C’en est trope

Ces cents nœuds qui n’en font qu’un seul

Témoignages.re / 21 décembre 2012

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On oublie trop que la mythologie, souvent confondue aujourd’hui avec les contes et les légendes, était vecteur de connaissance, et que l’ancienne philosophie grecque a poussé sur ce terreau : « pour la première fois dans l’Histoire, écrit Husserl, le monde (le monde dans son ensemble) était saisi comme une question à résoudre » .

« Nous sommes pourtant beaucoup moins éloignés , précise Jacques Lacarrière dans son essai Au cœur des mythologies, qu’on ne le croit de la sensibilité des peuples de jadis. Et une même capacité d’émotion devant les mystères et les splendeurs du monde nous rend encore sensibles aux messages des mythes » .

C’est sans doute pour ces raisons que les mystères antiques ont tant attiré Nathaniel Hawthorne (1804-1864), qui a voulu à son tour faire œuvre de passeur.

La passation intergénérationnelle est mi élément essentiel pour entrer dans l’œuvre de l’écrivain américain. N’a-t-il pas changé son nom, à l’âge de 20 ans, en ajoutant un « w » pour se dissocier de ses ancêtres, de son arrière-grand-père, puritain venu d’Angleterre, magistrat célèbre par la sévérité de ses jugements, et de son grand-père John Hathorne, un des juges assesseurs au procès des sorcières de Salem, dont Henri Miller fera une pièce.

La rédaction de ces histoires, destines en premier ressort à ses propres enfants, suit immédiatement la publication de La Maison aux sept pignons (1851) dont le thème central est la malédiction familiale provoquée par la faute de l’ancêtre, de même La Douane, ce texte semi-autobiographique qui sert d’introduction à La Lettre écarlate (1850) évoque-t-il les persécutions commises par les fondateurs de la lignée Hathorne. Marqué par l’ombre du passé, Nathaniel Hawthorne n’a de cesse d’expier la hantise d’une culpabilité familiale. Une double culpabilité, pourrait-on dire : La Lettre écarlate ne s’ouvre-t-elle pas par ce dialogue imaginaire des deux ancêtres fondateurs de la lignée, indignés de voir leur descendant s’engager clans la voie de la fiction : « Il aurait aussi bien pu être violoneux ! », tranche l’un d’eux. Les Livres des Merveilles participent, elles aussi à l’entreprise de la « levée de la malédiction » née de la faute ancestrale, en créant un contre-pied à la mémoire familiale. Le merveilleux évoqué en titre de recueil fait suite de loin en loin au fameux « w » rajouté au nom de famille qui fait de l’auteur un Monsieur de l’Aubépine.

Seulement, ce en quoi Hawthorne n’arrive jamais complètement à échapper à la malédiction, le conteur déroule des récits mythologiques, dont il reconnut l’aspect « romantique et gothique », autant dire que la tristesse et la monstruosité l’emportent dans ces récits, qui fait état d’un Apollon, dieu des arts et de l’écriture, qui « a une lyre à la place du cœur ».

La mythologie grecque fait état d’époques. Il y a l’âge des monstres, avant l’âge des dieux. Et quand l’âge des dieux est arrivé, il restait quand même des monstres sur la terre. L’auteur a été plus attiré la monstruosité des mythes que par leur aspect humaniste. Ce en quoi, il se distingue des philosophes. La plupart des hommes ne sont pas taillés pour le bonheur, semble avoir été le refrain de ces contes, une drôle de leçon laissée à sa descendance.

Quand il a interrogé l’horizon de la Grèce, Nathaniel Hawthorne lui a donné le relief de son propre cœur. Ce travail d’adaptation a son charme. A raconter ainsi l’histoire biblique « Tobie était à la recherche de Dieu. Tout le jour, il scrutait le ciel vide. A force de guetter, il reçut dans les yeux de la fiente d’oiseau. Les excréments le rendirent aveugle. C’est alors qu’il compris que, lui qui avait partout cherché Dieu dans les lointains, il l’avait trouvé il était tout au fond de son cœur », on n’est pas vraiment sûr que ce soit fidèle à ce qu’en dit la Bible, mais on reste fidèle à soi - et n’est-ce pas l’essentiel ?

Jean-Charles Angrand

Le premier et le second Livre des Merveilles (Wonder-book for boys and girls/Tanglewood tales -1852-1853) de Nathaniel Hawthorne, éditions Pocket Jeunesse.


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