Alon filozofé

Quelles questions faut-il se poser ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 11 août 2017

Il est très agréable et réconfortant de voir des jeunes Réunionnais se mobiliser pour changer notre société, comme par exemple les jeunes agriculteurs qui se battent pour sauver la filière canne du pays. On pense aussi à l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion (AJFER – Nou Lé Kapab), présidée par Gilles Leperlier, qui lutte pour la responsabilité du peuple réunionnais et s’interroge avec raison sur bien des problèmes à résoudre.

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William, des Avirons, avec Jahne Anders, du Tampon, animatrice des ateliers Nou Lé Paré.

À ce sujet, on peut citer également Jahne Anders et ses jeunes ami-e-s qui ont organisé du 4 au 6 août à la Kazason de Piton Saint-Leu des ateliers de réflexions et d’échanges très intéressants intitulés Nou Lé Paré. Les thèmes globaux de ces ateliers de trois jours étaient : ‘’voyager en soi’’, ‘’composer avec les autres’’, ‘’agir sur le monde et la société’’ ; et concrètement, il y a eu par exemple des échanges sur ‘’le décryptage et la compréhension de l’information’’, auxquels le président du Cercle Philosophique Réunionnais a apporté sa contribution très pertinente.

En effet, Jean Viracaoundin a notamment souligné l’importance de l’esprit critique de la philosophie pour « faire face aux conditionnements des informations afin de démêler le vrai ». Car, dit-il, « l’information est souvent liée à la société du marketing, où l’on trompe les gens pour vendre des produits » et il y a beaucoup de questions à se poser à ce sujet.

Kisa i komann nout péi ?

Un autre atelier de Nou Lé Paré a été consacré à ‘’l’art et la manière de poser les bonnes questions’’ ; et à ce sujet, Jahne Anders a mis l’accent — entre autres — sur l’importance du « contenu des questions que l’on se pose ». Elle a aussi évoqué avec justesse l’importance de « l’écoute et de la perception de l’autre face aux questions posées, en sortant de notre ego ».

Une autre problématique a également été évoquée à ce propos : quelles sont les questions essentielles que nous devons nous poser chaque jour, sans qu’elles puissent être censurées, afin de respecter la liberté d’expression ? Et deux exemples ont été cités : kisa i komann nout péi ? qui décide quoi à La Réunion et dans le monde dans tous les domaines de notre vie ?

« Une portée universelle »

Pour répondre à ces problèmes importants, des pistes de réflexions très intéressantes peuvent être trouvées dans la conférence tenue le 3 août à Saint-Denis par Rémi Mathieu, un sinologue et maître de recherche au CNRS en France, sur ‘’La bienveillance confucéenne : un humanisme aux origines de la philosophie chinoise’’. Une conférence qui a prouvé à quel point il est indispensable de mieux faire connaître à La Réunion les atouts de l’ensemble de nos philosophies ancestrales (malgaches, africaines, indiennes, chinoises, indianocéaniennes, européennes, etc.).

D’autant plus que la philosophie de Confucius (6e siècle avant J.-C.), par exemple, « a une portée universelle », comme l’a dit Rémi Mathieu, et que pour ce penseur chinois, « le plus important est l’altruisme, par diverses formes de bienveillance et de compassion envers les autres ». Et cette pensée de Confucius adressée aux princes de son pays nous incite à nous poser une des questions essentielles sur la gestion de La Réunion par Paris : « Faire le bien des autres n’est pas seulement une tâche morale mais aussi politique »…

Roger Orlu