Alon filozofé

« Une philosophie réunionnaise libre »

Billet philosophique

Roger Orlu / 11 décembre 2009

Nous continuons nos réflexions et nos échanges sur « la question de la philosophie réunionnaise », selon les termes du texte que nous a envoyé Reynolds Michel et dont nous avons publié un premier large extrait vendredi dernier. Voici un autre extrait de ce texte. Il est suivi du point de vue d’Aline Murin-Hoarau, historienne, qui nous offre son approche de la façon de philosopher des Réunionnais.

Existe-t-il une philosophie réunionnaise ? (…) Pourquoi une telle question aujourd’hui ? Est-elle liée à la question identitaire ? Que cherche-t-on à prouver ? Que les Réunionnais sont capables de penser et de philosopher ? Pour s’opposer à qui ?
Je me demande si cette question sur la philosophie réunionnaise n’est pas une question vaine, nous empêchant de réfléchir aux vrais enjeux de notre société et aux questions que les Réunionnais se posent.

Qu’est-ce que la philosophie ?

Mais si cette philosophie existe, où trouve-t-elle ses sources ?
Dans l’ensemble des textes écrits par les Réunionnais et qualifiés par les auteurs eux-mêmes de philosophiques ? Ces textes sont introuvables.
Dans les contes, les légendes, les croyances et les cultes populaires ? On court alors le risque de réduire la dite philosophie réunionnaise à une pure restitution des traditions anciennes opérées sans rigueur d’analyse et de réflexion critique. Bref, de faire de l’ethnophilosophie (un néologisme dû au Camerounais Marcien Towa et au Béninois Paulin Hountondji).
Or, la philosophie ne saurait être réduite à un travail d’exhumation et de restitution sans questionnement critique. Certes, l’ethnologie a enrichi considérablement notre réflexion sur nos multiples appartenances culturelles et notre identité commune, mais une simple reprise des données culturelles en termes de philosophie ne produit pas une philosophie.
De ce fait, affirmer qu’il y a nécessairement une philosophie réunionnaise parce qu’il y a une identité culturelle réunionnaise est donc irrecevable. Il n’y a pas d’équivalence entre philosophie et la vision du monde d’un peuple. En outre, la philosophie a besoin d’un sujet qui la porte et qui en revendique la responsabilité, comme le dit justement le philosophe béninois Paulin Hountondji.

À quoi peut-elle servir ?

Et si, par bonheur, on arrive à fonder une philosophie réunionnaise en retrouvant dans les traditions et les contes des pensées qui remplissent les critères de la philosophie, à quoi nous servirait cette philosophie-là, pour autant qu’elle mérite le nom ? À l’heure de la « pensée complexe »« le savoir ne progresse pas fondamentalement à l’intérieur d’une discipline » (1), à quoi peut servir la philosophie tout court ?
Pour Alain Badiou, « il est aujourd’hui difficile d’identifier l’acte propre de la philosophie. Et plus difficile encore de l’identifier comme acte de la vérité » (2). S’il en est ainsi, on comprend que le philosophe américain Richard Rorty puisse déclarer qu’il lui « paraît impossible d’assigner aux philosophes une mission spécifique » (3).
Certes, en questionnant, en analysant et en argumentant, tout en soumettant son discours à des procédures logiques, la philosophie est susceptible de faire avancer les grandes questions auxquelles nous sommes confrontées, tout en restant à sa place : une place indispensable mais modeste. Car, devant la complexité de nos problèmes de société, « on considère comme fructueux d’appréhender l’objet scientifique, théoriquement et pratiquement, dans ses articulations interdisciplinaires » (4). Pour Edgard Morin, nos problèmes sont devenus tellement complexes qu’ils exigent une approche fondamentalement transdisciplinaire.
C’est dire que la philosophie réunionnaise, si elle advient un jour, ne pourra être qu’un outil parmi d’autres.

