Alon filozofé

Pour des relations humaines entre êtres humains

Billet philosophique

Roger Orlu / 4 août 2017

Quand on suit les drames quotidiens à La Réunion et dans le monde liés à des relations inhumaines entre des personnes comme entre des États, on peut se poser la question : à quoi sert la philosophie ? Des compatriotes porteurs de la pensée créole réunionnaise répondent à cette question de façon constructive.

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Autour d’Annie Darencourt, vice-présidente de l’UDIR, bann rakontèr zistoir, Céline Barret et Papang.

C’est le cas, par exemple, des trois grands conteurs réunionnais qui ont animé le 28 juillet dernier à Saint-Denis un très beau spectacle organisé par l’Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise (UDIR). En effet, durant cette nouvelle séance de ‘’Marmit Zistoir’’, animée par Annie Darencourt, vice-présidente de l’UDIR, on a pu apprécier les contes proclamés par Daniel Honoré, Céline Barret et Papang, car ils ont exprimé avec talent et humour des réflexions intéressantes sur notre société.

Les trois artistes ont posé avec force des questions sur les relations conjugales (c’est quoi l’amour ?), sur les relations entre camarades (comment s’entendre ?), sur les relations entre voisins (quelle solidarité ?), sur les relations entre responsables politiques et citoyens (quelle est l’importance du fric ?), etc. De quoi réfléchir sur nos comportements pour créer le rassemblement sans exclusive des Réunionnais afin de permettre à notre peuple d’accéder à la responsabilité dans la gestion des affaires de son pays.

« Cela est réconfortant »

À ce sujet, le journaliste Paul Hoarau trace quelques pistes intéressantes dans son ‘’Journal’’ du 27 juillet. Il pose notamment ces questions : « Qu’est-ce qui changerait si les Réunionnais étaient reconnus comme peuple ? Qu’est - ce qui changerait si était promu un pouvoir régional partenaire du pouvoir central ? ».

Il souligne aussi qu’« aujourd’hui (…) la culture réunionnaise est en marge. Ne sont reconnues officiellement par la politique que la culture française nationale, la langue nationale, l’Histoire nationale vue d’un œil métropolitain ; la culture réunionnaise est folklore, la langue réunionnaise est patois, l’Histoire réunionnaise est sans intérêt. Le seul pouvoir politique est le pouvoir central, l’État ».

Pour Paul Hoarau, « la majorité des habitants s’est accommodée de la situation imposée depuis des décennies d’uniformisation nationale, d’irresponsabilité locale, de dépendance et de soumission à un pouvoir central puissant. Elle s’est accommodée du rangement dans des placards de ce qu’ont créé, au long des siècles passés, les hommes et les femmes du pays ». Il conclut : « La République des peuples pourrait déverrouiller la situation. Mais, en attendant, comme à l’origine, des hommes et des femmes, en marge de la politique, continuent de construire notre peuple par des créations à la manière réunionnaise. Cela est réconfortant ».

« L’autel de l’ignorance »

Pour renforcer cette piste, le philosophe réunionnais Radjah Véloupoulé cite dans une tribune libre du ‘’Quotidien’’ le penseur indien Krishnamurti, qui prône « le nécessaire déconditionnement de l’humanité pour accéder à une maturité suffisante et envisager une société nouvelle ». Dans cet esprit, il met l’accent sur le fait que « la société réunionnaise est fragile et nous vivons tous, ici, dans un équilibre précaire ».

D’où cet appel de Radjah Véloupoulé pour avoir des relations humaines entre êtres humains : « Écoutons la voix de l’universel, ne succombons pas aux sirènes de la division. Tentons l’être humain total, réconcilié avec toutes les dimensions de ses origines indiennes, africaines, chinoises, européennes et insulaires (nos frères comoriens, malgaches et autres). Ne sacrifions pas notre âme sur l’autel de l’ignorance ».

Roger Orlu


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