C’en est trope

La perversion narcissique, une prison en forme de coeur

C’en est trope !

Témoignages.re / 1er mars 2012

Curieusement, “L’Embarquement pour Cythère” du peintre Antoine Watteau daté de 1718 fait écho à “La Diseuse de Bonne Aventure” de Georges de La Tour composée presque un siècle avant. Dans les deux cas, on risque de quitter le havre de Vénus et de Narcisse, un problème lexical se posant dans les deux tableaux : l’embarquement est en réalité un embarquement non pas pour Cythère, mais de Cythère, comme le conclut l’historien d’art Micheal Levey ? Pour la Diseuse de bonne aventure, la seconde moitié du titre est antiphrastique ; quant à la première, rien n’est à entendre : tout est vu.

Le parallèle ne tient pas qu’en cela, il y a le traitement des personnages. Watteau multiplie les couples, mais c’est toujours le même, disposé dans des poses différentes et sous des habits divers. Quant au tableau de La Tour, les quatre personnages féminins qui entourent le jeune noble ne sont en fait qu’une seule et même femme, représentée sous ses deux aspects : son véritable être intérieur, vieille discoureuse, ridée et fripée, et ses avatars successifs, jeunes, tout en masques et en maquillages destinés à séduire. Ensemble, elles dépouillent de toute sa personne la victime : y compris son avenir. Une seule voix pour plusieurs visages : le même art de la tromperie dans un seul tableau destiné à soutenir l’effort de la Contre-Réforme que l’œuvre dépasse. Cette tromperie amoureuse sur le temps de l’avenir, joint au dépouillement de la personne, réalise une allégorie parfaite de la perversion narcissique. Une expression en shimaorais dit cela : djahazi ranguy.

Ce que Sheryfa Luna chante dans “Il avait les mots” : « Il semblait sincère, je l’aimais pour ça/Pendant tout ce temps, j’étais dans le faux/Je n’avais plus de vie/Je ne pensais qu’à lui/Sa femme m’a surprise, elle est tout de suite venue m’avouer/Que j’étais pas la première conne avec qui il s’amusait... », est théorisé par le psychanalyste Jean-Charles Bouchoux. Les principaux stéréotypes de la perversion narcissique sont l’absence d’empathie, la froideur émotionnelle, le dénigrement insidieux, l’indifférence aux désirs de l’autre, le mensonge pathologique, la vampirisation de l’énergie, l’incapacité à reconnaître ses torts, le déni de réalité, la manipulation, le soulagement morbide quand l’autre est au plus bas.

Si vous apprenez que votre épouse, en laquelle vous aviez pleinement confiance, vous a trompé au bout d’un an et demi de mariage avec son prof de Fac, tandis que vous vous occupiez de votre enfant, c’est sans doute de cela qu’il s’agit. En formation dans un autre département, vous comprenez qu’après avoir touché l’argent que vous lui envoyiez pour son ordinaire, elle se rend à un web café rédiger un courriel à son 1er amant, prof de Guyane (ne souhaitait-elle pas y revenir pour y finir son cursus ?), et là elle fait la rencontre d’un ingénieur en informatique à douze mille euros par mois qui deviendra son second amant. Les pervers, écrit Bouchoux, finissent par tomber sur d’autres pervers : apprenant qu’elle ne veut pas se défaire de son mari, le nouvel amant fera en sorte de la mettre enceinte avant de ne plus lui donner de nouvelles. Il a d’autres lieux de résidence. L’épouse dépitée tentera de faire endosser la paternité de l’enfant au mari. Mais les dates ne trompent pas. Ses amants sont tous plus jeunes de quelques années, et plus diplômés que son époux. Elle fait en sorte qu’ils tombent amoureux d’elle, elle joue le romantisme, ciblant des hommes fragiles, ou croyant l’être : ainsi s’entoure-t-elle de miroirs flatteurs, torturant à plaisir, méprisant un mari pour pouvoir voir ailleurs, méprisant ses amants pour voir en leurs miroirs l’amour qu’ils lui vouent... Invariablement, faire porter ses propres torts sur les autres, ses propres manquements, sa propre trahison, voilà la perverse narcissique... Les Sirènes d’Ulysse ont de pareils chants : elles vous entraînent par le fond et vous y laissent pour morts.