Notre mode de penser, de décider

Et voici le message d’Aline Murin-Hoarau :
Une philosophie réunionnaise existe. Elle puise son essence dans notre Histoire et surtout dans le marronnage. Marron je suis, marron j’existe en tant que personne libre, qui pense et qui installe une civilisation adaptée à mon milieu. En fuyant le ghetto côtier, j’instaure un mode de vie métissée, basée sur cette dualité constructive : la montagne d’un côté et le littoral gouvernemental de l’autre : deux modes de vie différents mais conjointement liés.
Ainsi, cette dualité s’est toujours croisée dans notre mode de penser, de décider. Notre pensée politique s’inspire de cette dualité métissée, dans le sens où toutes les décisions politiques — notamment celles émanant du PCR — se construisent dans l’île en fonction des besoins, des revendications de chaque Réunionnais. Cela se passe dans un esprit de rassemblement pour ensuite s’inscrire dans les courants de pensées économiques, sociaux et politiques français, européens et mondiaux. C’est une philosophie réunionnaise libre et métissée, qui résiste à une mondialisation dévoreuse de toutes civilisations.

* Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! temoignages@wanadoo.fr

(1) Edgar Morin, "Notre espérance doit abandonner le salut", in "Les grands entretiens du monde", T. 2, mai 1994.
(2) Gilles-Gaston Granger, "Il est possible de constituer une connaissance scientifique des faits humains", in "Les grands entretiens du monde", T. 2, mai 1994.
(3) Alain Badiou, "Nous pouvons redéployer la philosophie", in "Les grands entretiens du monde", T. 2, mai 1994.
(4) Max Pagès, "La démarche complexe en psychothérapie", in "Sciences Humaines", n° 25, 1993, p. 22.


Conférence-débat ce soir à Saint-Louis

Dans le cadre de l’édition 2009 de la Journée Mondiale de la Philosophie sous l’égide de l’UNESCO et à l’occasion du 50ème anniversaire du PCR, l’association saint-louisienne Sa Mèm Projet Avenir Loisir organise ce vendredi 11 décembre à 18 heures dans la salle du Restaurant "Chez Bade" à Saint-Louis, face au stade Théophile Hoarau, une conférence-débat sur le thème :

"La philosophie du communisme réunionnais"

Un exposé sera présenté par Lucien Biedinger, professeur de philosophie, journaliste retraité, secrétaire du Cercle Philosophique Réunionnais, présidé par Laurent Médéa.
Cet exposé sera suivi d’un débat libre et ouvert à tout public, auquel vous êtes cordialement invité.

Contact : 0692.03.60.61


Enquête publique sur la MCUR

Où, quand et comment apporter votre soutien
à ce grand projet réunionnais ?

La nouvelle enquête publique concernant la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) a lieu du 7 décembre au 7 janvier à la mairie de Saint-Paul.

Il est évidemment essentiel que toutes celles et tous ceux qui sont convaincus de la nécessité de cet équipement de service public pour les Réunionnais s’expriment à cette occasion. C’est le moment où jamais.

Cette enquête porte sur :

- l’utilité publique des acquisitions et travaux relatifs à la réalisation de la MCUR

- sur la compatibilité du POS

- sur la cessibilité des terrains nécessaires au projet.

Un registre est ouvert pour chaque thématique.

Il y a plusieurs manières de manifester votre soutien :

- par courrier adressé au président de la commission d’enquête, M. Claude Derbois, Hôtel de Ville, 97460 Saint-Paul ;

- en se rendant sur place et en écrivant vos remarques sur un des 3 registres en fonction de ce que vous avez à dire (argument concernant l’utilité publique ou argument concernant le POS ou encore la cessibilité des terrains) ;

- vous pouvez aussi vous entretenir avec le commissaire enquêteur. Le commissaire enquêteur est présent aux jours et heures suivants :

• à la Mairie de Saint-Paul :

- Lundi 7 décembre 2009 de 8h à 11h

- Lundi 14 décembre 2009 de 13h à 16h

- Lundi 21 décembre 2009 de 9h à 12h

- Lundi 28 décembre 2009 de 13h à 16h

- Jeudi 7 janvier 2010 de 9h à 12h et de 13h à 16h

• à la Mairie annexe de Plateau Caillou :

- Lundi 7 décembre 2009 de 12h à 15h

- Mardi 15 décembre 2009 de 13h à 16h

- Mardi 29 décembre 2009 de 9h à 12h


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