C’en est trope

La Chaldée, étoile immense,

C’en est trope !

Jean-Baptiste Kiya / 6 octobre 2016

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La Science des Chaldéens par Marguerite Rutten, aux PUF, collection Que sais-je ?

La lumière de l’Abîme
Engendra toute chose.
L’en haut n’était pas nommé,
L’en bas n’avait pas de nom.
Tiamat, l’Abîme, créa l’hydre
Le dragon rouge,
La lahamou, le grand lion,
Le loup écumant, l’homme scorpion,
Les tempêtes furieuses, et l’homme poisson,

Le capricorne… : douze monstres,
Les douze constellations
Que vainquit Bêl-Mardouk.
Et du sang de l’Abîme fut créé l’être humain.
Et Mardouk installa les dieux,
Il commanda au dieu lune de marquer le mois :
L’enfant-soleil, Mardouk
(Qu’à chacun de ses pas naissent des fleurs !).
Les étymologies secrètes le disent,
Le timonier du Ciel navigua éternellement,
Cherchant son port d’attache
Dans la circularité,
L’univers est comme une loupe ;
Au centre de tout est grossi

Le temple :
Plus on s’en éloigne, tout devient minuscule
Jusqu’à ne former qu’un infini rien.
Quand on porte le temple en son cœur,
Le centre est partout, la circonférence nulle part.
Cela dépend de l’endroit où l’on est,
Où l’on s’assoit.

Certains ont dit que le centre dévorait tout,
Tandis que la périphérie dissipait.
C’est plus limpide :
S’éloigner des deux est la sagesse ultime.
Je le tiens de
Oannes, l’homme-poisson, le plus ancien du Déluge,
Celui qui apprit aux hommes l’art divinatoire, les sciences sacrées :
Chaque astre, chaque animal,
Chaque sorte de plante, chaque catégorie de pierre
Chacun des métaux, chaque couleur
Entre dans le cycle d’une divinité
Et chaque divinité auprès des autres
Fait un dessin commun d’une constellation
Dont l’aspect démultipliée est Mardouk.

Voici donc le secret :
Chaque chose n’existe vraiment
Qu’une fois nommée :
L’existence est donnée à toute chose,
Mais le nom seul confère le statut
De ce qui a le pouvoir de refléter ce qu’il est.

Les noms sont
La cause et la conséquence de toutes choses,
Du nom tout procède.
C’est le nom
Qui possède – et non l’inverse.
Le char de la Renommée,
C’est lui qui le conduit.
Sans lui tout dérobe.
Ton nom même, liseur, est une sentence
Abrégée édictée par les dieux.

Seul Mardouk possède 50 noms
Désignant chacun un des pouvoirs du Temps.
Les dieux n’avaient qu’à parler,
Les choses et les êtres sont nés au souffle de leur voix.
Reflets audibles de l’essence divine,
Chaque ville est construite comme un hymne,
Chaque brique est un mot,
Chaque maison un poème.

Dans l’articulation des dieux réside
Le secret des existences,
Dans leur souffle, la vie.
Je vais te dire le secret :
Mardouk a fait l’Homme
Avec de la terre mêlée avec
Du sang d’un dieu ennemi,
Vaincu.

C’est pourquoi l’Homme se révolte.
- Mais les dieux ont besoin des hommes…
Alors dis, dis encore l’aurore !
Exprime-la !
Et cherche la parole des dieux
Pour la dérober, sois le petit voleur
Qui ferme les paupières
Et aspire l’Univers.

Jean-Baptiste Kiya


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