Alon filozofé

Vivent nos élu(e)s bénévoles !

Billet philosophique

Roger Orlu / 24 janvier 2014

Dans ce combat essentiel qu’est la lutte contre l’idéologie bourgeoise dominante, de nombreux penseurs et militants mettent en avant le concept du bénévolat. On en a tous les jours l’illustration concrète dans le monde mais aussi à La Réunion, où depuis 350 ans des femmes et des hommes consacrent leur vie à se battre — sans aucun intérêt personnel — pour faire respecter les droits et la dignité de leurs compatriotes les plus malmenés et les plus méprisés. Quels enseignements peut-on tirer de cette expérience ?

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La visite des bénévoles du Comité des Chômeurs et des Mal-Logés du Port dans le beau parc naturel de Grand-Coude à Saint-Joseph intitulé "Le Labyrinthe En Champ Thé".

Le samedi 18 janvier dernier, le Comité des Chômeurs et des Mal-Logés du Port (CCMLP), qui a notamment pour mission de proposer des repas équilibrés chaque jour aux personnes sans emploi et sans domicile fixe, a organisé une sortie conviviale pour les bénévoles de l’association, afin de favoriser les échanges entre militant(e)s et de préparer la nouvelle année d’actions au service des plus pauvres. À cette occasion, une quarantaine de personnes se sont rendues en bus à Grand-Coude, dans les Hauts de Saint-Joseph, pour y visiter "Le Labyrinthe En Champ Thé", qui est un très beau parc naturel où l’on peut apprécier en particulier la richesse et les atouts de la biodiversité de notre pays.

Après cette visite, toute l’équipe s’est rendue dans la ferme-auberge de Jean-Pierre Chan-Chit-Sang pour un repas convivial, précédé par une allocution de la présidente du CCMLP, Maryse Dache. Celle-ci a mis l’accent sur l’aggravation de la situation sociale dans le pays en raison de la politique menée par l’État français avec le soutien de certain(e)s élu(e)s complices du système néo-colonial en place ; d’où la nécessité — entre autres — de renforcer les groupes de bénévoles qui viennent en aide d’urgence aux personnes les plus démunies.

"Bonne volonté"

La présidente de la Maison des Associations (MDA) du Port, Julienne Célesti, est intervenue dans le même sens en expliquant notamment que le mot "bénévole" signifie « bonne volonté ». D’ailleurs en mars 2011, "Le Portois", la revue de la MDA, a consacré tout un numéro à ce concept dans le cadre de l’Année européenne du Volontariat, en donnant la parole à plusieurs militants bénévoles sur le sens qu’ils donnent à leur engagement. Et comme le souligne Pascal Mariamal, directeur de la MDA, « l’engagement bénévole repose sur un projet. Même pour des actions à court terme, de solidarité par exemple, l’individu a besoin d’un peu d’idéal, d’un espoir en quelque chose de meilleur ; pour ne pas dire d’un monde meilleur. Notre époque, marquée par une culture du "tout montrer" et "tout voir", est paradoxalement devenue très pudique en idées politiques. À moins qu’en souterrain, ces innombrables petites voies et petites mains volontaires soient à l’œuvre sans le savoir pour un changement enfin radical. Oserons-nous l’espérer ? ».

Sabine Letoullec, adjointe au maire du Port déléguée aux questions sociales, a quant à elle rappelé l’importance du travail accompli chaque jour par la municipalité pour aider les personnes en difficultés, mais en soulignant que cela ne suffit pas car il faut s’attaquer aux causes profondes et globales de ces problèmes sociaux par une politique réunionnaise démocratique, une économie sociale et une éducation populaire permanente. D’où la nécessité de mettre en cause le système en place et de se poser constamment la question : « que suis-je si je ne m’occupe que de moi ? ».

Un partage équitable des revenus

Il se trouve que dans la salle à manger de la ferme-auberge, les bénévoles du CCMLP ont pu lire sur les murs de très beaux poèmes défendant des valeurs comme l’amitié et la solidarité. Ils ont pu voir également une affiche avec les chiffres suivants : si l’on diminuait de 1.000 euros les revenus des députés, sénateurs, ministres et secrétaires d’État — soit 950 personnes —, cela permettrait d’économiser 950.000 euros par mois, soit 11,4 millions par an. Voilà de quoi commencer à aller — vraiment au minimum — vers un partage équitable des revenus et une amélioration des moyens de vivre des plus pauvres.

Mais qui, parmi les décideurs à La Réunion, est d’accord pour mettre en place ces bases fondamentales d’un développement durable, responsable et solidaire ? Voilà pourquoi, au moment où certains politiciens en campagne électorale pour les municipales ont comme principale préoccupation d’obtenir un poste pour en profiter au maximum dans la corruption, nous leur disons : vivent les élu(e)s bénévoles !

 Roger Orlu 

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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