Alon filozofé

Pour la libération du peuple réunionnais

Billet philosophique

Roger Orlu / 17 février 2012

Dans toute l’histoire des philosophies du monde entier, le concept de liberté est un de ceux qui occupent la place la plus importante. Depuis trois siècles et demi, la pensée créole du peuple réunionnais a donné un contenu concret et très riche à ce concept, en luttant constamment pour la libération de ce peuple de toutes les formes d’oppressions et d’injustices (esclavage, engagisme, colonisation…). Zordi, kosa nou fé èk sa, si nou vé kontinié « majine, kalkil, viv an Rényoné »… ? (sous-titre du "Manifeste pour une pensée créole réunionnaise", qui vient de paraître).

Mardi dernier à Saint-Denis, l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté (A.R.C.P.), conduite par Jean-Hugues Ratenon, a rassemblé une centaine de personnes souhaitant apporter leur soutien aux représentants des organisations syndicales et associatives et des collectivités qui se battent pour la baisse des prix des carburants et contre la politique injuste menée par l’État — avec le soutien de certains élus — au détriment d’un développement durable et solidaire de La Réunion. Cette action de solidarité a été menée à l’occasion de la rencontre de ces militants et élus avec les représentants de l’État et du monde commercial des carburants, dans le local de la DEAL (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) (ex-DIREN), au Parc de la Providence.
Cette rencontre avait pour objectif de négocier une baisse des prix de l’essence. Mais les manifestants ont été bloqués par les policiers de l’État à 200 mètres de l’entrée du parc. Ce qui a fait réagir un jeune travailleur solidaire de l’ARCP, qui nous a transmis le message suivant : « Ala la prèv lo pèp rényoné lé pa lib ; sé la loi fransé i komann anou ; alon donn anou la min po libèr nout péi é fé réspèk nout droi ; lé pa Paris i doi komann anou, sé nout pèp mèm i doi désid toute sak i fo fé pou sanz nout sosyété ».

Donner un contenu de classe à la liberté

Voilà une nouvelle preuve que de plus en plus de Réunionnais sont conscients de l’importance de lutter pour la liberté dans leur pays. En même temps, la réalité quotidienne nous montre que la prise de conscience du rôle essentiel de ce combat n’est pas encore suffisante et que rien n’est plus vital pour notre avenir à La Réunion que la lutte de libération du peuple réunionnais.
En effet, il y a peu de concepts qui ont un potentiel aussi riche que celui de la liberté en termes de conditions de l’épanouissement humain. À condition bien sûr de lui donner un contenu de classe accordant — entre autres — la priorité à l’émancipation des plus pauvres, des exploités et de toutes les autres victimes de la politique coloniale qui persiste toujours dans notre île, 66 ans après l’abolition officielle de son statut de colonie.
N’oublions jamais non plus qu’il n’y a pas de liberté tant que nous n’avons pas la responsabilité de ce qui nous concerne, le pouvoir de décider avant tout ici et non plus à Paris ce qu’il convient de faire pour répondre aux besoins du peuple réunionnais. Par exemple, la population réunionnaise et notamment les classes populaires sont-elles libres de choisir et d’appliquer une politique équitable en matière de revenus, de prix, de fiscalité, de règles bancaires, etc.? Ce qui n’exclut pas un partenariat équitable avec la République française et avec l’Union européenne, ainsi qu’avec les peuples frères de notre région.

Le "parti réunionnais de la liberté"

En tout cas, on se rend compte tous les jours qu’une des priorités pour la libération du peuple réunionnais consiste à se libérer des bêtises, mensonges et diversions dont les médias du système lui bourrent le crâne, au lieu d’être solidaires de son combat. Autre priorité : prendre conscience qu’il n’y aura pas de liberté sans unité et sans solidarité de notre peuple. D’où l’importance de combattre et d’isoler les diviseurs.
Cela consiste à résister à ceux qui ont une obsession : tout faire pour éliminer le "parti réunionnais de la liberté", que Paul Vergès a fondé en 1959. Un Parti communiste réunionnais que les profiteurs du système ont toujours voulu tuer à tout prix.
Pendant la période de l’esclavage, les combattants de la liberté devaient se battre à la fois contre leurs traîtres (les "Figaro"), les chasseurs de marrons, les "makro" et les "gros blancs". De même que pendant la Seconde Guerre mondiale en France, il fallait autant résister aux "collabos" pétainistes français qu’aux nazis allemands qui occupaient la France.
Et cela persiste aujourd’hui chez nous. Mais le peuple réunionnais est capable de renforcer sa solidarité pour remporter de nouvelles victoires, comme on vient de le voir à Sainte-Suzanne.

Roger Orlu

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