C’en est trope

L’école du mensonge

C’en est trope !

Jean-Baptiste Kiya / 9 mars 2017

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Avez-vous déjà entendu parler du petit troquet « ICI C’EST MIEUX QU’EN FACE » ? Le café y est passable mais la discussion excellente ; il jouxte l’ancien immeuble de la rue des Troisièmes-Couteaux, sur le trottoir opposé du Palais de Justice et de sa volée de marches aveuglantes. J’y viens prendre un petit expresso tous les mois, en use pour échanger avec les habitués du lieu et les nouveaux abîmés du service judiciaire. La coutume fait qu’en réglant l’addition, je laisse sur le comptoir un livre qui traite de l’ « En-Face » (la litote en usage). La frontière avec l’En-Face, si vous regardez bien, c’est la rue, où passent, rapides, les voitures anonymes, comme si elles fuyaient quelque chose.

Hier, je me suis accoudé aux côtés de Rémi qui marne au-dessus d’un ballon de rouge.

« Alors ton affaire ? »

Ça fait depuis plus de 5 ans qu’elle dure - fourchette basse pour l’établissement.

« La cour d’appel a rendu le jugement du divorce. J’apprends, avec un certain intérêt, que je regardais tous les soirs des sites pornographiques…

- Le juge a écrit ça ?

- Oui, je n’ai pas pu y répondre, puisque cela n’était pas dans les réponses conclusives. Je n’ai donc pas pu rétorquer que mon ex, de culture musulmane, assez rigoriste, avait mis le contrôle parental sur l’unique ordinateur en ligne…

- Et bien sûr, elle ne présentait aucune preuve de ce qu’elle avançait…

- De l’enfumage. Regarde. (Arrêt, 21 décembre 2016, cour d’appel de Sin-Dni.)

- Et toi, je suppose que tu dois fournir des copies de cet arrêt à l’administration pour ta gosse. C’est des crétins, les juges…

- Là, tiens, en dessous : je découvre que non content de regarder des sites pornos, je la ‘délaissais pour écrire tous les soirs sur mon compte face book’…

- On fait plus ourlée comme caricature… »

Je lis : ‘Ce compte démontre uniquement que M. REMI manifeste son mécontentement vis-à-vis de l’institution judiciaire ce qui ne caractérise pas un manquement vis-à-vis de son… »

Il me coupe : « Ce que ne dit pas le juge, c’est que, de toute façon, je n’ai ouvert mon compte Facebook qu’après la séparation avec mon ex, en février 2012…

- Ce qu’il ne mentionne pas, bien entendu. Autrement dit, le juge participe à l’enfumage… »

Il me fait signe que oui.

« Et puis, il y a l’histoire de la signature. Un courriel et une pièce jointe signés de la main de madame, que celle-ci ne reconnaît pas.

- Le coup du gamin pris le doigt sur la sonnette d’alarme qui s’écrie : ‘C’est pas moi !’ Alors, c’est qui, gamin ? J’espère que tu as déposé plainte contre toi-même pour faux et usage de faux ? »

Il lit l’arrêt : « la signature porté (sic) ne correspond pas à celle de l’épouse sur l’avis de réception de la convocation devant le juge conciliateur ».

Je ricane : « Tu as vu cette signature ?

- Non… Tout le monde sait que le ‘débat contradictoire’ est une pantalonnade, une mascarade de façade. Plié d’un côté depuis le début.

- L’Arlésienne… Et la cassation, tu y as pensé ? »

À peine formulée qu’une voix emplit l’espace :

« J’AI VU, MOI, DES JUGES INTÈGRES !… » Un silence de caveau tombe sur la salle. La salle s’est retournée, consommateurs figés.

Et l’homme d’ajouter : « C’était en peinture ». Et l’assemblée part d’un rire libérateur.

« Plût à Dieu que nous fussions tous Horloger ! », repartit un autre dans une vague de rire.

Nous reprenons, Rémi et moi.

Dans mon angle de vue, des consommateurs fixent les marches du palais ; fusent des commentaires : « Tiens, le président Roussin, fringant au civil, raidit en robe, le travestissement le boudine !

- Il n’y a que les curés et les magistrats qui ont des robes, palais et églises pareils, leurs dieux sont aussi rigides…

- Au fronton de leur palais, je leur-z-y flanquerais, moi : « LA SOCIÉTÉ REPOSE SUR LA FORCE. ET LA JUSTICE EST L’ADMINISTRATION DE LA FORCE. »

Je me penche : « Aie de la patience, Rémi. Moi ça fait presque 15 ans que ça dure, malgré une obstruction à l’appel qui n’a gêné personne. Il fallait contacter ‘l’assurance de mon avocat’. J’ai dit préférer la vérité à l’argent.

- Je suppose que tu n’as eu ni l’une ni l’autre ?

- Si ce n’était que ça. Dans le dernier mot que j’ai reçu de mon ‘père’, en septembre 2007 - son testament en quelque sorte puisqu’il est mort depuis-, il m’a écrit ceci : ‘Les faits sont que tu n’as rien compris aux femmes malgaches qui n’ont pas cessé de te flouer, de vivre à tes dépens et de te ridiculiser.’

- Ton père ?

- Mes ‘parents’. J’ignore pourquoi ils ont employé le pluriel, pour me rabaisser, sans doute. Ils l’ont soutenue devant le juge, ils la fréquentaient malgré des appels quotidiens pour leur raconter tout ce qu’elle me faisait subir - si bien que le processus qu’ils dénonçaient, ils reconnaissaient du même coup y avoir pris part. Belle mentalité, n’est-ce pas ? Ingénieur, professeur, francs-maçons. Les diplômes et les engagements en France, n’est-ce pas ?, ne sont un gage de rien du tout. La justice est faite de telle sorte qu’elle est une école de haine et de mensonges. Attitudes avec lesquelles on n’a rien à perdre, au contraire… »

Roger, le musicien, nous interrompt d’un « Note emphatique : La complainte du pendu », qu’il fait suivre d’une grande inspiration de son accordéon…

Et d’une voix nasillarde, il lance :

« Ces Messieurs d’la Haute
Qui ramassent sans faute
Couteau sous la gorge
Ca-ca-cassation
Faut qu’on te casse
C’est la grande casse
C’est pas assez
D’la ptite handicapée
Et des traites à payer
Va chercher
La vérité
À Paris
Où qu’on lance les paris
450 hors taxe de l’heure
Complément d’honoraire ta sœur
Les curés sont partis
Les juges venus
Pour faire d’la plus-value
Ça sent l’roussi
A Paris… »

Je salue Rémi, lui laisse « L’affaire Crainquebille » en souriant, et sors.

Jean-Baptiste Kiya


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