Alon filozofé

Un combat à réunionniser

Billet philosophique

Roger Orlu / 16 janvier 2015

Les grands rassemblements organisés la semaine dernière dans le monde et à La Réunion suite aux violences tragiques qui ont fait 20 morts en France ont marqué l’actualité et l’histoire universelles, à la fois par leur ampleur et par la valeur de leur message idéologique. En effet, des millions de personnes se sont rassemblées sur la planète pour exprimer leur refus des violences criminelles et leur attachement à des valeurs fondamentales comme la liberté, la paix, l’égalité, la solidarité, la fraternité… Mais quelles leçons sont à retenir de ces événements pour construire réellement un avenir meilleur et créer les conditions d’un beau vivre ensemble ?

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Un message fort porté lors du rassemblement du 11 janvier sur le parvis des Droits de l’Homme à Champ-Fleuri (Saint-Denis).

À La Réunion, plusieurs penseurs péi ont émis des réflexions pertinentes pour que sur le plan international comme ici-même l’on aille au-delà des émotions, des participations solidaires aux rassemblements et des belles proclamations après les attentats meurtriers en France il y a une semaine. À commencer, par exemple, par le Dr Chanemougame Selvam, de l’association Tamij Sangam, qui a notamment déclaré : « Au-delà de toute dénonciation et condamnation, il convient en toute sérénité de mieux comprendre et analyser les causes profondes qui aboutissent à autant de haine ».
Dans le même esprit, la Dr Catherine Gaud, de l’association Terla les Citoyens en Action, a souligné que « nous devons, face à de tels agissements, faire bloc tous ensemble, unis par la force de nos différences, pour défendre l’essentiel : la liberté, le droit pour chacun de vivre et d’agir pacifiquement selon ses convictions et le respect de tous ». Elle a conclu : « Tous Réunionnais, tous différents, tous unis, face à la bêtise et à l’obscurantisme, levons nous tous pour dire non. L’intimidation, la violence, les menaces, les actes barbares n’auront comme résultat que de renforcer notre soif de liberté, de différences et d’amour de l’autre. Résistance ! ».

Cesser les hypocrisies

Éric Alendroit, le militant culturel responsable de l’assocation Ankraké, pose des questions essentielles à ce sujet : « Les dirigeants sont-ils conscients ? Sont-ils dans la volonté sincère de faire autre chose et autrement ? Nous guérirons de nos maux quand nous serons prêts au respect, à l’amour et au partage ».
D’où sa conclusion : « Nous guérirons de nos maux quand nous cesserons les hypocrisies, la propagande et l’endoctrinement étatiques. Nous guérirons de nos maux quand le peuple reprendra toute sa place pour exercer son pouvoir confisqué par des élites intéressées et manipulatrices. Grâce au peuple français debout et digne, les terroristes ont échoué mais la vraie victoire pour la paix résidera dans la capacité des peuples à faire face à des dirigeants qui vont persister dans leur politique inspirée de la cupidité et de l’idéologie de la supériorité ».

Abolir le système néo-colonial

Comme cela vient d’être dit, ce combat doit vraiment avoir à la fois une portée internationale, avec une solidarité de plus en plus intense entre les peuples – à commencer par ceux de l’Indianocéanie –, mais en même temps il doit être réunionnisé en faisant respecter les droits fondamentaux de notre peuple. En effet, qu’en est-il de la liberté d’expression comme du pouvoir de décision des Réunionnais et notamment des plus pauvres dans notre pays pour tout ce qui les concerne ?
Comment créer les conditions d’une fraternité réunionnaise lorsque les classes dominantes font le maximum pour diviser notre peuple, institutionnaliser des discriminations sociales et culturelles, nier la spécificité de notre identité par l’assimilationisme ? Il n’y aura pas de paix, de liberté et d’égalité à La Réunion sans l’abolition d’un système néo-colonial terrorisant porté par le système capitaliste barbare mondialisé.

(*)Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! mail : redaction@temoignages.re



