Alon filozofé

Une éducation à la révolte

Billet philosophique

Roger Orlu / 28 juin 2013

Nous voudrions revenir, en quelques mots, sur le forum très intéressant organisé vendredi dernier à Saint-Paul par l’Association Réunionnaise d’Education Populaire (AREP) sur plusieurs problèmes importants de notre société. Pendant plus de cinq heures, des dizaines de militants associatifs et experts en formation ont échangé des idées sur la place de la jeunesse, de la parole citoyenne et des exclus dans la société réunionnaise. Les échanges étaient animés par plusieurs responsables de l’AREP : la Présidente Odile Thiéblin, le Vice-Président Stéphane Nicaise et le Directeur Yves Zoogones. Et comme l’avait souhaité le Père jésuite, cette rencontre fut marquée par « une préoccupation commune, partagée, afin de nous mettre en situation de travailler ensemble ».


Ce vœu fut également exprimé par trois responsables d’une association de jeunes, qui ont ouvert le forum en soulignant notamment « la nécessité de rassembler le maximum de Réunionnais pour en finir avec le système néo-colonial inégalitaire, cautionné par la bureaucratie politique et administrative dans le pays » . Et comme l’a déclaré l’un d’eux, « afin de mettre un terme aux injustices et aux aliénations créées par ce système, c’est à nous, le peuple réunionnais, de nous prendre en mains pour faire nous-mêmes une redistribution des richesses ».

Plusieurs autres intervenants ont plaidé dans le même sens, en attirant l’attention sur le fait que « la non prise en compte de la parole citoyenne engendre toujours plus de blessures et de violences ». D’où « l’obligation de constamment dialoguer, partager, relativiser pour avoir la force d’avancer et de construire ensemble dans la solidarité une autre société ».

« La férocité du système capitaliste »

Divers "grands témoins", comme Raoul Lucas, Richard Dijoux, Jacqueline Mengin et Mario Serviable, ont aussi exprimé des idées afin d’aller au plus vite et au mieux dans cette direction. Comme par exemple « mettre en œuvre dans toute l’île des espaces de liberté », « se battre ensemble pour faire respecter les droits fondamentaux de nos compatriotes les plus pauvres », « construire une économie sociale et solidaire », « en finir avec une gouvernance autoritaire et hiérarchique ».

Mario Serviable, géographe et inspecteur à Jeunesse et Sports, a conclu ce forum en rappelant que « dans le colonialisme, c’est le centre qui profite de la périphérie » et en dénonçant « la férocité du système économique capitaliste ». Pour faire face à cette « loi de la jungle » et combattre la soumission, il a cité plusieurs philosophes comme Condorcet, Camus, Césaire et Gandhi, selon lesquels « l’éducation doit servir à la révolte contre ce système » .

Nou lé sak nou fé

Finalement, il y a au moins deux choses à retenir de ce forum, en plus de tout ce qui a été dit ; tout d’abord, une large convergence sur l’analyse de la situation néo-coloniale préoccupante aujourd’hui à La Réunion, sur l’exclusion du peuple réunionnais du pouvoir de décision et donc sur la nécessité de respecter non seulement le droit à la parole citoyenne, mais aussi notre droit au pouvoir citoyen. C’est pourquoi l’AREP milite en faveur d’une démocratie participative dans notre pays.

Ensuite, il y a la question des paroles et des actes : que de fois l’on entend des discours pour l’union des Réunionnais et des proclamations pour travailler ensemble ; mais que penser alors des nombreux actes de trahison, de rejet et de division qui empêchent le changement espéré et qui font jouir les colonialistes ? Comme quoi, il ne suffit pas de causer, mais il faut aussi agir dans le bon sens ; kom zot i koné, nou lé sak nou fé…

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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