C’en est trope

Perceval, un héros concentrique

Chrétien de Troyes, faire entrer le mystère dans le roman

Témoignages.re / 3 janvier 2013

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Le premier mystère de la matière de Bretagne, c’est qu’au cours de cette œuvre anonyme filée par des conteurs irlandais, anglais, espagnols, italiens, français, allemands, jamais n’est dévoilée la parenté de Perceval. « Nous appartenons, dit Florence Delay, au Moyen Age qui a inventé quelque chose d’aussi fort que le complexe d’Œdipe qui est le complexe de Perceval ». Parce que nous, lecteurs, en même temps, nous sommes victimes de ce complexe qui nous freine et nous empêche de nous poser les vraies questions.

Le dilemme auquel Perceval est confronté et auquel il ne tente pas de répondre est le suivant : la droiture chevaleresque repose-t-elle sur la discrétion ou sur l’audace ? Repousser sine die le questionnement devient une faute car le devoir du chevalier est de partir au combat, non de se dérober. Et le silence, dans le roman, né de cette absence de décision, condamne à l’errance. Or, c’est l’aventure qui crée le héros ; c’est dans la confrontation que se mesure la hauteur et la sagesse du personnage. Le complexe de Perceval revient donc à surseoir l’action. De là, la procrastination.

En même temps, il se trouve que le silence conforte le mystère qui auréole le récit. La clarté du Graal fascine tout autant que les zones obscures du roman. Les redondances, gommées dans certaines traductions-adaptations, participent, il faut le souligner, à l’art poétique de la narration : une poétique de l’arrêt, ou du piétinement. Prenez la célèbre scène des trois gouttes de sang, la redondance mime l’attente, et la rêverie.

Et puis l’objet de la quête se trouve dans la quête elle-même. Car la construction du roman est faite de cercles qui se relient. Une rencontre donnera au héros son nom caché : chevalier sans nom, il était parti se faire un nom. Il quitte sa mère pour tenter de la retrouver : il faudra qu’il la retrouve dans la mort. Il quitte Blanchefleur qu’il se doit rejoindre pour parfaire son amour, il promet dans un éloignement circulaire de revenir à la cour du roi Arthur et de venger la suivante de la reine, etc. C’est cette circularité entretenue qui fascine, le cercle étant symbole de la perfection divine. Et le roman de Perceval correspond de manière étonnante à la définition que donnait Pascal de Dieu : « un cercle ayant son centre partout et sa circonférence nulle part », même description que fait Dante de la Divinité dans les derniers chants du Paradis. À ce Dieu-Sphère correspond la progression narrative de Perceval , avec un personnage qui tourne aimanté autour d’un pôle invisible…

À vous en ce début d’année de vous inventer un saint Graal décomplexé, et d’inventer la route qui mènera à Lui.

2. « Courrier des auteurs » 

Ce ne sont pas les bons courriels d’Anne-Marie Gaignard ou encore les phrases d’encouragement d’Axel Gauvin que je voudrais évoquer mais, — qu’il m’excuse de reprendre un envoi qui m’était destinée —, je ne résiste pas — comme un enfant au plaisir de partager ses bonbons — d’ouvrir une lettre aux lecteurs, car en ce courrier chaque mot rayonne. Ainsi de Jean-Claude Carrière qui m’a fait, après le sourire de ma fille, le plus beau des cadeaux, ce Noël, en réponse à l’article de « C’en est trope ! » traitant de ses contes philosophiques.

« Bonjour,

Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose d’étrange dans le jaillissement de La Réunion au milieu des flots. J’ai enfin la solution, merci.

Et merci pour ce que vous dites et pour toutes ces voix anonymes, sans visage, qui nous accompagnent depuis si longtemps.

VALE

Jean-Claude Carrière.

Une joie de retrouver le nom de Hawthorne, quelque peu laissé à l’écart aujourd’hui, mais qui fut un compagnon de notre jeunesse. »

Salut à ce grand intellectuel, cet érudit sans frontières, avec qui on aimerait tant passer un moment pour partager la parole forte et éclairée.

3. Contes de Noël

À lire, de votre serviteur, un conte de Noël : « Le Noël de Grand-Mère Kalle », paru dans le JIR du 24 décembre, comme chaque année. Avec « Le rire de Dieu », ça fait deux pour un seul Noël : que le monde soit plus vaste !

Jean-Charles Angrand


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