C’en est trope

La dent creuse de Roy Lewis

Jean-Baptiste Kiya / 29 octobre 2015

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Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis (traduction Vercors et Rita Barisse), éditions Actes Sud-Pocket.

Le roman de Roy Lewis (« Pourquoi j’ai mangé mon père ») marque la fin du pithécanthrope et l’avènement de l’homo sapiens, c’est-à-dire le début de la propriété privée, du vol, du profit, du lucre et de la prostitution… mais le tout enlevé par un humour so british, très ‘tongue-in-check’, faisant de l’anachronisme connivent un procédé systématique et dynamique.
Un narrateur, Ernest, le crétin de la famille, se retrouve coincé entre deux modèles un oncle, Vania, aux allures de phacochère, qui veut retourner au miocène, et Edward, son propre père, féru d’évolutionnisme et avide de découvertes, qui ne rêve que de la fin du pléistocène. Entre eux, de formidables controverses sur la notion de progrès auxquelles la génération suivante se garde de prendre position.
Bien entendu, quelque chose de Tchekhov dans ce nouvel oncle Vania une résignation, une commune nécessité à se résigner.

Mais l’anachronisme récurrent concourt à faire de ce récit un pamphlet, une formidable condamnation de notre monde qui n’arrive pas à se renouveler et à se dépasser.
Aussi sonne-t-il comme un conte philosophique qui met en avant des question sur ce qui fait l’homme, et ce qu’il fait de son monde.
Le temps, pivot du récit, est traité davantage comme un transfuge, ou un miroir sans tain que comme un élastique.
Devenir humain, indique le titre, c’est pouvoir commettre un assassinat non plus pour se nourrir ou pour la reproduction, mais par intérêt, l’intérêt de soi et des siens. Voilà le progrès.
Alors pourquoi cette évolution, le train, la fusée, la cigarette électronique, si c’est pour en arriver à Auschwitz, à Hiroshima ou à la guerre en Syrie ? Ne valait-il pas mieux une disparition totale ?
« Pourquoi j’ai mangé mon père » montre que Roy Lewis a la dent creuse et qu’il lui est resté quelques souvenirs de ses très anciens repas. Une suspicion demeure néanmoins à la lecture de ce désopilant, cruel et actuel roman, une ombre devant laquelle nous ne saurions céder : n’a-t-il pas été écrit par un homo sapiens sapiens, c’est-à-dire un individu très bas de plafond ?

Vivement l’ère suivante.

Précisions :

1. Histoire d’art. Suite à la publication de l’article « La falsification Pierre Angrand (1) » portant sur la vie, l’œuvre et la postérité de l’artiste néo-impressionniste, Charles Angrand, M. Pierre-Charles Angrand, le petit-neveu du peintre, me précise dans un courriel du 8 avril 2015 qu’Antoine et Emmanuel, sans en indiquer toutefois les dates de naissance et de décès, étaient « bien les neveux de Charles Angrand », à savoir « les enfants de sa sœur Maria épouse de Jules Carpentier ». Ce dont j’ai démontré la fausseté dans les articles suivants. Je me permets ici de préciser que, sollicités, les services de l’État-civil de la ville de Rouen et de la ville proche de Mont-Saint-Aignan où étaient domiciliés, il y a plus d’un siècle, M. et Mme Carpentier (4 rue Victor Morin, à Mont-Saint-Aignan – Seine Inférieure) attestent que « malgré les recherches entreprises, la consultation des tables décennales de 1893 à 1902, aucun acte [concernant Antoine et Emmanuel Carpentier] ne figure dans les registres d’état civil ». Ce qui confirme mon analyse.
M. Pierre-Charles Angrand rectifie une erreur qu’il indique vouloir aussi « signaler au journal », à savoir que « Pierre Angrand n’était pas agrégé en histoire de l’art (cette agrégation n’existait pas), il était agrégé d’Histoire-Géographie ». Je me permets de préciser qu’à aucun moment je n’ai porté cette mention qui m’est reprochée. Reprenant les termes de l’article nécrologique du journal des Sables-d’Olonne en date du 20 juillet 1990, j’avais indiqué dans Témoignages du 13 novembre 2014 : « professeur honoraire, agrégé de l’université ». Par la suite, il est désigné par les termes d’ « historien » ou de « neveu du peintre ». Dans l’article du 2 avril 2015, s’il a été fait le choix de la mention « universitaire en histoire de l’art », c’est uniquement parce que je tenais à faire état d’un domaine d’étude non à une quelconque chaire ou un quelconque diplôme, cette précision visant à donner plus d’ampleur à la démonstration que je souhaitais mener. Rappelons à ce titre que Pierre Angrand (1906-1990) fut chargé par René Jullian d’un cours à l’institut d’Art et Archéologie en Sorbonne et que ses publications comme ses travaux non édités concernent dans leur immense majorité le domaine de ce que l’on appelle l’histoire de l’art, pour être plus exact, la peinture de la 2nde moitié du XIXe siècle.

2. Une annonce publiée dans le Quotidien en date du 17 octobre 2015 indique la volonté qui est la mienne de changer de patronyme, pour des raisons philosophiques et morales, de substituer au nom d’ANGRAND celui de KIYA, Jean-Baptiste. Une demande en ce sens est formulée en direction de Mme la Garde des Sceaux afin de prendre effet.


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