Alon filozofé

« Tyinbo kèr maron »

Billet philosophique

Roger Orlu / 22 mai 2015

Si la philosophie doit vraiment servir à analyser notre société pour la transformer, nous avons certainement des enseignements philosophiques à tirer des divers événements culturels que nous vivons chaque jour. À ce sujet, nous allons citer trois exemples parmi d’autres vécus ces derniers jours à La Réunion.

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Reynolds Michel lors de la projection par l’association Yambane de son film sur la répression dont cet ancien prêtre a été victime.

Tout d’abord, nous voudrions faire connaître l’œuvre d’une écrivaine et cinéaste canadienne, Naomi Klein, présentée le 12 mai dernier par l’Association Initiatives Dionysiennes (AID) lors d’un débat animé par Pierre Balcon autour du film ‘’La stratégie du choc’’. Dans ce documentaire, Naomi Klein montre comment le système capitaliste utilise constamment les chocs émotionnels au détriment de la connaissance, de la réflexion et de l’esprit critique pour cultiver la dépression, la désespérance et la résignation des citoyens.

La réalisatrice ayant conclu son film en déclarant qu’« il va falloir descendre dans la rue » pour en finir avec « la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation », des participants à cette rencontre ont dénoncé le fait que par ce système « le peuple réunionnais est spectateur et non acteur de son destin ». Ils ont aussi dénoncé « la colonisation des esprits à La Réunion » par « une propagande pour faire entrer les messages de la bourgeoisie dans le crâne des gens ».

« L’évangile de la vie selon Reynolds Michel »

La résistance réunionnaise à ces pratiques néo-coloniales a été illustrée le 10 mai au Centre socio-culturel Nelson Mandela de La Possession par l’association Yambane pour célébrer la Journée commémorative de la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. À cette occasion, Marie-Claire Madé et Jean-André Joron ont organisé la présentation du livre d’Expédite Cerneaux-Laope, ‘’Clotilde, de la servitude à la liberté’’, puis une exposition de peintures anti-esclavagistes de Jimmy Cambona avec un accompagnement musical et enfin la projection en avant-première du film réalisé par leur association avec Joseph Toll sous le titre « L’évangile de la vie selon Reynolds Michel ».

Les combats anti-colonialistes menés par cet ancien prêtre depuis plus de 50 ans et les répressions très graves dont il a été victime notamment dans les années 60-70 sont très importants à faire connaître aux nouvelles générations pour « former les jeunes à la démocratie citoyenne », comme l’a dit un jeune à la rencontre d’AID. Et cet engagement, Reynolds Michel le continue aujourd’hui avec l’Espace pour Promouvoir l’Interculturel.

« Nout péi, tyinbo »

Ce combat très important pour faire reconnaître, valoriser et enrichir sans cesse les atouts de l’identité réunionnaise, on l’a retrouvé sur Canal + ce lundi 18 mai dans un beau concert de Davy Sicard de décembre dernier à Saint-Gilles et dans un documentaire très intéressant d’Alexandre Goutié intitulé ‘’Le chant de tous les possibles’’ sur l’engagement de ce grand artiste avec son groupe. En effet, dans ses chants, il se dit « fier d’être créole », il nous appelle à « faire que le mot ‘’libre’’ à jamais résonne » et proclame : « tir pa lo kréol pou mèt lo fransé ».

Davy Sicard nous encourage aussi à cultiver la mémoire de nos ancêtres : « Au nom de mes pères, réveillons-nous, marchons la tête haute ; je te le demande : liberté ! ». Et il nous fait prendre conscience : « Nout péi, tyinbo ; ou lé mon péi ; tyinbo kèr maron ».


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