Alon filozofé

Passer des instincts basiques aux instincts magiques

Billet philosophique

Témoignages.re / 5 avril 2013

Depuis mardi dernier et jusqu’à ce dimanche, tout un réseau réunionnais est mobilisé pour célébrer au mieux la Semaine du Développement durable par diverses actions dans toute l’île. Une célébration qui n’a de sens que si elle permet concrètement de faire en sorte que l’ensemble des Réunionnaises et Réunionnais deviennent des acteurs libres et responsables d’un développement durable, humain et solidaire de leur pays. D’où l’importance des rencontres organisées par ce réseau pour donner un contenu juste à ce concept onusien du "développement durable" et expliquer au maximum de citoyen(ne)s de La Réunion ce qu’il signifie. D’où l’intérêt aussi des idées exposées mercredi lors d’un café-philo aux "Récréateurs" de Saint-Denis par le Docteur Gilles Sagodira, professeur à l’Université de La Réunion, sur le thème des instincts basiques et des instincts magiques. Voici des extraits de son exposé.

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Pour commencer, les instincts basiques renvoient à l’instinct de conservation, à l’instinct de reproduction et à l’instinct de survie. Alors que les instincts magiques renvoient à la générosité, à l’entraide, à l’altruisme, à la conscience morale ou éthique et à la préservation qui transforme un être humain et le monde. Par conséquent, nous postulerons que les instincts basiques sont primaires et étroits, et que les instincts magiques sont supérieurs et universels.

Nous pouvons à présent analyser les espaces et les conditions dans lesquels opèrent les instincts basiques et les instincts magiques.

1. La famille ou l’espace de reconnaissance de l’individu

La famille est l’espace social où se construit l’identité stable de l’individu et où se maintient la stabilité de l’identité d’un individu tout au long de sa vie. Or, nous tendons vers une déshumanisation de cet espace, où les conditions de la transmission de valeurs, d’un héritage culturel, même au niveau symbolique, ne sont plus réunies et rendent l’individu inexistant. Est-ce là une condition de son universalité ?

Il faut des fondements culturels solides et stables pour partager la culture de l’autre. Construire son identité relève d’abord d’une éthique personnelle puis d’une éthique collective.

2. La société ou l’espace d’interactions sociales

L’école laïque est le milieu social où se transmettent les valeurs élaborées et construites par des personnes d’esprit. Son cloisonnement intellectuel ne correspond plus aux aspirations des apprenants à plus d’humanité dans les enseignements. L’éclectisme des vécus qui transitent en permanence des virtuosités du monde virtuel à la platitude morbide du monde réel crée des situations d’autisme social, où les instincts basiques prévalent.

Quant aux valeurs véhiculées par les mass media, elles sont difficilement en correspondance avec les réalités sociales vécues dans l’environnement immédiat de l’individu et on assiste à une surenchère des programmes, qui conduit à la deuxième forme de déshumanisation : la loi des "séries", celle des soap opéras, qui tient en émoi des millions d’individus, plus préoccupés par le devenir d’une icône faussement milliardaire que par celui du voisin vraiment pauvre.

Entre des repères classiques cloisonnés et un modèle social éloigné et sans repères, sans régulation implicite non plus, quelle est la voie vers une société meilleure ?

Nous avons à construire une communauté de destin, basée sur nos expériences douloureuses du passé et actrice de la préservation comme de la transmission de valeurs universelles. Les fondements d’une conscience morale planétaire, basés sur le respect de la souveraineté mondiale, sur la liberté inaliénable de chaque terrien et sur la satisfaction des besoins physiologiques primaires comme priorité aux actions globales pourraient conduire à ces nouveaux instincts magiques, qui transformeraient véritablement l’être humain.

3. L’Humanité ou l’espace des nations

Nous assistons à une globalisation de nos problèmes et c’est là une opportunité historique pour l’être humain d’embrasser les causes de l’humanité naissante. La fatalité est le moteur des instincts basiques ; l’humanité s’est extraite de la nature par l’inversion des valeurs et par le rejet de la violence des forces primaires du monde naturel. L’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais l’homme est une joie pour l’homme. L’instinct de survie doit être supplanté par l’instinct de perfection.

Or, les instincts basiques convolent jusqu’au sommet de l’État, où les excès du pouvoir masquent l’enrichissement personnel. La métamorphose des instincts basiques en instincts magiques est donc loin d’être achevée, y compris dans le concert des nations, où l’hymne à la joie sonne parfois encore comme le glas à la foi : à la foi en l’homme, à la foi en l’humanité et à la foi dans un possible avenir de paix.

 Docteur Gilles Sagodira 

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