Alon filozofé

Unité, solidarité, liberté

Billet philosophique

Roger Orlu / 24 février 2012

Le week-end dernier, deux événements ont enrichi nos réflexions sur les voies et moyens de faire avancer la libération du peuple réunionnais. Nous vous en faisons d’autant plus part que cela s’est déroulé dans un contexte d’actions revendicatives contre la vie chère, en particulier contre les prix abusifs des carburants. Des actions qui illustrent — parmi d’autres — le ras-le-bol de nos compatriotes contre le système colonial en place et principale cause de nos problèmes. Il est donc bon d’y réfléchir pour s’en libérer, plutôt que de perdre son temps sur des sujets secondaires.

Samedi dernier, au Forum Social Réunionnais (FSR), a été projeté à Saint-Paul un film décrivant de façon minutieuse la barbarie du système capitaliste ; et ensuite, a eu lieu un débat très intéressant, au cours duquel plusieurs intervenants ont souligné que l’un des moyens essentiels pour faire en sorte que le peuple réunionnais ne subisse plus les effets désastreux du totalitarisme financier est qu’il se libère du pouvoir néo-colonial parisien, afin de prendre lui-même de façon démocratique et au service des plus pauvres les décisions qui le concernent.
En conclusion de ce débat, Didier Bourse, le coordonnateur du FSR, et Jacques Pénitot, responsable des Amis du Monde Diplomatique à La Réunion, ont plaidé pour une vision à la fois réunionnaise et internationale de la lutte altermondialiste pour bâtir un autre mode de développement. Le lendemain, lors de la rencontre du FSR à La Saline, Didier Bourse a déclaré selon "le Quotidien" que « beaucoup de gens font un travail intéressant sur le terrain, mais il manque un lien entre tous ». Et pour Jacques Pénitot, « l’élévation du niveau de conscience à laquelle on travaille doit avoir des répercussions dans l’urne ».

Décider nous-mêmes

Au même moment, les 1.500 délégués du Parti Communiste Réunionnais rassemblés en Conférence extraordinaire à Sainte-Suzanne ont pu entendre de la part des dirigeants de leur organisation politique des propos allant dans le même sens et tenus par eux depuis des dizaines d’années. Ainsi, ce dimanche, Paul Vergès et Élie Hoarau ont rappelé qu’il n’y aura pas de développement durable de La Réunion sans une société harmonieuse, donc équitable, et donc solidaire. Avec la casse du mur entre classes sur-rémunérées et classes sur-exploitées. Avec l’abolition des pillages des fonds publics et des fruits du travail au détriment des chômeurs, précaires et exclus, jetés sous le seuil de pauvreté.
Nous devons donc pouvoir décider nous-mêmes, en fonction de nos besoins spécifiques, la politique des revenus, des prix, de la fiscalité et des banques à appliquer ici. Et cela ne passe-t-il pas par un accord entre les organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion qui partagent un projet de développement soutenable ?

Diviser notre peuple

Cela signifie qu’il n’y a pas de solidarité sans liberté et sans responsabilité collective. Il n’y a pas non plus de solidarité des plus riches avec les plus pauvres s’il n’y a pas d’unité entre toutes les forces qui déclarent vouloir aller dans ce sens.
Or tout est fait par les colonialistes pour diviser les Réunionnais. Et certains compatriotes, même soi-disant "progressistes", ont des comportements qui les rendent complices de ces magouilles, chaque fois qu’ils y trouvent leur intérêt personnel. Tant que des journalistes et des politiciens, au lieu d’être solidaires des plus pauvres, se donneront pour fonction principale de diviser notre peuple en cherchant à l’abêtir et à détourner son esprit de l’essentiel, les profiteurs se rempliront les poches.

« Une grande solidité »

Nous le redisons donc : il n’y pas de solidarité et de liberté sans unité. Et donc : non aux diviseurs, non aux magouilleurs, non aux égocentristes, qui ont le soutien des médias et satisfont leur vantardise.
Dans un entretien accordé à la revue "Regards" à l’occasion de sa participation au FSR de dimanche dernier, le célèbre artiste réunionnais Danyèl Waro cultive ces valeurs, par solidarité avec la lutte de libération de son peuple. Il rappelle que « les luttes ont longtemps été menées par le Parti communiste réunionnais et les habitudes persistent ». C’est pourquoi, « même si je trouve qu’il y a encore une grande ignorance politique et qu’il faut absolument lutter contre cela, on peut faire confiance à La Réunion ».
Il se souvient que durant son enfance et son adolescence, « il y avait des batailles identitaires, syndicales, communistes, autonomistes… ». Et il conclut : « J’ai eu la chance de grandir au milieu de tout cela et cela m’a donné une grande solidité ».

Roger Orlu

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