« Le pervers sait que ce qu’il fait est répréhensible, donc, pour passer à l’acte, il va devoir dénier l’origine et la portée de ses actes et faire supporter à l’autre ce qui devrait être sa culpabilité ». L’analyse éclairante de Bouchoux détaille les stratégies de la perversion narcissique : dévalorisation de l’autre, tout en maintenant un lien de dépendance fort, dans lequel la peur du manque chez l’autre est certainement plus importante que l’amour. « Salir et garder absolument ». « Le pervers utilise sa victime comme un miroir dont il retire les bons aspects et vers lesquels il projette ses mauvais penchants ». « Il est égocentrique, exige de l’autre la perfection. C’est aussi un menteur. Il ne résiste pas d’être à la fois jaloux et infidèle ». Le meilleur service à rendre à un pervers narcissique, c’est de le quitter, tranche l’auteur.

Car on n’aurait pas raison de croire que tout peut changer et que les personnes peuvent se métamorphoser, de chenille en papillon. C’est un des pièges de l’existence : sur certains points mineurs de la personnalité, peut-être, mais sur des comportements primaires, certainement pas : de la perversion, on ne guérit pas, puisque c’est d’elle qu’est tiré le moi qui tire les choix de l’existence.

L’origine de la perversité narcissique est ainsi décrite : « Le pervers narcissique se veut tout-puissant, c’est-à-dire plus fort que le père, plus fort que la mère... ». Il n’a pas abordé l’Oedipe.

Parallèlement, l’auteur nous renseigne aussi — et c’est précieux ! — sur leurs victimes. Qui sont-elles ? « Le futur agresseur repère une fragilité narcissique chez sa victime. Cette fragilité peut être structurelle : manque de confiance et d’estime de soi souvent lié à une enfance difficile. Le pervers profite alors d’une faille narcissique chez sa victime, pour la soumettre. Par ses critiques, il devient “détenteur” de l’image de sa proie. Le pervers narcissique ne souffre pas, c’est nous qui souffrons à sa place ». « Le risque, ajoute l’auteur, est qu’aussi haute sera l’idéalisation, aussi grande sera la chute ». Certaines, parmi ses victimes, préfèrent s’aveugler et, pour rester dans l’idéalisation, s’engagent dans un processus d’auto-dévalorisation, c’est-à-dire d’auto-destruction.

Jean-Charles Angrand

“Les Pervers narcissiques (Qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, comment leur échapper ?)” de Jean-Charles Bouchoux, aux éditions Eyrolles



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  • je suis victime d’un pervers narcissique qui a réussi a avoir la garde partagé de notre enfant, et là il souhaite avoir une garde alterné. Après m’avoir battu humilier violé séquestrer et j’en passe... a ma séparation j’ai décidé de porter plainte, et j’ai déposé une deuxième plainte pour harcèlement morale.. et en vue que le jaf a accordé la garde classique a ce pn un week sur deux et la moitié des vacances que suite au convocations du pn ils m’ont appellé pour savoir si je souhaité retiré ma plainte pour ne pas rentrer dans le conflit en vue qu’il a obtenu gain de cause auprès du jaf.. j’ai tout retiré il m’appelle pour s’escuser et un mois après rebelotte harcelement morale.. pretextent joindre les services socio contre moi.. avec rien a me reprocher.. je l’ai laisser faire et rien personne et venu son but me mettre la préssion pour ce nourrir.. il change de femme régulièrement les humilies les frappes les harcelles en présence de mon enfant et aucune plainte contre lui de la part de ses ex mais ses ex entre en contact avec moi pour m’avertir de ce monstre mais sans témoignage rien.. et la mon enfant a des difficultés a l’école moi pensent que c’était du a leur projet éducatif, et a l’insertion scolaire du petit, j’ai refusé l’aide psycologique intèrieur de l’école mais j’ai préferé l’aide d’un pédopsychiatre a l’extèrieur, le père de mon enfant veut resaisir le jaf pour une garde alterné et là j’ai refuser bien sur et la rebelotte harcelement pendant une semaine pour avoir ma réponse me disant tu devras suivre les application du juge !!! et plein de réflexion, et moi pour ne pas qui s’ernerve restons de bon parents.. mais lui continua sans cesse.. et là s’en est assez j’ai décidé d’appeller une dernière ex et là tout s’éffondré autour de moi mon fils continué a encaisser ses violences et la s’en ai assez j’ai décidé de ne plus me laisser faire et de me battre qui a me battre plusieur années il est hors de question que mon fils subisse encore ce phénomène

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