C’en est trope

Au nom du mensonge (3)

Jean-Baptiste Kiya / 6 mars 2014

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Dictionnaire du mensonge de Pio Rossi, aux éditions Allia.

- La vérité est digne mais crève de faim ; quant au mensonge, il est bien gras – mais couvert de coups.
- Oui, ce à quoi depuis lontemps il s’est fait…
Nous sommes à chacun une encyclopédie de l’échec. Le désordre nous détermine. Il suffit de bien le prendre. Dans cet échec individuel, la société prend une part beaucoup trop importante : elle accentue la dissonance entre l’accomplissement de l’être social et ses potentialités. Au lieu de tenter de réduire la fracture entre les aspirations, les possibilités et le devenir de chacun comme elle devrait s’attacher à le faire, elle ouvre, cultive l’échec. Pire, elle s’en nourrit. Et dans ce gâchis humain, le mensonge tient la dragée haute. Décapités comme des poulets, nous couront sempiternellement après notre tête.
- La dévalorisation c’est une vocation, mais le plus gros, c’est quand la Justice s’y met. En politique, des décennies de mystifications nous ont tanné le cuir ; mais pour la justice qui touche à l’intime, c’est autre chose…
Il hausse les épaules.
- Cacher la vérité, n’est-ce pas mentir ?
- Et cacher le mensonge, n’est-ce pas mentir autrement ?

Nous sommes jumeaux en certains points. D’une pierre deux coups : de retour à La Réunion pour côtoyer mon enfant un week-end sur deux, la moitié des vacances, et supprimer les frais de transport qui entravait l’usage de mon droit de visite, la cible a été doublement manquée. Ma fille est partie dans un département ultramarin et le juge m’impose le règlement de la moitié des frais des droits de visite. Aucun dommage semble-t-il, n’a été subi… Pour Pierre, la situation est plus cocasse, il le reconnaît volontiers : sa femme lui a annoncé qu’elle était enceinte. Une capture écran de confidences lui a appris qu’il n’en était pas l’auteur. Elle a fini par avouer la supercherie. Elle ignorait visiblement qui en était l’auteur, puisque l’enfant née n’était pas métisse. Tout le monde est au courant à Mayotte, excepté la justice... Son avocate dyonisienne : Qui vous dit que vous n’avez pas passé un week-end à Mamoudzou ? Je n’y ai pas été, d’autre par les photos montrent que l’enfant n’est pas métisse…
- Et alors ? Vous ne connaissez pas les mystères de l’ADN… - Je peux louer les services d’un inspecteur privé… - Les juges n’aiment pas ça. – J’ai craqué sa messagerie, elle raconte tout. – Un juge ne peut accepter la validité de documents qui ont été subtilisés… Vous payez (cher) un avocat pour entendre ça… Le racket officialisé. Il va changer de crèmerie.

Dans les deux cas, la justice française patine en attendant que le justiciable n’ait plus de flouze pour que la procédure s’interrompe d’elle-même, comme ces rivières qui disparaissent dans le sable des déserts. Eric de Montgolfier, ancien procureur, résume parfaitement cette situation : « Il est des circonstances où la vérité pèse peu au regard de ce qu’elle coûte ». La justice attend que la guerre lasse, elle a tout son temps pour démunir les combattants. C’est peut-être oublier notre grande gueule, lui dis-je. Pierre tient une chronique anti-judiciaire sur le net à la façon de Corinne Morelle avec son site aunomdupeuple.com. Il écrit comme on brûle des papiers. Il doit savoir ce que j’entends par là, puisque jamais il ne me demande des explications.

Récemment, pour récupérer un dossier d’avocat, une femme s’est enchaînée aux barreaux du tribunal ; Claude Antoinette, il n’y a pas une semaine, menaçait de se pendre devant le palais de justice afin d’obtenir un document administratif qu’il attend depuis 10 ans de la part d’un huissier. Derrière lui, l’association Eveil citoyen. Tout ça tient du mensonge. Il faudrait ouvrir une fosse commune devant les tribunaux, on irait plus vite : on y jetterait les dossiers, éventuellement les justiciables avec. Souvent pour les petites affaires, on ne juge pas en France, on se débarrasse des affaires. On y classe plus qu’on ne juge.

Je lui réponds : Se refuser à la vérité d’évidence confine à la calomnie. Nombre de juges sont des calomniateurs. Nous nous retrouvons à arpenter les couloirs du couvent de Plaisance sur les pas du Pio Rossi, déambulations dont les pierres se souviennent encore. Le Dictionnaire du Mensonge le dit : « Les tyrans ont toujours cultivé, parfois de façon dissimulée, la calomnie ; peut-être parce que sans elle, ils n’auraient pu être tyrans. C’est l’unique moyen de faire tout à leur façon. Les calomniateurs étaient innombrables parce que calomnier, c’était être méritant. » Et l’ermite de la confrérie de saint Jérôme d’ajouter shakespearien : « Libre était le tyran de tuer la justice avec l’épée de la justice »… Il est nécessaire de limiter le pouvoir des juges en le dotant d’une véritable autorité de tutelle.

 Jean-Charles Angrand 


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