Alon filozofé

Une loi-cadre pour un développement libre et solidaire de La Réunion

Billet philosophique

Roger Orlu / 23 mars 2012

Une grande partie de la population en France et dans le monde comme à La Réunion a été frappée par l’horreur et la gravité des tueries de Toulouse et Montauban ces derniers jours par un criminel qui donne une image de terroriste fasciste. Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces événements tragiques et du choc qu’ils ont provoqué ?

Tout d’abord, il nous semble difficile de ne pas situer ces tragédies criminelles dans le contexte global de la société française. Une société marquée de plus en plus par des injustices sociales et par des stigmatisations voire des attaques racistes permanentes contre les immigrés et certaines communautés religieuses.
En même temps, il ne faut pas oublier que ce même genre de crime barbare se passe chaque jour dans le monde environ toutes les 30 secondes, sous la forme d’assassinats par la famine. En effet, si la minorité des plus riches ne volaient pas à leur profit la plus grande part des biens dont dispose l’humanité au détriment des plus pauvres, il n’y aurait pas un milliard de personnes qui souffrent de la faim et de la soif. Une souffrance dont les médias et les dirigeants de la bourgeoisie au pouvoir ne parlent presque jamais, cultivant à la fois la haine des autres et l’indifférence à l’égard de l’essentiel à mettre en œuvre pour changer notre société.

« Une communalisation du crédit »

Ce problème gravissime a été évoqué lundi dernier à l’université de Saint-Denis lors d’une rencontre organisée par l’association Ciné-Campus avec Les Amis du Monde Diplomatique, la Ligue des Droits de l’Homme, ATTAC et la revue "Regards", qui a réalisé le film "La dette, l’arnaque du siècle". Voici la présentation de ce documentaire, qui décrit « le nouvel horizon indépassable : la réduction de la dette et son corollaire, l’austérité. Matin, midi et soir, à la télé, dans les journaux, la rigueur s’impose avec la force de l’évidence. Le peuple n’a qu’à bien se tenir et comprendre que le salut passe par un régime minceur des budgets publics et une soumission aux marchés. Toute autre porte de sortie, aussitôt qualifiée d’irréaliste, non sérieuse, irresponsable, sera balayée d’un revers de la main. Faut-il se résigner ? »

Pour répondre à cette question dans son film, la revue "Regards" a interrogé plusieurs personnalités : Étienne Balibar, philosophe, Aurélie Trouvé, présidente d’Attac, Michel Husson, économiste, Jacques Généreux, économiste, Gus Massiah, altermondialiste, Clémentine Autain, directrice de "Regards". Les uns et les autres dénoncent le totalitarisme du système bancaire et du marché financier, qui profite de taux d’intérêts abusifs, d’un partage inéquitable des richesses et d’absence de contrôle démocratique.

L’économiste Frédéric Lordon, interrogé à ce sujet dans l’émission "Ce soir ou jamais", prône « une déprivatisation du système bancaire et une communalisation du crédit car c’est un bien commun ». C’est ainsi que les peuples pourront se libérer des marchés financiers.

Des adversaires de notre peuple

Tout cela nous montre la nécessité d’unir les forces démocratiques et populaires dans un combat pour appliquer ces solutions au niveau des États et de l’Union européenne, comme cela est expliqué dans le film, mais aussi au niveau mondial et réunionnais. Au niveau mondial, cela nécessite de profondes transformations à l’Organisation des Nations Unies et donc au Fonds Monétaire International, à l’Organisation Mondiale du Commerce, etc.

Mais à La Réunion aussi, comme le dit le Parti Communiste Réunionnais dans ses propositions sous le titre "2012 : l’année du changement", « nous devons opérer un changement radical, sinon nous allons vers l’impasse ». Ce projet, que doivent s’approprier les Réunionnais, contient les nombreuses mesures indispensables à mettre en œuvre à la fois de façon urgente et globale pour répondre aux besoins de la population mais aussi « une meilleure gouvernance », avec « un nouvel acte de décentralisation ».

Tout cela peut être réalisé par le vote d’une loi-cadre pour un développement durable, libre et solidaire de La Réunion, qui remet en cause tout le système inacceptable actuel. Voilà l’enjeu des prochaines élections ; et celles ou ceux qui continuent d’avoir pour priorité la lutte contre le P.C.R. au lieu de contribuer à une entente réunionnaise sur un tel projet se comportent, de fait, en réels adversaires de notre peuple.

Roger Orlu

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