C’en est trope

Une certaine couleur qui échappe au temps

Jean-Baptiste Kiya / 21 janvier 2016

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Le Livre d’or des poètes, anthologie poétique pour les enfants, par Georges Jean, éditions Seghers.

On dit que les arbres naissent du crâne des cerfs, qu’ils y croissent et qu’une fois qu’ils sont trop massifs, trop lourds, l’animal s’allonge sur le sol, pose sa tête sur l’humus et meurt pour laisser l’arbre vivre.

Ainsi la forêt a-t-elle poussé sur des os innombrables, ainsi est-elle née des ‘grands cimetières sous la lune’.

Silhouette familière, tricolore, une couverture stylisée, apaisante, accompagne ma vie d’adulte, depuis l’âge de sept ans, comme une rengaine un peu idiote dont le sens profond se serait perdu ; voilà un des os sur lequel mon existence a poussé comme une ronce.

Poèmes-bouteilles
Remplies de mots d’espoir brut.
- Bouées à la dérive
Cherchent naufragés au long cours.

Poème-ciel aux mots étoiles,
Qui éclairent un peu
De la vaste nuit froide
Qui s’ouvre pareille à des paupières de nouveau-né.
- Elles ont le même éclat.

Le Maître s’est jeté dans le fourneau
Vois comme il est devenu noir
Comme eux, nous l’avons regardé en riant
Vois comme en travaillant dans le soleil et le feu
On devient noir
Tu connais le même sort à présent
En nourrissant le feu, tu nourris la chaudière
Profite avant de devenir toi-même feu
De te consumer au plus haut et partir en flammes.
- Le livre est le fourneau, tu es le combustible.

L’écrit nous intime
De retrouver l’intime
Dans la solitude même (du lire).

Nous pénétrons à chaque fois illettrés
Dans le domaine du Poème
Comme dans la forêt enchantée de l’enfance
De laquelle jamais nous ne sortirons vivants.

La Poésie fait de Prométhée un incendiaire,
Incendiaire de mots – qui embrase ceux qu’il prend dans ses doigts
Comme un tas de ducats portés au rouge
Que les nobles jetaient jadis
Pour leur amusement
Aux miséreux.
La flamme a le pouvoir de faire danser toute chose.
Même la haine.

Avec des mots,
Nous seuls
Nous tirer vers le haut.
Comme Jacob de son échelle.

Le fait d’une si faible présence
S’explique par la couleur des arbres :
Le rouge du sureau,
Le blond du pin
Et le mat du papier.

Ce livre-là, je le connais depuis l’enfance.
Quand je l’ouvre,
J’ai l’impression que c’est un peu d’elle que je touche :
Quelque chose de l’échappée belle du désastre de la vie
Qui croît encore
Au bout des doigts fermés.

Un livre qui berce l’enfance -
Les mots sont des forces qui nous traversent.
Un des plus hauts bateaux
Qui vogue
Sur un océan
Qui rêve de retourner à sa source.
Les vagues sont à ce prix, dit-il.


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