Alon filozofé

Trahir son peuple est très grave …

Billet philosophique

Roger Orlu / 1er juin 2012

À quoi cela sert-il de philosopher — autrement dit d’analyser notre société pour la transformer — si l’on ne prend pas conscience de la gravité et de l’urgence de nos problèmes à résoudre, de l’ampleur des défis à relever, de la profondeur des changements radicaux à apporter dans tous les secteurs et enfin de l’union la plus large à construire au sein de notre peuple pour réaliser ses objectifs indispensables ? La question est d’autant plus importante si l’on ne réfléchit pas aux risques énormes que font peser sur les Réunionnais les nouvelles trahisons et divisions auxquelles se livrent en ce moment certains politiciens, qui privilégient la haine des autres et la défense de leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général.

En ce moment, les "zorèy" colonialistes et leurs collaborateurs "péi" sont très heureux, car ils apprécient certains candidats aux élections législatives qui tentent d’empêcher le changement profond et radical que peut connaître la politique à La Réunion, après la grande victoire apportée par le peuple réunionnais aux forces de progrès lors de la dernière élection présidentielle. Ces conservateurs, parfois même dits "de gauche", tentent en effet de diviser les Réunionnais et, de fait, ils les trahissent en prenant pour cibles les militants qui se battent depuis des dizaines d’années pour un développement durable de leur pays.

Le développement durable, humain, solidaire et responsable de La Réunion passe par la remise en cause de la politique appliquée depuis 3 siècles et demi chez nous par le pouvoir parisien avec la complicité de la bourgeoisie insulaire. Et cela, dans tous les domaines. Il n’y aura donc pas de développement durable sans une économie sociale et solidaire, sans une société équitable en termes de revenus, de prix, de fiscalité, de système bancaire et sans l’abolition de l’apartheid social, sans une préservation de notre environnement, sans une reconnaissance et une valorisation de notre identité culturelle spécifique, sans un autre système éducatif, sans un co-développement régional solidaire et sans une gouvernance démocratique faisant de chaque citoyen un acteur libre et responsable du développement de son pays.

Des arguments stupides

Des responsables politiques réunionnais luttent depuis plus de 50 ans pour réaliser un tel projet. Et ce projet a été soutenu par le candidat devenu président de la République.

Or, des candidats aux législatives, qui profitent de l’apartheid social et qui se disent de la majorité présidentielle, ont décidé de combattre ces responsables politiques — avec le soutien de certains médias — en les attaquant violemment par des calomnies et des injures, comme celles dont ces militants ont déjà été victimes sans arrêt, de la part des ultra-conservateurs, pour les priver de responsabilités dans la direction du pays. Parmi ces attaques de très bas niveau, on utilise des arguments stupides, au contenu fascisant, portant sur leur nom, leur famille, leur sexe, la couleur de leur peau, leur lieu de naissance, leur âge, leur étiquette politique, etc.

« Assé diviz mon nasyon ! »

Or, ces dirigeants ont toujours prôné le dialogue entre militants progressistes et le rassemblement le plus large des Réunionnais — dans le respect de leur diversité — pour changer de politique ; ils ont toujours combattu les favoritismes et les sectarismes, ils ont toujours lutté pour la promotion des femmes et des jeunes en politique, en cultivant les liens inter-générationnels et sociaux. Alors pourquoi les combattre, diviser les Réunionnais et trahir leur peuple, si ce n’est pour défendre ses intérêts particuliers au détriment du bien commun ?

C’est pourquoi le génie réunionnais, qui a favorisé la résistance réunionnaise à toutes les formes d’oppressions et d’injustices depuis la naissance de notre peuple il y a 350 ans, doit être cultivé et renforcé, car trahir son peuple est très grave... Voilà pourquoi nous citons à nouveau ce refrain du groupe Nout Racine dans sa chanson "Exploitèr" : « Arèt exploite mon péi té ! Assé diviz mon nasyon ! Kréol sové lé kourte, mé pran pa li pou in kouyon té ! Arèt exploite mon péi té ! Assé diviz La Rényon ! Kréol sové lé kourte, mé pran pa li pou in sak sarbon té ! ».

 Roger Orlu 

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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