Alon filozofé

Quelle économie altruiste réunionnaise allons-nous construire ensemble ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 2 décembre 2016

Ce vendredi 25 novembre 2016, nous avons eu l’immense bonheur de suivre avec plusieurs centaines de personnes à La Providence de Saint-Denis un magnifique forum du célèbre moine bouddhiste, philosophe, écrivain et militant humanitaire Matthieu Ricard. En effet, ce forum a fait l’objet de réflexions et d’échanges très intéressants sur une problématique fondamentale concernant la base de nos sociétés dans le monde entier : le type d’économie qui domine le pays et qui génère notre vie sociale, environnementale, culturelle, éducative, médiatique et institutionnelle.

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Matthieu Ricard.

Comme nous l’avons déjà signalé à plusieurs reprises dans cette chronique, Matthieu Ricard cultive depuis de nombreuses années une valeur humaine essentielle dans ses ouvrages et ses contacts quotidiens avec la population : l’altruisme. C’est-à-dire que selon lui, le bien commun passe par la priorité à l’intérêt de l’autre plutôt qu’à l’intérêt personnel. D’où l’importance de l’altruisme dans le système économique, plutôt que la domination de la loi du profit, sur la base de la concurrence et de l’exploitation des travailleurs par la finance au lieu d’une économie sociale, collaborative, équitable et solidaire.

Dans cet esprit, Matthieu Ricard a notamment déclaré dans son exposé que « l’économie nécessite davantage de coopération et d’altruisme pour répondre aux besoins de l’humanité. Il faut davantage de considération pour le sort d’autrui, la solidarité, l’interdépendance, l’empathie, la compassion plutôt que l’égocentrisme ».

« Lutter pour le bien commun »

Concrètement, il affirme que « l’altruisme est la solution la plus pragmatique aux défis de notre temps et de l’avenir ; ainsi, à court terme, il faut une économie solidaire ; à moyen terme, la justice sociale avec la suppression des inégalités ; à long terme, la considération du sort des générations futures en raison des menaces sur notre environnement et de la croissance démographique ». Selon lui, « il faut un concept commun pour échanger des idées afin de construire l’avenir meilleur par la considération d’autrui et il faut lutter pour le bien commun par la raison contre la loi du plus fort afin d’améliorer les relations humaines et la bienveillance intérieure pour sauver les autres ».

Cela passe par « une économie au service de la société, avec un engagement local et une responsabilité globale ». Y compris « le respect de la nature », « l’éducation en maternelle pour la pleine conscience et l’amour de l’autre », « une médecine qui traite les comportements agressifs et néfastes pour cultiver la bienveillance », etc.

Non au « libre-échange destructeur » et au « protectionnisme conservateur »

En conclusion, Matthieu Ricard a souligné que « la liberté ne peut exister sans la responsabilité vis-à-vis d’autrui ». D’ailleurs, ce qui est aussi particulièrement intéressant chez ce grand penseur mondial, c’est qu’il ne se contente pas de prononcer de belles paroles mais qu’il agit aussi concrètement avec son organisation humanitaire Karuna-Shechen pour aider plusieurs centaines de milliers de personnes chaque jour en Asie en termes d’alimentation, de soins médicaux, d’éducation, etc.

Cela nous fait penser au discours prononcé le 7 janvier 1848 par le philosophe Karl Marx lors d’une séance publique de l’Association démocratique de Bruxelles, où il a dénoncé à la fois « le libre-échange destructeur et le protectionnisme conservateur ». D’où la question que nous pouvons nous poser en tant que Réunionnais : quelle économie altruiste réunionnaise allons-nous construire ensemble et librement dans notre pays et avec nos peuples frères de l’Indianocéanie ?

Roger Orlu


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