C’en est trope

Chat alors !...

C’en est trope !

Jean-Baptiste Kiya / 18 février 2016

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Le Chat de Philippe Geluck, bédé, éditions Librio.

Ce sont là des Histoires à tuer un chien.

Mais reprenons du début. C’est-à-dire la Genèse - telle que la restitue Gripari. Voici :

« Le Jeudi soir, Dieu créa l’homme en se disant :
- Ce sera mon chef-d’œuvre.
Le Vendredi dans la journée, il revit l’homme qu’il avait créé la veille, et il se dit :
- Ce n’est pas tout à fait ça.
Et il créa la femme.
Le Vendredi soir, Dieu se coucha et il dormit, le Samedi, pendant toute la journée.
Le Dimanche matin, Dieu s’éveilla en pleine forme et se dit joyeusement :
- Voyons un peu le travail de la semaine dernière !
Il vit le ciel, la terre… Bon. Il vit les plantes… Bien. Les animaux… Pas mal.
Puis il vit l’homme, et fit la grimace :
- C’est de moins en moins ça ; songea-t-il.
Ensuite il vit la femme :
- Oh là là ! On voit bien que je l’ai faite à la fin de la semaine ! J’étais fatigué !
Alors, ce matin-là, en pleine aurore de ses forces, Dieu décida de faire, tout de bon, son chef-d’œuvre.
Et il créa le chat ».

Contrairement à ce que colporte une opinion trop commune, le chat n’est pas un animal, comme les autres. Il est bien au-dessus de l’humanité qu’il contemple de ses yeux opalins.

Si Dieu d’ailleurs, comme le rappelle Pierrot-la-lune, a fait des mains aux hommes, c’est pour qu’ils puissent caresser les chats. Et en fervent admirateur, Geluck les caresse dans le sens du poil.

Résumons-nous : là où l’auteur du Chat rejoint l’auteur de la rue Broca, c’est dans la proposition qui veut que la finalité de l’homme ne soit pas Dieu, mais le chat.

Cartier-Bresson opérait une distinction de taille : « Le chien, c’est l’ordre, mais les chats, c’est la fantaisie. Un chat, ça ne se dresse pas. C’est tout en grâce. » En grâce, et parfois même en graisse. Quand bien même nous ne regarderions pas le chat avec des yeux de chiens, nous serions bien obligé de reconnaître que le chat des villes est un tantinet dégénéré, surtout quand il s’affuble d’un complet veston et d’une éternelle cravate. Mais au-delà de son regard de chat shooté, l’humour félin demeure intact, humour mordant ; sous la patte de velours, les griffes.

Dialogue d’une jeunesse chatte obèse désabusée : « -Et toi, qu’est-ce que tu voudras être plus tard.

- Incinéré. »

Le personnage du Chat serait né d’une partie de scrabble qui aurait mal tourné dans l’appartement des Geluck. D’autres disent qu’il s’agit du fantôme 2 D d’un Belge du même nom. D’autres encore croient voir en Geluck un ancien gamin qui jetait des graines pour les oiseaux, en bas, où le chat les attendait.

À présent qu’il s’expose, s’exhibe, et se feuillette même, le félidé prodigue quelques conseils pour garder la forme :

Exercices du Chat : à vous de dessiner.

.Chirurgie esthétique d’une vieille patate. Dessin ici :
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.Le chat : Ils sont fous ces gros plans !

Dessinez ici : Puis là :
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.Le chat dessine une souris. Puis bouffe le papier.

Dessin en 3 cases, avec bulle :
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.On n’arrête pas le progrès : le papier a été remplacé par les écrans d’ordinateur.

Bientôt, même chose pour le papier toilette : essuyer son derrière avec un ordi…

Bande de 3 cases, ici :
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.Des personnages passent, ils se prennent une bulle dans la figure, comme on se prend un ballon.

Dessins là :
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.En trois cases, dessinez :
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Le Chat regarde passer les voitures.
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Un camion passe.
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Ses orteils pendent sur la bordure inférieure de la case. Tête d’abruti.

Fin des exercices.

Repos.

Jean-Baptiste Kiya


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