Alon filozofé

Quelle doit être la préoccupation essentielle en politique ?

Roger Orlu / 30 avril 2010

Après avoir "philosophé" la semaine dernière sur la « résistance créatrice » du peuple réunionnais face à l’occupant dominant et la semaine précédente sur les liens entre la philosophie et l’usage du vélo comme moyen de déplacement dans le cadre de la bataille pour le développement durable, nous vous proposons de revenir sur les réflexions philosophico-politiques publiées dans notre édition du 2 avril dernier. Ces réflexions ont pour but de continuer à tirer des enseignements des dernières élections régionales à La Réunion, qui auront de graves conséquences sur la vie des Réunionnais, en raison des orientations politiques ultra-conservatrices de la nouvelle direction.

Comme nous l’avons déjà écrit, la cause première et principale de la victoire des forces conservatrices lors du scrutin du 21 mars 2010 dans notre île est le refus des dirigeants socialistes de s’unir avec l’Alliance au second tour. Ceci est incontestable et souligne l’énorme responsabilité de ceux qui ont refusé cette union.
En effet, comme le montrent les chiffres du résultat final au second tour, le total des voix de l’Alliance et du PS (35,55% + 18,99% = 54,54%) est largement supérieur à celui de l’UMP (45,46%). Ce résultat est donc bien le fruit d’un refus de cette union et Michel Vergoz en porte la lourde responsabilité avec ses complices.
Au-delà de la cause évidente de ce refus — la priorité pour ses auteurs étant la lutte contre le communisme réunionnais —, il peut être intéressant de s’interroger sur ce qui doit être la préoccupation essentielle en politique.

La priorité

Certes, il y a un côté "vœu pieux" à se poser ce genre de question. En effet, cela n’empêchera jamais les personnes ayant une conception égocentriste de la politique de se livrer à leurs manigances pour tenter de poursuivre leur carriérisme politicien, de satisfaire leurs ambitions personnelles et de défendre leurs intérêts de classe.
Mais l’on est tenté de répondre : c’est là précisément une raison supplémentaire de s’interroger à ce sujet afin de combattre ces dérives liées à l’idéologie bourgeoise.
En effet, si l’on considère que l’action politique — soit le travail et les combats pour gérer une société aux fins de l’épanouissement de tous les citoyens — doit être menée au service du bien commun et non d’intérêts particuliers, il y a une priorité à laquelle on ne peut pas échapper. Ou alors on n’est plus dans la politique, au sens le plus noble du terme, mais dans le "business".
Cette priorité consiste à rechercher toujours et avant tout l’union de toutes les forces qui disent partager les mêmes valeurs essentielles et les mêmes objectifs fondamentaux. S’entendre à tout prix sur le plus important et agir ensemble à fond dans ce sens, quelles que soient nos divergences sur les autres points : voilà ce qui doit être la préoccupation essentielle en politique.

Combattre en permanence l’idéologie dominante

Pourquoi est-ce une priorité ? Parce que c’est le seul moyen de créer un rapport de forces favorable pour changer le modèle de développement qui nous est imposé et construire un développement durable, c’est-à-dire humain, solidaire et démocratique.
Cela est d’autant plus important que nous sommes tous plus ou moins conditionnés, pénétrés, aliénés par l’idéologie dominante. Cette idéologie est celle des catégories sociales dominantes, qui utilisent notamment le système éducatif, médiatique et culturel pour nous détourner de l’essentiel : le bonheur de l’autre, le lien avec l’autre, l’amour de l’autre.
Cette conception de la vie est dominée par l’intérêt personnel, l’égocentrisme, l’individualisme. Elle est résumée dans une merveilleuse chanson de Jean Ferrat, créée en 1991 et intitulée "Dans la jungle ou dans le zoo".
L’idéologie bourgeoise est sauvage, barbare et totalitaire : elle vise à transformer chaque être humain en animal sans intelligence, ni raison, ni esprit critique mais livré à ses envies et impulsions. Et cet animal n’a qu’un seul choix pour donner un sens à sa vie : soit il a pour principale préoccupation rivaliser aves les autres, dominer les autres, faire valoir la loi du plus fort, être supérieur aux autres de différentes façons (avoir plus, consommer plus, paraître mieux, profiter d’eux…) ; soit il se résigne à ses difficultés, accepte son "destin", reste prisonnier du système qui l’enferme et l’opprime comme dans une cage.
Comme dit Jean Ferrat, « dans ce monde à la dérive, pareils aux autres animaux, nous n’aurions d’autre choix pour vivre que dans la jungle ou dans le zoo ». Voilà pourquoi il est important de combattre en permanence cette idéologie dominante si nous voulons dégager de La Réunion toutes les traces de l’esclavage, de l’engagisme et de la colonisation.

 Roger Orlu 

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