Alon filozofé

Une résistance réunionnaise unie et solidaire

Billet philosophique

Roger Orlu / 14 octobre 2011

Un jeune Réunionnais, "ami de la philo", nous a proposé de faire connaître la parution en septembre dernier d’un ouvrage collectif de 192 pages intitulé "Philosophies et pensées de notre temps", vendu au prix de 10 euros par les Éditions Sciences Humaines (1). Ce livre est rédigé par des penseurs contemporains, spécialistes de tous horizons — philosophes, économistes, sociologues, historiens, juristes… — qui nous présentent le contexte mondial dans lequel le peuple réunionnais aura à relever lui-même, en étant libre et responsable, les défis auxquels il est confronté après trois siècles et demi de régime colonial et néo-colonial.

« En deux décennies, le monde a basculé dans l’ère de la globalisation. Alors qu’en 1992 Francis Fukuyama annonçait la fin de l’histoire, celle-ci, au contraire, s’accélère et métamorphose l’univers dans lequel nous vivons : révolution du numérique, crise et bouleversements économiques, nouvel ordre géopolitique… Les sciences humaines se font l’écho de ces bouleversements.
Penser le nouvel ordre (ou désordre) du monde, comprendre les conséquences de la mondialisation sur les identités culturelles, repenser les cadres institutionnels — nationaux et internationaux —, saisir la marche des civilisations, leur choc ou leur déclin, déceler la nature des liens sociaux dans un monde perçu comme fluide et indéterminé, repenser les inégalités mais aussi les relations entre les individus, réinventer les rapports de l’humanité avec la nature… autant de thèmes qui irriguent la pensée contemporaine ».
Voilà comment est présenté ce livre, avec des contributions très diverses comme celles de Zygmunt Bauman, Monique Canto-Sperber, Jared Diamond, Axel Honneth, Edgar Morin, Paul Ricœur, Saskia Sassen, Amartya Sen, etc. Cet « itinéraire pédagogique et stimulant pour mieux comprendre notre temps » peut nous aider à continuer le combat mené par le peuple réunionnais depuis sa naissance en 1663 afin de résister à toutes les formes d’oppressions, d’injustices et de mépris que lui imposent les classes dominantes et le pouvoir parisien.

Déportation
massive

À ce propos, une des nombreuses richesses de l’édition 2011 du Festival International du Film d’Afrique et des Îles (FIFAI), qui vient de se dérouler au Port, est la multitude d’œuvres cinématographiques réunionnaises projetées à cette occasion. Or elles illustrent la créativité artistique de notre peuple et en particulier de sa jeunesse mais aussi et surtout le contenu et le sens progressistes que ces créatrices et créateurs donnent à leur art.
Nous pouvons hélas n’en citer que quelques exemples que nous avons pu voir mais des informations reçues d’ami(e)s cinéphiles nous confirment cette analyse. Par exemple, le samedi 8 octobre au Casino, nous avons pu assister à la projection de "Rodeur de chopines" (Sami Chalak), "La vie est un rêve" (Geneviève Alaguiry), "Rouleur de journaux" (Sébastien Rougemont), "Seuls les poissons morts suivent le courant" (Éricka Étang Salé).
Le premier film montre comment le Réunionnais est capable de résister à la misère ignoble que lui inflige le système en place ; le second illustre l’aspiration des jeunes à vivre un autre mode de vie et il démontre que vivre c’est avant tout lutter pour réaliser le rêve d’un monde meilleur.
Le troisième film met l’accent sur les causes des souffrances liées à l’addictologie (drogues, alcool…) dont sont victimes beaucoup de personnes et qui ne sont pas prises en compte par le pouvoir ; ce film est également marqué par l’appel lancé à nos ancêtres à nous donner la force de continuer leur combat et le courage d’être unis.
Dans le dernier film cité plus haut, tout est dit dans le titre et la résistance réunionnaise y est incarnée par le comédien Christophe Langrome, qui affronte avec détermination les épreuves imposées à de nombreux compatriotes par la politique de déportation massive mise en place dans les années 60 et 70 avec le Bumidom.

Les requins
du néo-colonialisme

Et ce qui s’est passé dimanche dernier, lors du premier tour des primaires citoyennes pour l’élection présidentielle d’avril 2012, montre à quel point les Réunionnais sont capables de se mobiliser pour résister au système aussi débile qu’inhumain où l’on tente de les enfermer pour l’éternité. Malgré les multiples diversions aliénantes et autres fantasmes franco-français de l’assimilation, que le pouvoir et ses complices "péi" utilisent pour rouler les Réunionnais dans la farine, ceux-ci se sont mobilisés pour remporter une première victoire réunionnaise en faveur d’un projet réunionnais partagé, en votant en majorité pour le contrat Vergès-Hollande (voir la lettre de ce dernier au président de l’Alliance).
Ce nouveau pas vers la liberté de notre peuple doit être amplifié dimanche prochain par un vote dans le même sens. É ti pa, ti pa, nou va avans ansanm. Sur la base d’une résistance réunionnaise toujours plus unie et solidaire face aux requins du néo-colonialisme car ce sont eux qui font le plus de dégâts dans notre pays.

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re

(1) Pour acheter le livre ISBN 9782361060152 par internet, contacter serviceclients@scienceshumaines.com


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