C’en est trope

Le terrorisme tranquille de la Justice (l’archétype affaire Jésus)

C’en est trope !

Jean-Baptiste Kiya / 28 mai 2015

Il ne faut pas oublier que le meurtre du Christ s’est fait sous le couvert d’un procès en bonne et due forme et que Jésus a eu droit aux crachats de ses juges avant que de la foule.
Il ne s’agit pas dans cette affaire de devenir comme des petits enfants, ainsi que Jésus nous y invite dans l’évangile de Saint Matthieu, mais s’efforcer de le rester.
Cioran parle de la lâcheté surnaturelle de Jésus pour n’avoir pas condamné la justice des hommes. À sa décharge, il faut souligner que depuis le Christ la justice n’a pas été foncièrement réécrite au pied de la Croix, et que l’ombre projetée n’a hélas ni diminué ni changé de place, depuis plus de deux millénaires. Si tenté qu’on puisse envisager le procès du procès, il faudrait en revenir à l’interrogatoire que mena Anne, après l’arrestation du Christ, et qui portait « sur les disciples et sa doctrine ». Jésus se dérobe : il a toujours parlé en public, il a enseigné à la synagogue et dans le Temple, n’a jamais rien dit en cachette ; il renvoie donc Anne à ceux qui ont entendu ce qu’il a dit. « Comme nous l’apprend Josèphe notamment, les inculpés adoptaient une attitude humble, obséquieuse, craintive, pour provoquer la compassion des juges par leur bassesse et leur humilité. Rien de tel chez Jésus, dont la dignité frise l’insolence, indique Jean Imbert : son attitude jugée irrévérencieuse par le valet, habitué à plus de respect apparent, provoque une gifle ». Pas de cadeaux pour ceux qui ne se dérobent pas. Anne en fin de compte fait enchaîner à nouveau Jésus et l’envoie au Grand Prêtre en fonction, Caïphe. L’interrogatoire n’a servi de rien et a tourné à la confusion de Anne, le règlement de l’affaire se faisant dans les couloirs, l’habitude en est restée.

Des exemples ? Courrier du procureur référencé 2012/005371, « avis de classement sans suite ». Mais de quelle plainte s’agissait-il : du signalement pour non suivi médical de l’enfant, du courrier envoyé au président du sénat concernant la déontologie d’un avocat et sénateur, des plaintes pour non présentations d’enfants, des déménagements sans avoir averti la partie adverse, du dépôt de plainte contre un avocat ex-député pour escroquerie ayant reçu rétribution pour représenter des grands-parents et ne l’ayant pas fait, pour escroquerie à la pension alimentaire, dissimulation de grossesse, de véritable lieu d’habitation… ? Écrivez, posez la question : vous pouvez attendre l’Éternité pour que vienne la réponse. Les décisions sont prises en toute opacité, votre vie vous est ravie. Jésus est mort et ressuscité, mais la justice agonise encore sur la croix.

Comme Pilate, les juges d’aujourd’hui s’en lavent les mains : ils jugent et ne voient l’effet de ce qu’ils ont jugé ; ils sont comme des aveugles. Contrairement à la figure de Salomon qui attend l’effet d’un premier jugement avant de le corriger et asseoir un deuxième jugement, contradictoire, mieux fondé, beaucoup d’entre eux s’obstinent à ne pas vouloir juger, s’en réfèrent à des chiffres, à l’opinion ou au précédent, ce qui est une autre façon de s’en laver les mains. « Abi in crucem », s’écrient-ils, va-t-en sur la croix – et emporte-la loin ! Ce besoin de crucifier, toujours, est dans cette société une seconde nature. Et qu’on ne me dise pas qu’il n’y a pas dans ce pays d’obstruction à l’appel, des plaintes pour écriture en faux public non traitées, la Justice a trop coutume de se nourrir de martyres. C’est un long chemin pavé de crânes.
Essayez de vous défendre vous-même, l’avocat au civil servira d’écran. La parole vive est confisquée.

La mise en croix, le Réunionnais, M. Bernard Barsamian, en sait quelque chose, lui qui a décrit sa mise à mort financière dans un livre, « Pour l’amour de mes filles ». Quand la justice n’a pas perdu les pièces que vous avez communiquées à votre avocat : elles n’arrivent jamais (« les faits dont il est fait état ne sont pas caractérisés en l’absence de production des pièces 22 à 53 dont il est fait mention dans les conclusions et permettant de les justifier. Par ailleurs, ces pièces n’ont pas été non plus communiquées à la partie adverse » jugement du 03/0215), pur escamotage, manière de vous faire passer pour un affabulateur, contester vous en coûte un appel de 2 440,2 euros. En un an, un divorce vous fait débourser 5 665,17 euros. Imaginez que vous ayez à payer trois fois l’impôt en un an ? Quelle comptabilité résiste à une ponction pareille, surtout quand il y a des enfants à charge ? Il y a du harcèlement là dedans ! Combien sont-ils ceux que la Justice tuent de la sorte ? Non content de constater la détresse personnelle d’une séparation, elle ajoute la torture financière ! Les malfrats pullulent, ils ne sont pas forcément là où on les attend, pas du côté de la barre qu’on voudrait qu’ils soient. Corinne Morel, Bernard Barsamian, Jean-Philippe de Lespinay, leur association, la liste des martyrs s’allonge, et pourrait faire l’objet d’un calendrier d’un nouveau genre et plus obscur, internet les fait connaître. Ils s’organisent peu à peu sur les réseaux sociaux, ils n’attendent pas d’être sanctifiés. Simplement qu’on les écoute ; et que le plus grand nombre voie, et comme Saint Thomas qu’ils mettent le doigt dans la plaie.


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