Alon filozofé

Pourquoi et comment « aller vers une indépendance d’esprit » ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 26 septembre 2014

Le vendredi 19 septembre dernier à Saint-Denis, lors d’un débat entre plusieurs responsables politiques et un professeur d’université organisé par l’association Section Réunion des Sciences Po, des idées fondamentales ont été émises pour changer notre société et préparer un avenir meilleur pour le peuple réunionnais. Le thème de ce débat était ‘’La réforme territoriale, enjeux et perspectives’’ et une centaine de personnes, dont des lycéens de plusieurs communes qui préparent le concours aux études de Sciences Politiques grâce à cette association, ont participé à ces échanges. Quelles sont les idées essentielles à retenir de cette rencontre ?

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Lors de cette conférence-débat, les lycéennes et lycéens ont eu des échanges chaleureux avec Paul Vergès.

Tout d’abord, il faut souligner le sens très important donné à ces études par le président de l’association, Abdoullah Lala, face à « une crise structurelle » que connaît le pays. Pour cet expert-comptable, commissaire aux comptes, expert judiciaire à la Cour d’Appel de Saint-Denis, enseignant à l’Université de La Réunion et responsable de Crowe Horwath, Fiduciaire des Mascareignes, il est important que « la réforme institutionnelle en débat nous donne les moyens du développement économique, social et culturel de La Réunion ».
À ce sujet, André Oraison, un Professeur des Universités qui fut enseignant en droit public à l’Université de La Réunion de 1967 à 2008, a souligné « l’aberration institutionnelle actuelle ». C’est pourquoi il a expliqué pourquoi et comment il faut réaliser au plus vite « la fusion de la région et du département de La Réunion » afin d’ouvrir « une troisième voie après celle de la liberté en 1848 et celle de l’égalité en 1946 : celle de la responsabilité pour régler nous-mêmes les problèmes spécifiques de notre île, différents de ceux de la France ».

« La culture de l’irresponsabilité »

Voilà pourquoi, lors de son intervention, Paul Vergès a mis l’accent sur une idée essentielle à prendre en compte si l’on s’intéresse à l’avenir de La Réunion : « la marque de la colonisation française ici comme ailleurs est l’assimilation, avec une copie des institutions françaises sans tenir compte des spécificités réunionnaises ». Pour le sénateur communiste, « l’assimilation c’est la culture de l’irresponsabilité » et donc l’interdiction du peuple réunionnais d’exercer son pouvoir de décision sur tout ce qui concerne sa vie quotidienne.
Voilà la principale cause des graves problèmes du pays, comme l’apartheid social, la moitié des Réunionnais sous le seuil de pauvreté, une économie bâtie sur les inégalités de revenus, la violation des droits fondamentaux de la majorité de la population, plus de 100.000 illettrés, etc. Cela est aussi lié au fait que « les Réunionnais n’ont pas le droit de régler librement leurs problèmes avec leurs voisins de l’Indianocéanie », comme l’a souligné Paul Vergès.

« Réfléchir par soi-même »

Pour toutes ces raisons, il a invité le public à prendre conscience de l’importance de « sortir de l’assimilation pour aller vers une indépendance d’esprit » et de « réfléchir par soi-même » en tant que Réunionnais. Cette prise de conscience est d’autant plus importante que « la problématique socio-économique, culturelle, environnementale et politique spécifique de La Réunion n’est pas prise en compte par le projet actuel de réforme institutionnelle », a déclaré Paul Vergès.
Voilà qui confirme « le choix d’un avenir performant » préconisé par Abdoullah Lala avec la Fiduciaire des Mascareignes, lors de cette conférence-débat à laquelle ont également participé des représentants de la Région (Fabienne Couapel-Sauret) et du Département (Ibrahim Dindar). Et quand on voit chaque jour les dégâts de l’assimilation néocoloniale à La Réunion, on comprend à quel point il est vital de voir ensemble pourquoi et comment notre devoir est d’« aller vers une indépendance d’esprit ».


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