Alon filozofé

« Sortir l’argent du système politique »

Billet philosophique

Roger Orlu / 5 février 2010

La semaine dernière, nous avons consacré cette rubrique à la lutte contre la pauvreté, vue par la Rwandaise Sylvie Kayitesi Zaïnabo, Présidente du Réseau des Institutions nationales africaines des droits humains. Cette semaine, nous allons donner trois éclairages très différents à ce combat.

Fermer la Bourse

Le premier nous vient du mensuel "Le Monde Diplomatique" de février 2010, où l’expert en Économie qu’est Frédéric Lordon analyse les comportements des spéculateurs financiers et les conséquences désastreuses de ces pratiques de voleurs jamais poursuivis.
« C’était il y a un peu plus d’un an, rappelle-t-il : les gouvernements secouraient les banques aux frais du contribuable. Mission accomplie. Mais à quel prix ? L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évalue à 11.400 milliards de dollars les sommes mobilisées par ce sauvetage. Soit 1.676 dollars par être humain… Mais la finance n’est pas qu’affaire de banquiers. C’est aussi celle des actionnaires. Une proposition pourrait ne pas leur plaire : fermer la Bourse ».

Rompre avec le consumérisme

Le philosophe français Bernard Stiegler est l’auteur notamment d’un livre intitulé "Pour une nouvelle critique de l’économie politique" (édition Galilée 2009). Dans le numéro de février 2010 de "Philosophie Magazine", il prône notamment la rupture avec le consumérisme :
« L’année dernière, au moment de la crise économique, les socialistes français proposaient de tenter la relance par le soutien à la consommation. C’est une lourde erreur ! Car, aujourd’hui, ce qui ne fonctionne plus dans le capitalisme, c’est le modèle consumériste.
La consommation est devenue une addiction, c’est avec une "conscience malheureuse" que les gens se procurent désormais les marchandises, tandis que leur vie est sans consistance. Les structures de la société se sont désagrégées, les individus sont formatés par les industries culturelles et le marketing, qui les poussent à adopter les comportements dont ils ne savent plus se défaire, mais qui ne les rendent pas plus heureux. Il y a donc une crise du désir et une absence de vision d’avenir.
Le capitalisme est devenu pulsionnel, obéissant à des logiques à très court terme. La pulsion veut être satisfaite immédiatement. Conséquences ? On voit se multiplier la spéculation irresponsable, mais aussi les passages à l’acte violents, les effondrements dépressifs, les troubles de l’attention ou l’hyperactivité chez les enfants…
Il est temps d’inventer une économie de la contribution, qui ne soit plus fondé sur le couple producteur/consommateur, mais qui vise à créer du lien social. La politique c’est un désir à long terme… ».

Jésus anti-capitaliste

Depuis la semaine dernière, le dernier film du célèbre cinéaste américain Michael Moore, sorti en France le 25 novembre dernier, est visible dans certaines salles de cinéma à La Réunion. Ce film, intitulé "Capitalism : a Love Story", est consacré aux ravages de ce système économique.
Dans un entretien accordé à "l’Humanité Dimanche" en novembre 2009, l’auteur se déclare plus que jamais révolté et persuadé qu’« entre l’Amérique et le capitalisme c’est la fin d’une histoire d’amour ». Récemment, sur CNN, on a demandé à Michael Moore s’il est socialiste et il a répondu : « Je suis chrétien ». En même temps, dans son film, il fait appel à des leaders religieux, expliquant que le capitalisme est fondamentalement en opposition avec le message de Jésus-Christ.

À quoi être attentif ?

À ce sujet, il déclare : « J’ai eu une éducation religieuse, mais j’ai toujours essayé de faire la part des choses, entre ses bons aspects et ses côtés délirants. Un exemple : j’étais à la messe dominicale le mois dernier et quelqu’un lisait un passage de la Bible, disant qu’Ève avait été créée avec une côte d’Adam. Puis le prêtre est monté faire son sermon et a dit en préambule : "Ces histoires d’Adam et Ève, ce n’est pas la réalité. Le monde n’a pas 6.000 ans. Nous avons évolué et nous devons prendre ces histoires pour ce qu’elles sont, des allégories, des légendes qui ont été écrites il y a fort longtemps".
C’était très honnête de sa part de dire cela. En regardant autour de moi, j’ai vu que l’assistance avait l’air totalement abasourdie d’entendre un prêtre remettre en question le créationnisme de la Bible.
J’ai des désaccords très profonds avec les institutions religieuses en tant que telles. Mais il y a une base commune, que l’on retrouve chez les chrétiens, les bouddhistes, les musulmans, les juifs et, bien sûr, les athées, qui est que nous devrions tous être attentifs à la manière dont nous nous comportons les uns vis-à-vis des autres ».

Une logique à renverser

À la fin de son film, Michael Moore appelle le peuple américain à le rejoindre dans son combat contre le capitalisme. Mais pour faire quoi ?
« La première chose, c’est d’amener au pouvoir des individus capables de sortir l’argent du système politique. Nous devons faire en sorte qu’on ne puisse plus acheter le Congrès.
Il faut que les gens s’organisent localement. Toutes les forces qui représentent l’honneur du pays doivent manifester pour faire plier le banques et les grandes entreprises, qui, elles, ne lâcheront rien. C’est cette logique qu’il faut renverser ».

Roger Orlu

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