transformer notre société pour la rendre libre et fraternelle ?

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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