Alon filozofé

Une société moderne et développée, c’est d’abord une société solidaire

Billet philosophique

Témoignages.re / 29 novembre 2013

Comme vous le savez, cette chronique du vendredi dans "Témoignages" n’est pas réservée au "philosophe" Roger Orlu. Souvent elle est d’ailleurs l’occasion de publier des réflexions de penseurs de La Réunion et du monde qui nous aident à analyser notre société pour la transformer. Elle est également ouverte aux contributions d’ami(e)s de la philosophie — et donc des "amoureux(ses) de la sagesse" — à La Réunion qui veulent nous faire part de leurs idées dans ce sens. C’est le cas aujourd’hui d’un militant communiste réunionnais, notamment bien connu à Saint-André, qui nous a transmis son analyse d’un problème sociétal particulièrement préoccupant, évoqué cette semaine dans le pays et au niveau mondial : les violences intra-familiales. La parole est à notre ami Jean-Paul Ciret.

JPEG - 56 ko
Rassemblement du CEVIF (Collectif pour l’Élimination des Violences Intra-familiales). « L’amour dan la caz, sa nou ve bien ; batay dan la caz, nou ve pa ! ».

Dans son édition du mardi 26 novembre, "Témoignages" nous a proposé une très belle page réalisée à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, en rendant compte de l’initiative très riche du CEVIF sur ce dramatique problème de société.

La mobilisation du CEVIF ainsi que de divers autres collectifs ou associations doit, bien sûr, conduire à la prise de conscience de la gravité de ce fléau, mais aussi obliger chacun de nous à dépasser le stade de la seule émotion, dans son aspect moralisateur ( « ce n’est pas bien » ) ou compassionnel ( « c’est triste, c’est choquant ! » ). Il convient, en effet, de chercher à en cerner au plus près les causes.

Priorité à l’humain

On pourrait sans doute nous opposer qu’il n’y a là rien de nouveau sous le soleil et que la violence multiforme a été de tous temps une composante de la vie des sociétés. Voire ! Certaines ont été marquées par davantage de violences que d’autres et, de ce point de vue, les sociétés esclavagistes — comme celle de La Réunion — en sont la tragique illustration. De même, les tensions croissantes actuelles, en rapport avec la crise économique, sociale, culturelle, écologique, touchant — sans doute à des degrés divers — de nombreux pays ont sans nul doute leur part dans le déferlement de violences auxquelles l’actualité nous confronte quotidiennement.

Ce qui amène à penser que développer un pays — et en l’occurrence La Réunion —, ce n’est pas seulement, ni même tellement améliorer soit quantitativement, soit qualitativement sa production et sa consommation de biens matériels, c’est aussi envisager prioritairement l’humain, préserver et faire progresser, selon des processus qui peuvent être très variables, ses valeurs de référence culturelles, spirituelles, éthiques, en les adaptant, en les affirmant dans les problématiques nouvelles de la vie sociale ; des problématiques, dont la prise de conscience est aussi nouvelle ou relativement récente, comme c’est précisément le cas pour les violences intra-familiales ainsi que le regard et l’attention portés sur les personnes handicapées.

Respect et solidarité

La prise en compte de ces problématiques nouvelles exige sans doute la mobilisation de moyens matériels et humains, mais elle nécessite aussi un profond changement d’état d’esprit, lui-même souvent lié — mais pas seulement — à l’état des moyens disponibles. C’est tout le problème du regard des autres et de la place que notre société accorde et reconnaît aux femmes victimes de violences, mais aussi aux personnes dépendantes ou handicapées.

Ce changement passe en fait par la prise de conscience, mais aussi, évidemment, par la mise en pratique au plan collectif et individuel de notions pourtant fort simples dans leur énoncé — le respect et la solidarité —, mais hélas si souvent, trop souvent, étouffées et asphyxiées par l’égoïsme.

Disons-nous le bien : une société peut être techniquement très moderne, mais dans le même temps, au plan des valeurs, confiner à la barbarie.

Jean-Paul Ciret

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


Kanalreunion.com