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Messages






  • Comment construire réellement un vivre ensemble harmonieux ?
    Les événements tragiques qui se sont déroulés il y a quelque temps nous ont prouvés à tous, que les libertés individuelles et collectives accordées par notre Démocratie restent des acquis fragiles.
    La liberté d’expression, d’opinion et de culte est accordée à tous les citoyens français et donc réunionnais. Cela signifie que nul ne doit être inquiété pour celles-ci.
    Doit on se rappeler que la France du XVII ème siècle fut ravagée par une guerre de religion, qui opposa huguenots (protestant) et catholiques, que la séparation des pouvoirs, entre pouvoir religieux et pouvoir politique de la société civile, s’est concrétisée en 1905 par la loi sur la laïcité.
    Cette laïcité tant décriée ces dernières années, se révèle être, en fin de compte, une pierre angulaire de la paix civile et du vivre ensemble.
    En effet, quel autre pays accorde autant de liberté que La France, tant est si bien que l’on se permet tant de la critiquer ? Il n’y a qu’à voir les faits divers dans les autres pays du globe pour s’en rendre compte.
    La France si imparfaite qu’elle soit, reste un grand pays, il suffit pour s’en convaincre de voir les 3,5 millions de personnes qui se sont rassemblées dans les villes de France et ici à la Réunion ainsi que partout de le monde.
    C’est une réaction salvatrice pour notre société occidentale. On l’a disait en perte de vitesse et de repères, on voit désormais quelles sont les valeurs qu’elles souhaitent sauvegardées et léguées ; la liberté, l’égalité et la fraternité.
    Que faire, pour que ce vivre ensemble ne se fissure pas, face aux tentations du repli sur soit identitaire et parfois réactionnaire ? Surtout comment faire en sorte que la Réunion, illustration "parfaite" du vivre ensemble continue d’être un modèle en la matière ?
    Eric alendroit propose, un certain nombre de solutions, si la plume est habile, les arguments sont parfois fallacieux.
    Tout d’abord, parce qu’il oublie que la Véme république est construite sur le principe de la représentativité du peuple. En se sens, les différents modes de scrutin font que les citoyens constitutifs du peuple, élisent d’autres citoyens, qui ont pour mission de représenter le peuple. En se sens, le pouvoir appartient déjà au peuple. La vraie question est de savoir, que fait le peuple de ce pouvoir ? Et surtout qui est l’élite ?
    Qui est l’élite ? les banquiers ? les assureurs ? les politiques ?
    Si l’élite manipulatrice est constituée d’élus, alors c’est bel et bien le peuple qui forme son élite.Que dire alors lorsque se sont ces mêmes citoyens qui accordent leur suffrage à des élus faisant partie de « l’élite manipulatrice et intéressée » ?
    Que faire pour éviter l’arrivée au pouvoir d’une "élite manipulatrice et intéressée" ?
    Si le peuple choisit librement ces représentants et que ces derniers constituent par la suite une élite déconnectée des réalités quotidiennes, il faudrait alors au préalable changer les prétendants à la représentativité du peuple.
    Pour rejeter la manipulation, il ne faut pas donner de crédit à l’idée même de manipulation. Dans l’esprit de beaucoup de gens, elle est intrinsèquement liée à la compétition politique. Ainsi manipulation et stratégie semble les revers d’une même pièce.
    (...) La manipulation existe parce que les individus la pratique et que la population l’accepte.
    Pour lutter contre la manipulation, il faut promouvoir l’exemplarité
    A cette fin, le changement doit être individuel et concerné en premier lieu celles et ceux qui ont conscience des problématiques de la société. Ces futurs représentants ont donc une responsabilité morale. Leur engagement doit se faire de manière intègre et honnête. En changeant la façon de faire de la politique, nous pourrions arriver à mettre fin à cette élite intéressée.
    Tout changement collectif, commence par un changement individuel. Dans un second temps, ne serait-il pas temps de changer les institutions ? Si la Véme permet la représentativité, la VIéme république elle pourrait aller plus loin en ajoutant à la représentativité, la responsabilisation et des élus et des citoyens avec notamment la question de la révocation des élus et la possibilité de référendum. Le peuple ainsi jouerait plus souvent son rôle de médiateur entre les instituions et ses représentants.
    Lorsque le peuple remettra en question l’ordre de ces priorités morales, politiques et économiques, l’élite sera contrainte ou de s’adapter et de changer ou d’affronter le peuple et de perdre.C’est parce qu’il n’ignore pas la manipulation qu’il l’accepte en le désignant comme étant un outil normalisé de la compétition politique que l’élite survie.
    Dans le même temps ceux qui s’opposent à l’élite ont la responsabilité de proposer une autre façon de faire de la politique en s’éloignant de la manipulation qu’ils nomment, stratégie et de l’hypocrisie qu’ils nomment négociations.
    Enfin, là où je suis d’accord, se sont les inégalités qui fournissent le terreau favorable au terrorisme.
    Ainsi, lutter contre le capitalisme et le système néo colonial est un impératif, mais elle ne doit pas occulter la transition énergétique, ni la sauvegarde de l’environnement, car c’est ici que réside l’essentiel de notre vivre ensemble harmonieux, c’est-à-dire la possibilité de vivre dignement dans un environnement sain.
    Nous avons en commun notre humanité, c’est cette dernière qui se joue au travers de l’avenir de notre planète. Si nous pouvons vivre avec 4 % de déficit nous pourrons pas avec 4° de plus.

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