Alon filozofé

Pas de changement sans concertation

Billet philosophique

Roger Orlu / 6 février 2014

Nous venons d’apprendre que Les Éditions de l’Humanité viennent de faire paraître en France un livre de 222 pages constitué d’entretiens avec une cinquantaine d’intellectuels, dont plusieurs philosophes renommés comme par exemple Cynthia Fleury, Edgar Morin, Jean-Luc Nancy, Pierre Rabhi, Bernard Stiegler, Joseph Stiglitz etc…, sous le titre : "Penser un monde nouveau". « ?Ils décryptent les dérèglements de notre société, ils ouvrent des pistes de réflexion et de subversion ? », résume le directeur de "l’Humanité", Patrick Le Hyaric, dans l’avant-propos de ce livre.

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Des militants réunionnais du Mouvement Emmaüs et de la Fondation Abbé Pierre lors du rassemblement de samedi dernier au vélodrome de Champ-Fleuri contre la pauvreté. « Relevons, ensemble, ce défi ! ».

« Le genre humain est maltraité par le capitalisme d’aussi grave façon que l’environnement », souligne Lucien Sève lors de l’un des entretiens publiés dans cet ouvrage. L’éditeur signale que « les formidables révolutions scientifiques et informationnelles à l’œuvre, qui pénètrent toutes les sphères des activités humaines, sont aussi le théâtre de dévastations humaines. Sans un nouvel horizon d’émancipation, cette insupportable contradiction peut faire émerger les pires replis, des haines et des désespoirs meurtriers, des concurrences poussées jusqu’à des antagonismes ravageurs ».

Un autre ouvrage qui vient de paraître plaide dans le même sens : "Pourquoi les riches ont gagné", du journaliste et essayiste Jean-Louis Servan-Schreiber, qui signale que « depuis l’an 2000 nous assistons à une explosion de la richesse mondiale. En même temps, les inégalités s’accroissent et peuvent déstabiliser nos sociétés. Comment réduire cette fracture devient la question primordiale des vingt prochaines années. Désormais la planète compte 12 millions de millionnaires, dont 500.000, en France », avec « une domination croissante des financiers, maîtres du jeu de l’argent ».

L’impasse

Selon ce défenseur des droits humains, « les sociétés dans lesquelles nous évoluons mettent sans cesse en avant les 2 "valeurs" que sont l’individualisme et le culte de l’argent. C’est la question politique centrale que la gauche comme la droite n’osent pas aborder de front par peur de froisser leurs électeurs. Là est l’impasse la plus préoccupante de notre système ».

À ce sujet, le projet de TAFTA (Trans-Atlantic Free Trade Area) — un traité pour un "marché unique transatlantique" prévu pour 2015 entre les États-Unis et l’Union européenne, en cours de négociation secrète par les dirigeants de ces deux instances — s’inscrit dans ce système capitaliste et aurait de graves conséquences à La Réunion. D’ailleurs il a été vivement dénoncé par le député réunionnais au Parlement européen, Younous Omarjee.

Cette analyse globale a été confirmée samedi dernier lors du rassemblement organisé au vélodrome de Champ-Fleuri à Saint-Denis par les militants réunionnais du mouvement Emmaüs pour célébrer le 60ème anniversaire de l’appel de l’abbé Pierre à la lutte contre la pauvreté en 1954. Dans leur "appel du 1er février 2014", intitulé "Et si, depuis 60 ans, nous avions raison ?", les fidèles à ce combat déclarent notamment : « Plus nous serons nombreux à inventer ensemble des solutions alternatives, plus nous pourrons continuer à faire reculer non seulement les conséquences mais aussi les causes de la pauvreté. Et si, aujourd’hui, nous avions raison de vous interpeller pour, qu’à votre tour, vous vous révoltiez ? ».

Ensemble

Les fidèles à l’abbé Pierre concluent : « Et si, aujourd’hui, nous avions raison de vous demander de vous engager ? Oui, ensemble, pour aujourd’hui et pour demain, investissons dans l’humain. C’est parce qu’ensemble, nous continuerons d’inventer et d’agir, qu’il sera possible de faire reculer l’exclusion. Relevons, ensemble, ce défi ! ».

"Ensemble" : ce mot revient sans cesse avec raison dans ce texte car l’union dans la lutte pour changer la société et la rendre humaine est la clé de tout face aux divisions et trahisons du peuple, berceaux de la domination par les plus riches. Voilà pourquoi, face aux diviseurs animés par des ambitions personnelles, de plus en plus de Réunionnaises et Réunionnais favorables à l’abolition de l’apartheid social et à une gouvernance démocratique réunionnaise, donc à un développement durable du pays, prônent une entente afin d’aller dans ce sens. D’où l’importance de la concertation la plus large possible pour accorder la priorité à l’intérêt commun du peuple réunionnais. Comme l’a dit Paul Vergès lors de sa conférence de presse dimanche dernier, sans concertation entre Réunionnais pour une société solidaire, libre et responsable, il n’y aura pas de changement.

 Roger Orlu 

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