Alon filozofé

Trop d’achats inutiles et trop d’argent gaspillé

Billet philosophique

Roger Orlu / 6 août 2010

Aujourd’hui, je voudrais vous faire part d’un élément d’analyse de nos sociétés sur lequel de nombreux chercheurs et philosophes ont déjà attiré notre attention. Mais ce fait préoccupant reste néanmoins trop souvent tabou, en raison du système qui régente nos vies individuelles et collectives. Voilà pourquoi je souhaitais l’évoquer.

Pendant une escale de trois jours dans la région parisienne, j’ai eu l’occasion de faire quelques randonnées à pied et en bus dans les rues de la capitale de la France. En dehors du bonheur de rencontres amicales et de visites muséales dans ce contexte, ce qui m’a le plus marqué est cette impression : qu’est-ce que les gens sont incités par mille moyens à acheter des biens et des services inutiles… ! Et à quel point ces excès d’achats inutiles entraînent trop d’argent gaspillé…
Certes, chaque personne et chaque foyer ou communauté a besoin d’une certaine quantité d’aliments, de vêtements, d’un logement correct, de moyens de formation et d’information etc… pour pouvoir vivre décemment et de façon autonome. Et si l’on ne peut pas produire soi-même tous ces biens et services, il faut bel et bien les acheter.
C’est pourquoi, disposer de moyens de vivre suffisants afin de pouvoir satisfaire les besoins élémentaires est un droit humain fondamental. Or ce droit n’est pas respecté pour une grande partie de l’humanité.

Voilà qui doit faire réfléchir

En même temps, on constate tous les jours que l’autre partie de l’humanité dispose de moyens plus que suffisants — voire largement excessifs — pour vivre décemment. Et cela donne lieu à des achats incommensurables et sans fin, dans tous les domaines : accumulation de logements plus ou moins luxueux, de bijoux, d’équipements ménagers et de véhicules hors de prix, d’habits soi-disant à la mode, de nourriture aussi chère qu’excessive, de voyages touristiques aussi coûteux que polluants etc.
Mais quel est le sens de tout cela et qui en profite au maximum ? Au détriment de qui, sinon du reste de l’humanité qui meurt de faim ou survit dans la misère.
En tout cas, cette sur-consommation et ce gaspillage d’argent par les catégories sociales les plus fortunées posent de plus en plus de problèmes et doivent vraiment nous faire réfléchir. Afin de nous mettre en question et de mettre en cause le système en place.

Quelle volonté politique ?

D’ailleurs, à quoi sert la philosophie si elle n’incite pas les Réunionnais comme tous les citoyens du monde à réfléchir précisément sur leurs comportements indidivuels et collectifs par rapport aux autres ? En dehors de la nécessité de disposer de moyens pour satisfaire des besoins vitaux et de se donner certains plaisirs plus ou moins partagés pour mener une vie agréable, ne faut-il pas s’interroger sur les sommes que l’on reçoit (par rapport à d’autres), puis que l’on dépense pour son profit personnel et pour ceux de la même classe sociale ?
Serons-nous capables et aurons-nous un jour la volonté politique à La Réunion de nous entendre sur un partage équitable des richesses dans notre île, avec une politique égalitaire des revenus, des prix, des banques et des impôts ? En tout cas, cela paraît indispensable si nous voulons construire un développement durable dans l’intérêt commun des Réunionnais.

« Tout bien non partagé perd sa douceur »

Mais que va faire ce que l’on appelle le monde de la “com” en vue d’un tel projet ? Car on ne peut ignorer le rôle des médias dans la sur-consommation et le gaspillage de l’argent pillé par les plus riches. Il n’y a qu’à voir la place de la publicité pour inciter à acheter toujours plus. En même temps, la plupart des informations diffusées par le pouvoir médiatique sont soit inutiles, soit destinées à bourrer le crâne des citoyens pour détourner leur esprit de l’essentiel.
Dans un ouvrage publié cette année aux Editions Milan sous le titre “Les grands philosophes parlent aux petits philosophes” et destiné à enseigner la philosophie aux enfants, ce problème est abordé dans un chapitre sur “La recherche du bonheur”. En voici deux citations, qui nous font réfléchir. La première est de Sénèque : “Tout bien non partagé perd sa douceur”. La seconde est de Jean de La Bruyère : “Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères”.

Roger Orlu

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