Alon filozofé

Vers la désobéissance civile contre une loi injuste sur l’égalité réelle ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 19 août 2016

La désobéissance civile est un concept et une pratique dont parlent beaucoup de philosophes dans le monde et il en a été question la semaine dernière sur La Chaîne Publique (LCP) dans un documentaire intitulé ‘’Les nouveaux désobéissants’’, suivi d’un débat sur le thème ‘’Les nouveaux révoltés : héros ou voyous ?’’. Cette émission donne de quoi réfléchir sur l’indifférence ou la résistance réunionnaise à la loi sur l’égalité réelle dans les Outre-mer en cours de préparation à Paris…

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Darmapalah Seethanen.

Plusieurs personnalités sont intervenues dans ce documentaire afin d’expliquer l’importance de la désobéissance civile pour faire face aux lois injustes : « On résiste jusqu’au bout », a dit un paysan. Noël Mamère, le député écologiste, a mis l’accent sur la nécessité de « rejeter les lois qui ne visent pas l’intérêt général » et de « lutter pour les lois justes non appliquées ».

Pour Albert Ogien, directeur au CNRS et co-auteur de ‘’Pourquoi désobéir en démocratie’’, « il faut une conscience morale extrêmement forte » pour combattre les injustices ». Et pour Jean-Claude Lenoir, président de Salam, un mouvement de protection des migrants, « il est indispensable de faire respecter les droits de l’Homme pour la fraternité, en solidarité avec les exilés, les réfugiés ».

Le droit de résistance à l’inégalité

Durant le débat, Xavier Renou, fondateur du collectif ‘’Les Désobéissants’’, qui s’est qualifié d’« héritier de Mahatma Gandhi et Martin Luther King », a plaidé en faveur de « la lutte pour le bien commun face à ceux qui défendent des biens particuliers ». Il a posé aussi le problème de « la représentativité des élus par rapport à la population » en l’absence de « démocratie directe et participative ».

Selon lui, toute loi doit être basée sur un débat démocratique pour dire non à l’exploitation de l’homme par l’homme et non à la pollution de notre vie quotidienne par la malbouffe, les engrais chimiques, les pesticides, les émissions de gaz à effet de serre… Il a également mis en avant les liens à cultiver entre les désobéissants et les lanceurs d’alertes, en soulignant que le droit de résistance à l’inégalité fait partie de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948.

« Une force intérieure irrésistible »

Depuis sa naissance en 1663, malgré ses traîtres et diviseurs, le peuple réunionnais a fait face à toutes les formes d’oppressions et d’injustices dont il a été victime de la part du régime colonial et ce combat pour la décolonisation du pays continue aujourd’hui. D’ailleurs, le chercheur et responsable culturel Darmapalah Seethanen a tenu au moins deux conférences en 2012 et 2013 à Saint-Denis et Saint-Paul pour expliquer l’importance de la désobéissance civile.

Ainsi, dit-il, « lorsqu’une loi ou bien le comportement de certains de nos concitoyens, au nom de leurs convictions, remettent en cause des valeurs qui nous semblent fondamentales, une force intérieure irrésistible nous pousse à nous y opposer ». Il ajoute : « En choisissant de transgresser publiquement la loi, les ‘’désobéisseurs’’ ne peuvent être traités comme des vulgaires délinquants. C’est en effet au nom de leur conscience morale qu’ils revendiquent leurs actes. La conscience, cette faculté si précieuse, propre à l’être humain, dont la liberté est reconnue par la Constitution, et au nom de laquelle ils entendent dénoncer des injustices ou l’atteinte à l’intérêt général ». D’où la question : va-t-on à La Réunion vers la désobéissance civile contre une loi injuste sur l’égalité réelle dans les Outre-mer ?

Roger Orlu


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